ITO
C’était rassurer le public contre l’éventualité d’une faillite. Aussi voyons-nous la prospérité de la Banque renaître et augmenter de jour en jour. Nous n’insisterons pas sur les années qui suivirent ; aucun évènement important ne se produisit, sauf en i8i4où la Banque dût restreindre momentanément la circulation fiduciaire. Nous arrivons ainsi à la période qui nous intéresse ; celle de 1848. La crise qui éclata à ce moment eut un double caractère. Elle fut à la fois économique et politique.
La crise économique apparut dès 1846. Tout d’abord, les mauvaises récoltes de l’année amenèrent une gène considérable et un resserrement dans les opérations commerciales. Les prix des denrées augmentèrent et la production nationale ne put suffire à l’entretien de la population. C’est ainsi que les importations d’objets d'alimentation qui étaient de i8j millions en i8.^5 s’élevèrent l’année suivante à millions, et en 1847 à 364 millions. Le gouvernement aggrava la crise en se lançant dans des dépenses exagérées, notamment pour la construction de lignes de chemins de fer. Toutes ces causes contribuèrent à resserrer notablement la circulation monétaire. La Banque voyait disparaître de plus en plus l’argentde ses caisses, qui était exporté à l’étranger.
Pourtant le mal était encore guérissable (i) et la
I. L’élévation du taux de l’escompte de i 0/0 permit à la Banque
nation aurait pu s’en remettre facilement, si les événements de 1848 n’étaient survenus. Immédiatement ^ la panique s’empara du public, les porteurs de billets
se précipitèrent aux guichets de la Banque, pour se faire rembourser, et les commerçants, pour faire escompter leurs effets. La Banque, au début, soutint fermement le choc et voulut faire renaitre la confiance en montrant ainsi la solidité de son crédit.
Mais ses prévisions ne se réalisèrent pas et l’affolement du public ne fit qu’augmenter, d’autant plus que certains proposaient la nationalisation de la j Banque. Le Trésor rendait la situation encore plus
î critique par ses besoins d’argent. L’encaisse de la
I Banque qui était de 140 millions au 26 février tomba
-> le 1 4 mars à yo millions. La gravité de la crise deman-
dait des mesures immédiates. A cet effet, le conseil de la Banque se réunit le i5 mars pour décider delà conduite à tenir. Une partie proposait la liquidation • de la Banque. Elle avait encore assez de capitaux
pour payer intégralement tous les créanciers et sortir honorablement de la situation. Mais c’était sacrifier
J le commerce et priver l’Etat d’un auxiliaire puissant
surtout en cette période critique que la nation tra- , versait. Le conseil s’orienta vers une autre solution,
d'arrêter Texode de la monnaie métallique. D’autre part l’achat par la Russie de 5o millions de rentes rançaises consolida la situation.
et, à la suite de sa délibération, le gouverneur de la Banque, d’Argont, adressa au ministre des Finances une lettre dans laquelle, après avoir exposé la situation, il demandait au gouvernernenta l’utorisation de suspendre les payements en espèces.
(( La promptitude et la laigeur des opérations de la banque, disait-il, lui donnaient l'espoir de dominer la crise; elle y serait probablement parvenue sans les demandes provoquées par des besoins extraordinaires et exagérées par la peur... Ce matin, une panique s’est déclarée; les porteurs de billets se sont présentés en foule à la banque ; de nouveaux guichets d’échange ont été ouverts pour accélérer le service. Plus de lo millions ont été payés en numéraire. Demain, la foule sera encore plus considérable et la banque sera entièrement dépouillée de ses espèces. Dans ces graves circonstances, nous devons recourir à votre vigilante et énergique sollicitude et à celle du gouvernement (i). »
A la suite de cette lettre, le gouvernement provisoire rendit le décret du i5 mars qui décrétait le cours forcé des billets de banque et fixait le maximum d’émission à 35o millions. La coupure était abaissée à loo francs.
Le cours forcé, qui fut si souvent funeste aux
Etats, eut toutefois en 1848 une conséquence des