‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 37 sur 235 · C. s., Il, VI et VII · texte numérisé non relu

C. s., Il, VI et VII

2 C. s., I, Vil.

3. Lettre de Taine à Prévost-Paradol, 10 janv.1852: H. Taim^ sa vie et sa, corr. (1902), p. 192.

formule? S'agitil là d'un souhait, d'un impératif moral : on juge qu'il est conforme à la raison et à l'intérêt que les peuples s'interdisent en fait certains actes? En se cas, rien de plus juste. Mais Rousseau a la franchise de reconnaître qu*en définitive le peuple reste toujours maître de décider s'il respectera ou non cette obligation morale. La liberté suppose la possibilité de faire de cette liberté même un mauvais usage, et, en dernière analyse, le peuple demeure souverain juge des limites qu'il convient d'imposer à la loi elle-même, du bien et du mal /e^a/(*). C'est là un fait encore plus qu'un droit, ïïiais c'est aussi un droit, du moment qu'on voit dans Une société des hommes libres, associés en vue d'assurer leur commune liberté et leur commun bonheur. — La souveraineté du peuple exclut donc toute idée de iimite matérielle ou légale.

Peut-on enlever au peuple cette souveraineté et l'attribuer à quelque puissance extérieure à lui, par exemple en investir totalement un roi ou une assemblée ? — Cela est, en effet, possible, mais il faut bien voir les •conséquences d'un tel parti. C'est la destruction de toute liberté politique; or, «renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs (*)». L'individu, pour sauvegarder contre une atteinte possible ses intérêts individuels, se remet tout entier entre les mains d'un maître, dont nous avons vu que les intérêts restaient nécessairement distincts des siens. C'est le recours à un « sauveur >, chargé de nous garantir cette « sécurité dans les jouis-

1. Tel me paraît le sens — nullement contradictoire — de la phrase tant critiquée, C. s., II, iv : « ... tout ce que chacun aliène, par le pacte social, de sa puissance, de ses biens, de sa liberté, c'est seulement la partie de tout cela dont l'usage importe à la communauté ; mais il faut convenir aussi que le souverain seul est juge do cette importance.»

Page 1