I. Histoire financière, t. II, p. 23o
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et manquait à la fois de vêtements et d’aliments.
Un capitaine écrivait dans une lettre : « Les troupes que je commande sont sans chemises, sans souliers et moi sans culotte. » Cette disette se fit sentir avec plus de violence sur le petit peuple. Dans beaucoup de communes, le pain menaça de manquer et les habitants furent réduits à une 1/2 livre de pain par jour. Comment s’étonner, après cela, des émeutes et pillages qui éclatèrent sur tous les points de la France? Du reste, les notes de police de l’époque nous renseignent sur la situation. Nous v trouvons çnlre autres ces indications que nous puisons dans l’ouvrage de M. Levasseur sur 1’ « histoire des classes ouvrières en France. »
i3 brumaire an III. — « Toutes les denrées sont à un prix si haut qu’il est impossible à l’homme infortuné d’en approcher. »
4 nivôse an III. — « On se plaint que l’indigent est dénué de tout ; on dit que si les subsistances n’arrivent pas dans peu, la guerre civile se déclarera. »
l'j germinal an III. — « Les objets nécessaires à la vie sont encore triplés depuis un mois. »
ü3 avril (article de journal). — « Il n’y a guère de jours que Paris ne soit le théâtre d’émeutes partielles,auxquelles la disette donne lieu... On ne rencontre dans les rues que des figures pâles et décharnées sur lesquelles sont peintes la douleur, la fatigue,
H, Thuriol n
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la faim et la misère. » Ces quelques notes suffisent à nous montrer l’état de détresse dans lequel se trouvait la France, M. Stourm cite le prix du dîner d’un des comités de la Convention le i*‘‘ vendémiaire an IV ; un pâté froid : a5o livres ; une poularde: loo livres ; un dindon: loo livres; une bouteille de sirop d’orgeat: i4o livres ; une bouteille d’eau-devie : 55 livres. Nous n’insisterons sur les prix fantastiques qu’atteignirent les denrées.
Cette situation était encore aggravée par une inondation de faux assignats fabriqués à l’étranger notamment en Belgique, en Angleterre et en Allemagne, et qui jetaient le désarroi dans le public. Le commerce était arrêté ; les agriculteurs et les commerçants préféraient ne pas vendre leurs marchandises par crainte d’être trompés. C’est ce que signalait au mois de prairial an III le district de Rennes à la Trésorerie nationale. Les notes de police déclaraient également que de faux assignats étaient présentés en grand nombre au Mont-de-Piété. M. Duchatellier (i) signale le cas d’une femme qui fut arrêtée pour avoir payé une somme de •24 000 francs en assignats à son créancier et que celui-ci croyait faux. Différentes mesures furent prises pour lutter contre cet envahissement, mais elles ne servirent qu’à
I. Académie des sciences morales, Un essai de socialisme, t. CXXllI, p. 848.
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augmenter l’inquiétude ; c’était rendre le mal encore plus visible. Le receveur des domaines était, en général, chargé de la vérification des assignats. Mais il ne peut, dit M. Duchatellier en parlant du district de Rennes, suffire à cette besogne. « Requis de jour et de nuit par le comité révolutionnaire pour descendre chez différents particuliers, il lui est impossible de vaquer à ses affaires. »
Le Moniteur inséra dans ses colonnes de nombreux articles relativement aux faux assignats. Nous y trouvons, entre autres l’opinion d’un politicien qui demandait de substituer aux assignats une monnaie de métal afin d’éviter les contrefaçons trop nombreuses du papier. « Le papier-monnaie de quelque espèce (ju’il soit, dit-il, est très exposé à être contrefait. Ne pourrait-on, à ce signe, en substituer un autre dont la contrefaçon serait beaucoup plus difficile? N"est-ce pas augmenter la confiance que d’imaginer un pareil signe? Dans la contrefaçon tlu papier-monnaie, il n’y a pour ainsi dire de difficile que riinitation exacte du papier, et il faut regarder toutes les signatures à peu près comme zéro pour la plupart de ceux qui reçoivent le papier, car, quand on prend un billet de caisse, infiniment peu de personnes sont en état de pouvoir taire la vérification des signatures (1). » L’auteur de l’article proposait