É. Faguet, La polit, cornu, ^ p
de Mirabeau, de M°>^ Rolland, de Robespierre et de bien d'autres (*), et, par les hommes, il a conduit les faits; d'autre part, à mesure que la Révolution, en se déroulant, réalisait, presque malgré elle, ce régime démocratique étudié, plutôt que prévu, par Rousseau, les doctrines du philosophe de Genève se présentaient d'elles-mêmes à des esprits qui en étaient imbus (') et leur apportaient la solution la plus naturelle des difficultés que les événements soulevaient devant eux. Pour les mesures empiriques et occasionnelles, Rousseau a fourni surtout des prétextes; mais l'œuvre systématique et rationnelle des assemblées révolutionnaires porte l'empreinte beaucoup plus profonde des théories du Contrat social et en est très souvent directement inspirée. — Il faudrait, pour prouver ce que je viens d'avancer, exposer en détaill'histoire de la Révolution: je me contenterai d'apporter quelques exemples précis. Dans la première partie de la Révolution, l'ancien régime est encore trop vivant pour qu'on puisse avoir seulement l'idée d'appliquer le système de Rousseau à une société qui repose sur des principes si différents des siens. Aussi Tinflueiice du Contrat social est, d'une part, partielle et fragmentaire, — Mirabeau, par exemple, l'invoque dans uae discussion sur le droit des majorités ('),
1. M. Faguet ajoute lui-même, quelques pajçes plus loin : < Rousseau, c'est la doctrine des Jacobins, de Robespierre, de SaiRt-Just, et, en une certaine mesure, de Babeuf (p. 288). >
2. Mirabeau disait un jour à la Constituante : aujourd'hui, nous n'avons plus le temps de travailler ; heureusement, nous avions des « avances d'idées » (cité par Jaurès, 1. 1, ch. i, p. 38). Il est certain que nul livre n'avait autant contribué que le Contrait social L constituer ces « avances d'idées » où les homipes de la Révolution puisaient selon leurs besoins.
3. Discours de Mirabeau, séance du 29 juillet 1789 : < Il n'est dans toute association pelitiique qu'un seul acte qui, par sa nature, exige un consentement supéripur à celui do la pluralité, c'est le pacte social, qui de lui-même étant volontaire, ne peut exister sans un concert unanime. L'uo des prcpiicpe effets
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OU sur les biens du clergé (*), ou encore Billaud-Varenne s'en réclame pour proposer rorganisalion d'une république fédérative ("), — d'autre part, théorique et surtout idéale : on emprunte à Rousseau des formules générales, des définitions de la liberté, de l'égalité, de la souveraineté, qui servent de principes ; le Conl-rat social contribue à déterminer un état d'esprit encore vague, où des tendances démocratiques se forment peu à peu. Ainsi les auteurs de la constitution monarchiste et censitaire de 1791 invoquent le Contrat social, tout comme le feront plus tard les Conventionnels pour la constitution de 1793: <« notre Constitution n'est que le développement des idées de Rousseau...; Rousseau n'en est pas moins le premier fondateur de la Constitution », tels sont les termes d'une adresse signée par les hommes les plus distingués et les plus compétents, GinguenéjDucis, Mercier, etc., et présentée à l'Assemblée nationale pour demander la translation des cendres de Jean-Jacques au Panthéon ('). Les Constituants
de ce pacte, c'est la loi de pluralité de suffrages. C'est cette loi qui constitue pour ainsi dire Texistence, le moi moral, l'activité de l'association. C'est elle qui donne à ses actes le caractère sacré de la loi en consacrant qu'ils sont en effet l'expression du vœu général... » Séance du 29 juillet 1789 (cité par E. Blum, la Déclaration des Droits avec commentaire, Paris, 1902, p. 185).
1. Séance du 2 nov. 1789 : Mirabeau, commentant avec hardiesse le Contrat social, soutient que la volonté générale a le droit de modifier toute loi, quelle qu'elle soit (Jaurès, 1. 1, p. 453).
2. L' Acéphocratie ou le gouvernement fédératif démontré le meilleur de tous pour un grand empire, par les principes de la politique et les faits de l'histoire, par M. B. de Varennes, etc., Paris, 1791. — Une proposition dans le même sens fut faite aux Jacobins, le 10 septembre 1792, par Terrasson qui invoqua l'autorité du « divin Jean-Jacques ». (Aulard, Hist. pol., p. 263).
3. 27 août 1791, séance du soir (cité par E. Champion, Rev, bleue, février 1889, p. 239). Cf. Gudin ouvr. et passage cité plus haut);— Mercier, deJ.-J, Rousseau, considéré comme Vun
Si INTRODUCTION
avaient fait placer dans la salle de leurs séances le buste de Rousseau et un exemplaire du Contrat social avait été déposé sur le socle (*); ils avaient décrété de lui élever une statue en « témoignage de la reconnaissance que lui doit la nation française » ('); etc.
Enfin, la Déclaration des Droits de Vhomme et du citoyen, votée en août 1789^ bien loin d'être, comme le soutient M. Faguet 0,en contradiction avec les doctrines de Rousseau, en est au contraire en grande partie l'application, car le principe delà souveraineté populaire y est proclamé sans réserve dans l'article III, et, dès lors, la reconnaissance des droits individuels prend le caractère d'une déclaration toute morale : la volonté générale s'enchaîne en quelque sorte elle-même en rendant plus solennelle l'affirmation des droits individuels, mais elle reste maîtresse de modifier et la loi, qui n'est que l'application des principes, et ces principes eux-mêmes (*). Je crois qu'en fait le souvenir des
des premiers auteurs de la Révolution, exprime la même idée (II, p. 306-313); — Robespierre célèbre Rousseau à la tribun© de l'Assemblée, le II août 1791 : « son génie puissant et vertueux a préparé vos travaux ».