‹ Du contrat social [Texte imprimé]Chapitre 135 sur 149 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

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pouvoir se soutenir par la seule force' de sa constitution. Les mœurs rendant alors superflues bien des précautions qui eussent été nécessaires dans un autre temps, on ne craignait ni qu’un dictateur abusât de son autorité, ni qu’il tentât de la garder au delà du terme. Il semblait, au contraire, qu’un si grand pouvoir fût à charge à celui qui en était revêtu, tant il se hâtait de s’en défaire, comme si c’eût été un poste trop pénible et trop périlleux de tenir la place des lois.

Aussi, n’est-ce pas le danger de l’abus, mais celui de l’avilissement, qui me fait blâmer Y usage indiscret de cette suprême magistrature dans les premiers temps (*). Car tandis qu’on la prodiguait à des élections, à des dédicaces, à des choses de pure formalité (2), il était à craindre qu’elle ne devînt moins redoutable au besoin, et qu’on ne s’accoutumât à regarder comme un vain titre celui qu’on n’employait qu’à de vaines cérémonies.

Vers la fin de la république, les Romains, devenus plus circonspects, ménagèrent la dictature avec aussi peu de raison qu’ils l’avaient prodiguée autrefois (3). Il était aisé de voir que leur crainte

(*) De la république romaine.

C2) Outre les cas de guerre ou de sédition, on nommait aussi des dictateurs pour présider à certains actes religieux ou à certaines cérémonies civiles, et iis abdiquaient aussitôt leur fonction remplie, ils n’avaient guère que le nom de commun avec les chefs absolus à qui l’on recourait en cas de péril extrême.

(3) Cependant Sylla et César reçurent le titre de dictateurs: mais ce furent alors de véritables « magistratures nouvelles, préparant la transition de la république à l’empire ».

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était mal fondée; que la faiblesse de la capitale faisait alors sa sûreté contre les magistrats qu'elle avait dans son sein; qu’un dictateur pouvait, en certain cas, défendre la liberté publique sans jamais y pouvoir attenter ; et que les fers de Rome ne seraient point forgés dans Rome même, mais dans ses armées. Le peu de résistance que firent Marius à Sylla, et Pompée à César, montra bien ce qu’on pouvait attendre de l’autorité du dedans contre la force du dehors.

Cette erreur leur fit faire de grandes fautes : telle, par exemple, fut celle de n’avoir pas nommé un dictateur dans l’affaire de Catilina ; car, comme il n’était question que du dedans de la ville, et, tout au plus, de quelque province d'Italie, avec l'autorité sans bornes que les lois donnaient au dictateur, il eût facilement dissipé la conjuration, qui ne fut étoulfée que par un concours d’heureux hasards que jamais la prudence humaine 11e devait attendre.

Au lieu de cela, le sénat se contenta de remettre tout son pouvoir aux consuls, d’où il arriva que Cicéron, pour agir efficacement, fut contraint de passer ce pouvoir dans un point capital, et que, si les premiers transports de joie firent approuver sa conduite, ce fut avec justice que dans la suite on lui demanda compte du sang des citoyens versé contre les lois, reproche qu’on n’eût pu faire à un dictateur (1). Mais l’éloquence du consul entraîna tout; et lui-même, quoique Romain, aimant mieux sa gloire

P) Cicéron fut en eiiêt accusé et plus tard exilé pour avoir fait mettre à mort illégalement les complices de Catilina : il avait obtenu leur condamnation du sénat, bien que celui-ci n’eût pas de pouvoir judiciaire.

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