Conf.t II, XI (1766) ; 3» dial., p
3. M. A. Bertrand {op. cit., fin), croit trouver cette influence particulièrement manifeste dans le Ms, de Genève et soutient que Rousseau a essayé de la dissimuler dans sa rédaction définitive. L'étude des deux textes me parait détruire absolument cette hypothèse.
4. Cf. notamment A. Sorel, l'Europe et la Révolution, t. T: «Le Contrat social n'a été écrit que pour Genève: c'est le vœu d'un démocrate genevois pour sa patrie... En réalité, Rousseau
L'autre théorie est plus précise encore : un érudit genevois, M. Vuy, a soutenu que ce n'était pas la Genève de Calvin, la grande cité protestante du xvin« siècle, en réalité tyrannique et intolérante, qui avait pu inspirer le système de Rousseau ; qu'il fallait remonter plus haut et faire honneur des idées maîtresses du Contrat social auxévêques catholiques du Moyen Age (*) : Rousseau aurait en quelque sorte commenté d'anciennes « franchises », octroyées aux bourgeois de Genève en 1387 par l'évêque Adhémar Fabri et dont le souvenir s'était trouvé réveillé pendant les querelles intérieures qui occupèrent Genève à l'époque de la composition du Contrat social.
Mais cette dernière thèse çeposesur des arguments tout à fait fragiles. Entre ces vieilles « franchises » et le Contrat lui-même on ne signale qu'une analogie tout à fait superficielle et presque uniquement verbale (*). D'autre part, le passage de la huitième Lettre de la Montagne (^)
n*a observé et ne connaît que Genève > (p. 183). — E. Champion, l'Esprit de la Révol. franc. ^ ch. I : < Le Contrai social est tout simplement un panégyrique de la république de Genève > (p. 15); etc.
1. J. Vuy, Origine des idées politiques de Rousseau, 2* éd., Genève et Paris (V. Palmé), 1889. — Les articles dont se composé ce volume ont d'abord paru dans le Bulletin de Vlnst. nat, genevois, t. XXII (1880). — M. Nourrisson présenta à l'Académie des sciences morales (avril-mai 1882) un rapport très favorable sur cette théorie.
2. Les droits des bourgeois leur sont concédés par l'évêque Fabri « d'une manière inaliénable et nonobstant toute espèce de renonciation, prescription ou tout autre acte ultérieur ». Est-il possible de voir dans cette formule — si intéressante qu'elle soit — Voriginede la théorie de Rousseau sur le caractère inaliénable, indivisible, etc., de la souveraineté ? (J. Vuy, 1" article).
3. Rousseau y déclare que l'acte d'Adhémar Fabri « n'est pas moins respectable aux Genevois que ne l'est la Grande Charte aux Anglais* (5« L. de la M.) ; dans le Ms. de Nenfchâlel, il appelle les évêques « les pères et les bienfaiteurs de la patrie »,
6S Introduction
et les fragments (non datés) du Manuscrit de Neufchàfel que cite M.Vuy prouvent bien que Rousseau fut amené à utiliser pour sa défense ces curieux précédents historiques, invoqués contre lui par le procureur général Tronchin, mais rien vraiment n'autorise à voir dans cette vieille constitution du Moyen Age « l'origine des idées politiques de Rousseau ».
La première théorie me paraît renfermer une part plus grande de vérité Q). Je ne crois pas cependant qu'il faille regarderies théories du Con,^ra^ comme une sorte de généralisation abstraite tirée de la Genève protestante du xviii^ siècle. La constitution de Genève avec tout son système de Conseils superposés, avec ses bourgeois, ses citoyens, ses habitants, ses natifs et ses sujets (^), ne ressemble guère à la société égalitaire et démocratique qu'imagine Rousseau. Mais ce qui est vrai, c'est que Rousseau avait trouvé à Genève le principe de la souveraineté populaire, très imparfaitement réalisé dans la pratique, mais du moins proclamé en théorie. Il n*a pas été, je crois, plus inspiré par les institutions de Calvin que par les franchises de Fabri, mais il a été frappé de ce qu'une ville d'une population modérée, ni très riche, ni très pauvre, avait pu réaliser une ombre de régime démocratique. Son système subit donc l'in-
1. Elle a du moins pour elle des déclarations formelles dé Rousseau. Il est vrai que les passages les plus significatifs se trouvent dans les Lettres de la Montagne (surtout 6' lettre, p. 383), où Rousseau plaide sa cause devant les Genevois. Rousseau n'a d'ailleurs pas moins loué la législation de Calvin que celle des évêques genevois, et, cette fois, dans le Contrat social même (voir la note du chap.vii, liv. II). Remarquons d'ailleurs que la Dédicace, où la constitution réelle de Genève devient l'État idéal, est écrite par Rousseau à Ghambéry, avant le voyage à Genève qu'on a voulu présenter comme décisif pour la formation des idées du Contrat social, et que les principales de ses idées y sont déjà indiquées.
2. Voir la notice de Petitain sur la Constitution de Genève, reproduite dans l'édit. Dreyfus-Br^sac, appendice X.
fluence de Genève, en ce sens qu'il n*en a cru Papplication possible que dans de petits États analogues à Genève, confédérés pour résister à leurs voisins, mais autonomes pour que la liberté y demeurât réelle. L'image de sa ville natale s'est constamment présentée à sa pensée, mais comme le milieu où ses conceptions pouvaient être sans trop de peine réalisées, non comme le modèle de son idéal politique (*). Le système du Contrat social reste donc bien général et théorique ; la méthode y est bien en réalité, et non pas seulement en apparence, rationnelle et a priori, et, si l'idée de Genève a parfois dirigé les déductions de Rousseau, elle n'en a jamais fourni les principes.
Il est moins aisé de déterminer ce que doit le Con^ trat social aux nombreux auteurs qui avaient, avant Rousseau, traité du droit politique. Il est certain qu^aucune des principales théories du Contrat^ ni l'état de nature et le droit naturel, ni le pacte social, fondement de droits politiques et civils, ni la souveraineté populaire, ni la volonté générale, n'ont été inventées par Rousseau ('). On les trouve exposées avant lui dans de nombreux ouvrages, dont plusieurs présentent des analogies— partielles mais saisissantes — avec le sien. Lesquels ont réellement exercé une influence sur sa pensée et dans quelle mesure? — Rousseau cite ou mentionne brièvement çà et là les principaux auteurs politiques anciens et modernes ('), mais sans se proclamer leur
1. Rousseau écrit lui-même à Rey, en lui annonçant Tenvoi du Contrat, qu'il s'agit d'un ouvrage « pour tous les temps » (lettre du 7 nov. 1761), et, dans le passage des Confessions (II, IX, 1756) déjà cité, il indique bien comment toutes ses études antérieures l'ont amené à la politique conçue de la manière la plus abstraite.
2. « On retrouve partout, disait Diderot sans bienveillance, la base et les détails de son Contrat social. »
3. Il cite notamment Platon et Aristote, Machiavel, Bodin, Grotius, Hobbes et son traducteur BarbeyraC; Locke, Moules-
disciple. Il ne fait guère d'exception que pour Locke, dont il dit : « Locke, en particulier, a traité les mêmes matières exactement dans les mêmes principes que moi (*)»; mais il faut remarquer que cette déclaration se trouve dans les Lettres de la Montagne, où Rousseau défend son livre contre les accusations de Tronchin, et qu'il se cherche naturellement des garants et des autorités parmi les plus illustres de ses prédécesseurs. On ne pourrait donc décider la question qu'en examinant les systèmes eux-mêmes et en discutant l'importance des ressemblances qu'ils présentent avec le Contrat social.
On comprend ainsi que les théories les plus diverses aient pu être soutenues et que chacun, un peu au hasard de ses études ou de ses découvertes personnelles, ait cru trouver ici ou là la source première dés idées de Rousseau. Pendant longtemps, on avait surt@ut comparé Rousseau à Hobbes,à Spinoza et à Lecke^), qui étaient les plus connus ; les plus récents critiques ont surtout insisté sur Althusius('), sur Jurieu(*), sur Ulrio
quieu, l'abbé de Saint-Pierre,d'Argenson; il nomme simplement Althusius, Spinoza, PufFendorf, Burlamaqui, Sidney, etc.