‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 47 sur 235 · Voir notamment Gierke, Althusius, II, ii · texte numérisé non relu

Voir notamment Gierke, Althusius, II, ii

2. Jurieu, Lettres pastorales, XVI, v ; Locke, Essais sur le gouv, civil, chap. vu, xiii, etc.

3. Jurieu par exemple, disait au contraire : quand les souverains sont institués, l'obéissance leur est due, de par < toutes les lois de Dieu, naturelles et positives > {XVI. ii) ; « c'est ^aux Puissances souveraines à juger de ce qui est nécessaire

et de ce qui ne l'est pas » (XVI, m) ; « on ne doit jamais ré-

sa raison et sa conscience morale lui prescrivent de s'imposer à lui-même. La doctrine du contrat social devient donc, chez Rousseau, purement et absolument républicaine.

D'autre part, l'idée du pacte prend, dans son système, une signification et une valeur nouvelles. Dans les théories antérieures, les stipulations du contrat tiraient uniquement leur validité du consentement des contractants : quelle qu'elle fût, leur décision devenait souveraine du moment qu'elle était librement rendue.— Pour Rousseau, les stipulations du contrat sont nécessairement déterminées par la nature des choses, et un peuple ne peut pas être un peuple s'il n'en accepte les formules. Ce n'est donc pas le simple fait du consentement une fois donné qui oblige ensuite les contractants : ce fait même est l'expression de la raison, reconnaissant les obligations qu'entraîne le droit naturel. Le contrat social ne nous lie pas seulement parce que nous avons promis d'y rester fidèles, mais surtout parce qu'il est, dans la société, la conséquence nécessaire et, en quelque sorte, le substitut de la loi naturelle.

Enfin, j'ai essayé de montrer comment Rousseau avait concilié tout autrement qu'on ne le faisait avant lui la liberté du citoyen et l'autorité de l'État et, supprimant devant la toute-puissance du souverain toute barrière matérielle, avait cherché à tirer du caractère même de la volonté générale et de l'universalité nécessaire de la loi une limite en quelque sorte formelle de cette toute-puissance. Si donc, par sa définition de la loi, par sa conception du rôle des idées morales et de la « vertu », il rappelle parfois Montesquieu, si quelquesuns des caractères de la volonté générale se trouvent

sister dans un État à la volonté du souverain que quand elle va directement et pleinement à la ruine de la société > (XVI, v).

déjà indiqués dans rEncYc]opédie(*), la manière seule dont Rousseau pose le problème de l'État suffirait à attribuer au Contrat social une place bien à part entre tous les livres des politiques : malgré les emprunts faits par Rousseau à tous ses prédécesseurs, le Contrat social ne me paraît pas moins original que VÉniile ou la Nouvelle Héloïse ; pour la première fois, avec une entière hardiesse, le problème politique était posé et résolu du point de vue de la raison et de la conscience morale.

Il me semble donc que c'est mal comprendre Rousseau que de chercher a l'expliquer par l'influence précise et directe d'un homme, d'une ville ou d'un système. Sa personnalité est plus vigoureuse, et la seule influence vraiment importante et bien certaine qu'il ait subie, — influence très générale, mais d'autant plus profonde, insaisissable dans tel détail particulier mais manifeste dans l'ensemble d'une œuvre et dans l'orientation d'un esprit, — c'est celle des deux grands courants d'idées, partiellement analogues d'ailleurs, qui ont surtout agi sur son milieu natal et sur son temps, l'esprit calviniste et l'esprit cartésien. D'une part, Rousseau a été profondément marqué de l'esprit protestant, et les idées libérales et démocratiques dont le protestantisme, pour des raisons multiples, s'est trouvé le

1. La volonté générale, selon l'auteur de l'article, Diderot sans doute (remarquons que l'on ne sait d'ailleurs si c'est ici Rousseau qui a inspiré Diderot, ou Diderot qui a inspiré Rousseau, ou s'ils puisent l'un et l'autre à une source antérieure), est une faculté psychologique que l'observation historique permet seulement de dégager et de contrôler. Pour Rousseau, tout au contraire, c'est une manifestation sociale : elle n'est réelle et sûre que si les hommes sont directement consultés sur une question posée avec toutes les précautions nécessaires pour que la volonté générale soit compétente. Cf liv. II, ch. i à vi. Ma's on trouve déjà dans l'article l'affirmation du caractère infai - Uble, immuable, bienfaisant de la volonté générale.

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foyer pendant deux siècles, se sont implantées de bonne heure dans son esprit et dans son cœur : il a dû sans doute à Genève et à Calvin^ autant qu*à son tempé^» rament naturel, cette fierté républicaine qui est comme le style même du Contrat social et qui a tant contribué à l'influence du livre dans la suite. Et, d'autre part, le grand mouvement rationaliste et philosophique du xviii» siècle me paraît manifestement issu du Discours de la Méthode, Descartes avait cru pouvoir excepter de sa critique méthodique les vérités de la foi et les principes de la politique; ce fut précisément l'œuvre commune des hommes du xviii^ siècle, de Montesquieu, de Voltaire et de Rousseau, si divers d'ailleurs et se proposant des buts si distincts, que d'abattre ces dernières barrières et d'essayer de fonder sur des principes clairs et distincts la vie sociale comme la vie religieuse. A ce titre, la Profession de foi du vicaire savoyard et leContrat socï'aZ sortent également du cartésianisme (*). Il me paraît même que cette influence est beaucoup plus grande que la première et que Rousseau, quoi qu'on en ait dit et quoi qu'il en ait dit lui-même, est beaucoup plus philosophe que chrétien. S'il invoque sans cesse le sentiment, n'oublions pas que le sentiment n'est pour lui que la voix de la nature et que la nature ne se conçoit que par la raison.

1. Cf. Henry Michel, Vidée de l'État, p. 67 ; « l'esprit qui l'anime (Rousseau) est un esprit cartésien. »

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