‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 6 sur 235 · Conf., II, X · texte numérisé non relu

Conf., II, X

2 Disc, sur Vlnéçf., p. 306, 316, 321, 324 sq. (Edition de Paris, 1822, en 21 vol. in-13). Remarquer d'ailleurs (p. 316) que la théorie du contrat est encore présentée selon « l'opinion commune » et que la conception originale de Rousseau n'y est pas encore exposée.

3. Rousseau, non sans malice, y glorifie « les magnifiques, très honorés et souverains seigneurs de la République de Genève » de constituer la cité parfaite qui eût été sa patrie d'ilecLion si elle n'était déjà sa patrie naturelle, et, sous couleur de célébrer la Genève réelle, il esquisse à grands traits, le tableau de la société idéale dont le Contrat fera la théorie abstraite. II réclame la souveraineté du peuple : « le

dans V Encyclopédie un article de Rousseau sur IVï'conomie politique où les grandes lignes du système se précisent : il s'agit déjà de poser les principes d'un État légitime; la volonté générale y est donnée comme « la règle fondamentale du gouvernement » et toutes les conditions matérielles, politiques et morales du règne de la Loi, de la conciliation de la force publique avec la liberté de l'individu sont aperçues. Puis la fameuse Lettre à Voltaire du 18 août 1756 aboutit comme conclusion à un plan de politique religieuse qui sera plus tard développé dans le dernier chapitre du Contrat sur la religion civile. Entre temps, sans doute vers l'époque du voyage à Genève de 1754, avait été composé un premier brouillon du Contrat^ connu sous le nom de Manuscrit de Genève (*).

peuple et le souverain ne doivent être qu'une même personne»; la liberté consiste dans l'égale et absolue soumission de tous à « l'honorable joug » des lois; « s^il y a un chef national et un chef étranger »,il est impossible que l'État soit bien gouverné (c'est déjà la thèse du fameux chapitre sur la religion civile) ; la loi doit être votée et les magistrats élus par tous les citoyens; mais mille précautions minutieuses, dont on trouvera plus tard le détail dans le Contrat, sont nécessaires pour empêcher les abus; enfin, nul peuple ne peut être effectivement libre, si de multiples conditions matérielles, morales et sociales ne se trouvent garanties. On voit donc que Rousseau, dès ses premiers ouvrages, a placé l'esquisse de l'État idéal à côté du tableau des sociétés réelles.

1 . Ce manuscrit a été intégralement publié, d'abord par M. Alexeieff, Moscou, 1887 (appendice du II" vol. de ses Études sur J.- J.Rousseau, en russe), ensuite par M. Dreyfus-Brisac, dans sa grande édition de 1896 (app. I), enfin, pcir M. Vaughan, dans ses deux récents ouvrages. — Sur la date probable, la signification et la portée du manuscrit, de très nombreuses discussions se sont élevées, dont il sera question plus loin. Cf. A. Bertrand, Le texte primitif du Contrat social, Paris, 1891 ; — Dreyfus-Brisac, op. cit., Introduction ; — Espinas, Le système de J. -J.Rousseau {Rev.int. de l'Enseign., U95-1S96) ; — E. Faguet, Rousseau penseur, p. 318, sq., Paris, 1912 ; —

s Introduction

Rousseau se décide enfin à publier, comme un fragment de ses Institutions politiques abandonnées, le Contrat social et nous pouvons presque assister au travail de la préparation dernière. Le manuscrit de Genève porte de très nombreuses et attentives corrections qui sont remaniées encore dans l'ouvrage définitif et — nous avons la correspondance de Rousseau avec le libraire Rey (*) — pendant presque une année entière, Rousseau corrige les épreuves, surveille tous les détails, ajoute, supprime ou modifie avec le soin le plus minutieux. Quelque temps après le Contrat^ paraît l'Emile que Rousseau avait d'abord compté publier le premier : au V® livre, on trouve un « sommaire » fort complet de toutes les principales théories du Contrat {*), Enfin, dans la VI« des Lettres écrites de la Montagne, en 1764, Rousseau fait encore une fois une « analyse » de son système politique, en commente, en développe, en justifie les principes (*). Donc le Contrat social, ainsi confirmé, pour ainsi dire, par ces deux résumés ultérieurs et précédé par une série d'écrits qui y ont été plus ou moins incorporés, fondus et coordonnés, semble bien l'expression mûrie, systématique et définitive de la pensée politique de Rousseau.

A. Schinz, La Question du Contrat soci&l (Rev, d'hisi. litt. de la France, oct.-déc. 1912) ; — G. Beaulavon, La Question du Contrat social: une fausse soluiion{Rev.d'hist. liit.de ta France, juill.-sept. 1913) ; — P. -M. Masson, Questions de chronologie rousseauiste {Annales de la Soc. J.-J. R., t. IX, 1913).

1. Bosscha, Leffres inédites de J.-J. Rousseau à iM.-M. Rey, Amsterdam-Paris, 1858. — Les passages les plus intéressants ont été cités par M. Dreyfus-Brisac, op. cit., app. III.

2. 11 y manque la théorie de la religion civile, mais il y est fait mention des théories sur la politique internationale, supprimées dans le Contrat.

3. Indiquons encore d'intéressants fragments du Manuscrit de Neufchâtel (éd.Dreyfus-Br., app. II, et Vaughan, Polit. writ., t. 11) ; — les Extraits des œuvres de Tabbé de S^int-Pierre (t. V) ; — les lettres à M. Butta-Foco, à M. Ustéri, an marquia de Mirabeau, etc.

Mais, dès qu'on examine cette doctrine politique elle-même, de graves difficultés surgissent, car elle paraît, au premier regard, dans un singulier et surprenant désaccord avec le reste de l'œuvre. Par son esprit, par son objet, par ses conclusions, le Contrat social semble en contradiction avec les tendances les plus certaines et les plus connues de Rousseau, avec les idées dominantes de toute sa vie et de tous ses livres.

Rousseau, n'est-ce pas en effet, avant tout, l'homme du sentiment, l'ennemi de la raison raisonnante, des systèmes et des philosophes? — Or, le Contrat social est un système, une laborieuse construction de raisonnements, où la déduction va jusqu'à s'affubler d'un appareil mathématique.

Rousseau, c'est encore l'homme de la nature, le « sauvage Rousseau », l'ennemi de la société. N'enveloppe-t-il pas dans la même condamnation dédaigneuse les arts, les sciences, les lettres, tout ce qui nous semble l'honneur et la parure de la civilisation ? L'homme est né bon, c'est la société qui Va. corrompu. — Or, le Contrat social est une apologie de la société : la sainteté de la loi, la beauté de la vie politique, le rôle nécessaire de la cité, où l'homme seulement peut être « un homme » et non plus un animal ignorant et borné, voilà les thèmes fondamentaux qui résonnent d'un bout à l'autre du livre.

Rousseau, enfin, c'est l'homme de la liberté: nul n'a poussé plus loin la fierté, la jalousie de 1 indépendance; il est l'adversaire indigné de toutes les contraintes et de toutes les tyrannies. Au fond de notre conscience individuelle est le juge, le guide infaillible. — OrJeCoTi- Irat social élève au-dessus de l'individu, dépouillé de tousses droits naturels, la souveraine autorité de l'État: c'est de la loi, de la loi seule, que l'homme recevra toute sa puissance d'agir, ses biens matériels, qui lui sont laissés provisoirement à titre précaire et révoca-

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ble, et même en quelque mesure ses biens moraux les plus iatérieurs et les plus chers, ses croyances, sa religion.

Bien plus, il peut même sembler, on a souvent soutenu que ces contradictions pénètrent jusqu'au cœur du Contrat social même. Ce n'est pas seulement d'un ouvrage à l'autre, c'est entre le début et la fin du Co/ifra/, entre la théorie du peuple souverain et la théorie du législateur, entre le droit naturel et la religion civile, c'est au cours d'un même chapitre, à quelques lignes d'intervalles (*), que nous voyons éclater le conflit entre des tendances opposées. Le Contrat social a donc pu être considéré comme une insoluble énigme, un incompréhensible démenti donné par Rousseau luimême à son œuvre essentielle, un « accident » dont la disparition aurait laissé à cette œuvre son unité et sa logique.

Que penser de ces difficultés fondamentales ?

Il n'a pas manqué de critiques qui en ont pris aisément leur parti, les ont tenues pour essentielles et en ont triomphé bruyamment. S'il en faut croire par exemple Benjamin Constant, Lamartine ou Proudhon, ou, plus récemment M. Jules Lemaître, la politique de Rousseau n'est qu'incohérence et mensonge :1a politique de Rousseau n'existe pas. Il n'a touché à de tels sujets que par occasion, sans s'y intéresser et sans y croire ; ses motifs sont frivoles ou bas, toujours extérieurs : jalousie à l'égard de Montesquieu, amertume et rancœur d'ancien laquais, vanité de paraître un penseur profond. Il n'y a qu'à négliger une doctrine inextricable et inconsistante et à s'étonner seulement que la niaiserie des hommes lui ait fait une telle fortune.

D'autres — soit pour appuyer la thèse précédente, soit pour la réfuter — ont cherché, en distinguant plu-

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