Ç. s.f I, XV
sances privées », dont parlait Benjamin Constant. Or, le calcul n'est pas seulement déshonorant, la raison — sans parler de l'histoire — prouve qu'il est encore incertain et malhabile: en renonçant à sa liberté politique pour assurer sa liberté civile, l'homme se dépouille de tout moyen de maintenir des limites à sa servitude volontaire. Il en est réduit à espérer en la vertu, le patriotisme et le désintéressement personnel du ou des maîtres qu'il s'est donnés. De sorte que son lâche sacrifice nous apparaît sans résultat :1a réalité de sa liberté se trouve encore de nouveau suspendue à une condition morale, et à une condition plus difficile et plus rare, car il est sans doute moins chimérique d'espérer convaincre la majorité d'un peuple de ses vrais intérêts que de persuader un souverain absolu de sacrifier ses intérêts propres à ceux de son peuple.
Si l'on ne peut ni limiter la souveraineté du peuple ni la lui ravir pour la confier à un chef, peut-on du moins la diviser et l'anéantir du même coup ? C'est, à peu près, la solution de Montesquieu, et les défenseurs contemporains du « libéralisme > la reprennent. «Il n'y a pas de souveraineté », disait Royer-CoUard et ont répété après lui plusieurs critiques de Rousseau, Saint- Marc Girardin (^), M. Faguet (')^ etc. : nulle autorité ne doit êUe souveraine, pas plus celle du peuple que celle d'un chef ; l'objet de la politique, c'est de faire vivre côte à côte des forces, des intérêts et des passions dis* tinctes, en neutralisant les uns par les autres et en protégeant par cet ingénieux équilibre tous les droits individuels. Le dogme de la « division des pouvoirs > devient la pierre angulaire de toute constitution libérale. — Mais, comme le disait très fortement Rousseau, si l'on peut bien, à la rigueur, diviser le pouvoir « dans