‹ Du contrat social [Texte imprimé]Chapitre 83 sur 149 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

prince au père de famille, erreur déjà réfutée (1), mais encore de donner libéralement à ce magistrat toutes les vertus dont il aurait besoin, et de supposer toujours que le prince est ce qu il devrait être ; supposition à l’aide de laquelle le gouvernement royal est évidemment préférable à tout autre, parce qu’il est incontestablement le plus fort, et que, pour être aussi le meilleur, il ne lui manque qu’une volonté de corps plus conforme à la volonté générale.

Mais si, selon Platon (a), le roi par nature est un personnage si rare, combien de fois la nature et la fortune concourront-elles à le couronner ! Et si l’éducation royale corrompt nécessairement ceux qui la reçoivent, que doit-on espérer d’une suite d’hommes élevés pour régner ? C’est donc bien vouloir s’abuser que de confondre le gouvernement royal avec celui d’un bon roi. Pour voir ce qu est ce gouvernement en lui-même, il faut le considérer sous des princes bornés ou méchants ; car ils arriveront tels au trône, ou le trône les rendra tels.

Ces difficultés n’ont pas échappé à nos auteurs; mais ils n’en sont point embarrassés. Le remède est, disent-ils, d’obéir sans murmure (2) ; Dieu donne les mauvais rois dans sa colère, et il les faut supporter comme des châtiments du ciel. Ce discours est édifiant, sans doute ; mais je ne sais s'il ne conviendrait pas mieux en chaire que dans un livre de

(a) In Civili. ( Note de Rousseau). — Voir ci-dessus II, vu.

(2) Voir notamment Bossuet, Politique tirée de l’Écriture Sainte , liv. IV, art. i et 2.

politique. Que dire d’un médecin qui promet des miracles et dont tout l’art est d’exhorter son malade à la patience ? On sait bien qu’il faut souffrir un mauvais gouvernement quand on l’a : la question serait d’en trouver un bon.

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