TROISIÈME EXPÉRIENCE DU PAPIER-MONNAIE PÉRIODE DE
Pour bien comprendre la crise qui éclata en 1848 et nécessita le cours forcé,il faut remonter à la création de la Banque de France. Après l’échec des assignals et des mandats territoriaux, plusieurs banques se fondèrent, émettant des billets, mais d’une façon très modérée. Ce fût en 1597 la Caisse des comptes courants et, l’année suivante la Caisse d’escompte du commerce, puis la Factorerie et le Comptoir commercial. Mais cetie diversité de billets produisait une confusion qui gênait les opérations commerciales. Le Premier Consul voulut régulariser cette situation et fondre toutes ces banques en un seul établissement. Au mois de janvier 1800, à la suite d’une assemblée générale des actionnaires, la Caisse des comptes courants fut dissoute et devint la Banque
de France. Les autres banques disparurent en même temps et échangèrent leurs actions contre des actions de la nouvelle Banque.
Le Premier Consul acheva le plan'qu'il s’était tracé par la loi du 24 germinal an XI qui concédait à la Banque de France le monopole de l'émission des billets de banque. Bonaparte rendait par là un très grand service à la nation, mais il eut le tort de lier trop étroitement cet établissement au Trésor, et de ne pas assez respecter son indépendance. La Banque, dans son esprit, était un moyen d’agir sur la vie économique et financière du pays. La dépendance complète de cet établissement lui était donc nécessaire. Pour Napoléon, le principal rôle de la Banque devait être de secourir le Trésor de au moment des crises. Aussi voyons-nous le sort la Banque de France lié étroitement à celui de l’empereur.
Cette solidarité ne pouvait avoir que des conséquences fâcheuses el le souvenir du passé aurait dû mettre en garde Napoléon. Dès le mois de juillet 1803,la Banque consent au Trésor un prêt de 10 millions.
Le premier pas était fait ; les demandes continuèrent. En août de la même année la Banque de France convertit une bonne partie de son capital en obligations du Trésor. Ces emprunts ne pouvait que compromettre fortement son crédit. La crise éclata
en 1805, à la suite d’une panique qui s’empara des porteurs de billets. Les emprunts répétés et la solidarité qui existait entre l’empereur et la Banque firent craindre au public la chute de cet établissement et jetèrent le discrédit sur les billets. Les ennemis de Napoléon ne manquèrent pas d’en profiter pour augmenter la panique en faisant courir de faux bruits, et rappelant le désastre des assignats.
La situation était grave. La Banque, obligée de rembourser ses billets, n’avait qu’une encaisse restreinte et son crédit ne pouvait résister longtemps(1). La dépréciation du papier atteignait déjà ro 0/0. La Banque demandait qu’on la dispensât temporairement de rembourser ses billets.On rappelait l'exemple de la Banque d'Angleterre qui ne parvint à sortir de la crise de 1797 qu’en employant un tel remède.Cette mesure parut trop violente ; on s'arrêta à un moyen terme: la limitation des remboursements en espèces; cette limite fût fixée à 600.000 francs par jour. La Banque parvint ainsi à se remonter peu à peu; la panique s’apaisa,le numéraire revint et la victoire d’Austerlitz acheva de dissiper les craintes du public. A la suite de cette crise, Napoléon, pour renforcer le crédit de la Banque la transforma en institution gouvernementale,en mettant des fonctionnaires à la tête.
1. Le portefeuille de la Banque était à ce moment irréalisable, ne comprenant que des effets souscrits par les receveurs des finances au nom du Trésor et escomptées aux Négociants réunis.
C'était rassurer le public contre l’éventualité d’une faillite. Aussi voyons-nous la prospérité de la Banque renaître et augmenter de jour en jour. Nous n'insisterons pas sur les années qui suivirent ; aucun évènement important ne se produisit,sauf en 1814 où la Banque dût restreindre momentanément la circulation fiduciaire. Nous arrivons ainsi à la période qui nous intéresse ; celle de 1848. La crise qui éclata à ce moment eut un double caractère. Elle fut à la fois économique et politique.
La crise économique apparut dès 1846. Tout d’abord, les mauvaises récoltes de l’année amenèrent une gêne considérable et un resserrement dans les opérations commerciales. Les prix des denrées augmentèrent el la production nationale ne put suffire à l'entretien de la population. C’est ainsi que les importations d’objets d'alimentation qui étaient de 187 millions en 1845 s’élevèrent l’année suivante à 254 millions, et en 1847 à 364 millions. Le gouvernement aggrava la crise en se lançant dans des dépenses exagérées, notamment pour la construction de lignes de chemins de fer. Toutes ces causes contribuèrent à resserrer notablement la circulation monétaire. La Banque voyait disparaître de plus en plus l’argent de ses caisses, qui était exporté à l’étranger.
Pourtant le mal était encore guérissable(t}) et la
1. L’élévation du taux de l'escompte de 1 o/o permità la Banque