‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 49 sur 235 · H. Sumner Maine, VAncien Droit, trad. franc., p · texte numérisé non relu

H. Sumner Maine, VAncien Droit, trad. franc., p

valent d'elles-mêmes dans la mémoire des hommes ; enfin la célébrité de Rousseau et de son œuvre entière, la passion ardente et contenue qu'on sent en maint passage du Contrat, assurèrent à ce petit traité de droit politique non seulement la plus grande vogue immédiate, mais l'influence la plus générale et la plus persistante jusqu'à la fin du xviii» siècle (*). Cette influence s'est exercée sous deux formes très difl'érentes : d'une manière directe et précise, on trouve la trace indéniable des théories et même des paroles du Contrat social dans beaucoup d'œuvres et dans beaucoup d'actes de la Révolution ; mais, d'autre part et surtout, le Contrat social a exercé une influence diffuse et générale : des hommes, qui peut-être même ne l'avaient jamais lu ou qui l'avaient mal compris, n'y ont pas moins puisé, dans une mesure indéterminable, quelque chose de leur manière de sentir et de penser ; plus encore que par son texte, le Contrat a agi par son esprit. C'est ce qu'exprime très bien George Eliot: « Le génie de Rousseau a éveillé en moi de nouvelles facultés..., non en m'inculquant quelque croyance nouvelle, mais par le souffle de son inspiration qui a vivifié mon âme.» Toute la démocratie moderne, parfois à son insu ou même contre son gré, a trouvé dans le Contrat social^ sinon un programme et des doctrines, du moins un esprit, une méthode et une attitude politique.

1. Cela a été récemment contesté, notamment par M. D. Mornct (Annales J.'J.Roii:>seau,t. Y ïll {1912) :V influence de J.-J.R, au xviii" siècle). Pour lui, le xvin* siècle n'a pas attaché grande importance au Contrat social : on l'a peu lu et sans inquiétude. La question ne peut être sérieusement discutée ici :1e fait intéressant signalé par M.Mornet, à savoir le nombre relativement faible des exemplaires du Contrat dont la présence est constatée dans les bibliothèques du xviii* siècle, ne^me paraît pas suffire à démontrer sa thèse, en présence de tant de témoignages contraires et de faits positifs, dont quelques-uns vont être mentionnés dans les pages suivantes.

INTROOUCTÏON

Sans prétendre traiter à fond uu sujet aussi vaste et aussi difficile, j'indiquerai brièvement dans quel sens le Conirat social me paraît avoir agi sur les faits de rhistoire et sur les doctrines des philosophes jusqu'à la fin du XVIII* siècle.

Du vivant même de Rousseau, le Contrat social avait failli recevoir un commencement d'application. A Genève, alors troublée de querelles politiques qui nous semblent mesquines et confuses, les partis s'étaient emparés du livre dès son apparition, et la condamnation prononcée par le Grand Conseil, la défense de Rousseau (^) et de ses amis, maintinrent pendant plusieurs années une assez vive agitation, mais sans aucun résultat politique important. De même, les négociation& engagées entre Rousseau et les Corses ou les Polonais échouèrent bientôt : des difficultés graves s'opposaient à la réorganisation politique de ces deux pays ; Rousseau d'ailleurs semble avoir le premier renoncé aux projets qu'il avait d'abord accueillis avec enthousiasme ('). Les persécutions réelles et imaginaires qui attristèrent la fin de sa vie le détournèrent de plus en plus de toute pensée d'action pratique. Il semble même avoir de plus en plus perdu confiance, non pas dans la valeur de son système politique, mais dans ses chances de réalisation (').

Mais, après la mort de Rousseau, lorsque commença l'agitation politique qui conduisit par degrés à la Révolution, le Contrat social fut dès l'abord invoqué par

1. Voiries Lettres de la Montagne. — Cf. Gaberel, Rousseau et les Genevois ; J. Vuy, op. cit., 3' article; surtout G. Valette: Rousseau genevois.

2. Voir notamment l'histoire des négociations de Rousseau avec M, Butta-Foco.

3. Voir notamment la lettre déjà citée au marquis de Mirabeau (1667 J.

tous les partisans des réformes. Mirabeau parle de lui sans cesse:* Lis le grand Rousseau, écrit-il à Sophie... laisse les fous, les envieux, les bégueules et les sots dire que c'est un homme à système (*) ». Et il écrit à Thérèse Le Vasseur, veuve de Rousseau, qu'il professe « un saint respect pour l'écrivain qui avait le plus éclairé la France sur les saines notions de la liberté [*)t>. Le premier ouvrage de M™« de Staël (^) se termine par une invocation à l'ombre de Rousseau, à qui elle demande de soutenir le courage de « l'ange tutélaire de la France » (M. Necker, son père) et d'inspirer de son esprit les États-généraux. C'est donc sous les auspices du Contrat social que la Révolution va s'ouvrir. Les cahiers en parlent le style et en reproduisent souvent les idées (*).

Quant à la Révolution elle-même, il faut d'abord écarter l'opinion, longtemps classique, qu'il n'y a eu à se réclamer de Rousseau que le parti jacobin, que l'influence du Contrat social commence à se faire sentir quand la suprématie passe aux Montagnards dans la Convention et qu'elle atteint son apogée avec l'établissement de la Terreur. Cette théorie commode et trop simple, qui rattache la Constituante à Montesquieu, les Girondins à Voltaire et la Montagne à Rousseau (^JyQst en complet désaccord avec les faits, et plusieurs historiens récents en ont fait bonne et complète justice (*). En

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