‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 83 sur 235 · Livre t>RE»iiER · texte numérisé non relu

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mêmes, partout tacitement admises et reconnues (*), jusqu'à ce que, le pacte social étant violé, chacun rentre alors dans ses premiers droits, et reprenne sa liberté naturelle, en perdant la liberté conventionnelle pour laquelle il j renonça.

Ces clauses, bien entendues, se réduisent toutes à une seule, savoir : Taliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté (') ; car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous ; et, la condition étant égale pour tous, nul n'a intérêt de la rendre onéreuse aux autres (').

De plus, Taliénation se faisant sans réserve, Funion est aussi parfaite qu'elle peut l'être, et nul

1. Rousseau parle ici comme si le contrat social était un fait. On peut l'expliquer de deux manières : ou bien il suit son hypothèse et raisonne sur l'humanité idéale ; ou bien il admet que déjà, en fait, Thumanité réelle, dans la mesure où elle a eu conscience du droit et de la justice, a toujours tacitement reconnu la nécessité du contrat. Les deux explications d'ailleurs ne s'excluent pas absolument, et souvent Rousseau passe insensiblement de l'une à l'autre.

2. C'est ici le principe essentiel sur lequel repose tout le livre. Il a soulevé d'innombrables objections ; il importe donc d'abord de bien l'entendre : — Les hommes, par le contrat, renoncent formellement à tous les droits qu'ils tiennent de la nature, sans aucune exception, et s'engagent à n'exercer désormais d'autre autorité que celle qui leur sera conférée par le pacte social et par les lois. L'homme abandonne à la société tous ses droits naturels et il en recevra en retour une certaine quantité de droits conventionnel».

3. Je comprends ainsi ce passage obscur : Lorsque les hommes se sont complètement dépouillés de leurs droits naturels, ils se trouvent tous sur le pied d'égalité ; et alors, comme tous auront également à supporter le poids des obligations communes, nul n'a intérêt à les rendre plus lourdes quil n'est nécessaire au bien commun. C'est l'idée qui sera développée au chapitre suivant et surtout liv. II, ch. iv.

associé n'a plus rien à réclamer : car, s'il restait quelques droits aux particuliers, comme il n'y aurait aucun supérieur commun qui pût prononcer entre eux et le public, chacun, étant en quelque point son propre juge, prétendrait bientôt Têtre en tous ; l'état de nature subsisterait, et l'association deviendrait nécessairement tyrannique ou vaine (^).

Enfin chacun se donnant à tous ne se donne à personne (') ; et, comme il n'y a pas un associé sur lequel on n'acquière le même droit qu'on lui cède sur soi, on gagne l'équivalent de tout ce qu'on perd, et plus de force pour conserver ce qu'on a.

Si donc on écarte du pacte social ce qui n'est pas de son essence, on trouvera qu'il se réduit aux ter-

1, On a reproché souvent à Rousseau de sacrifier complètement rindividu à l'État, et de le dépouiller de tous ses droits naturels pour ne lui laisser que ceux que la société veut bien lui reconnaître. Mais, dit Rousseau, il est impossible de faire autrement: c'est à cette condition seulement que le pacte social peut porter ses fruits et substituer à l'état de nature un état conventionnel avantageux pour tous. Car si l'individu gardait, après le pacte, quelques-uns de ses droits naturels, en tant que tels, il serait seul juge de ce qu'il doit faire pour les exercer et pour les protéger ; il se mettrait donc, pour une partie au moins de ses actions, en dehors de la société et audessus des lois ; on retomberait ainsi dans tous les maux de l'état de nature. Il faut donc admettre que dans l'état social nous ne pouvons prétendre à aucun droit qui ne soit reconnu et garanti par la société.

2. Benjamin Constant notamment {Cours de Polit, constit., ch. I) a fortement combattu cette affirmation. Gela est faux, dit-il, car, en se donnant à tous, « on se donne à ceux qui agissent au nom de tous ». Mais Rousseau a voulu proposer un régime dans lequel la volonté générale seule fût efficacement souveraine et dans lequel les magistrats, investis de la puissance publique, ne pussent s'en servir que pour faire exécuter la loi, c'est-à-dire la volonté de tous. Ce sera l'objet des livres III et IV,

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