CAUSES DE DÉPRÉCIATION DE LA MONNAIE FIDUCIAIRE
J. -B. Say, dans son Cours d'économie politique^ nous dit que : « la valeur monétaire dont un pays a besoin est déterminée par l’importance des échanges qu’on est appelé à y consommer et que, quel que soit le nombre des unités monétaires, toutes ensemble égalent et ne surpassent pas la valeur monétaire dont le pays a besoin, tellement qu’à mesure qu’on la multiplie, chaque unité vaut un peu moins. »
Une augmentation du numéraire dans un pays ne permet pas d’acheter une plus grande quantité de marchandises. La seule différence c’est que la monnaie aura diminué de valeur. C’est en cela que consiste le phénomène de la dépréciation. Toutefois, pour les métaux précieux, ce phénomène ne se prolonge pas, car la loi de l’offre et de la demande ramène la monnaie à sa valeur normale.
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Le principe émis par J. -B. Say s’applique également à la circulation fiduciaire, mais on n’y trouve plus le même frein à la dépréciation, en tant du moins que cette circulation est régie par le cours forcé. Lorsque les billets de banque sont convertibles en espèces, on n’a pas à craindre de forte dépréciation. Leur nombre est en effet calculé, au moyen de l'escompte, en proportion de l’activité économique et si, par hasard, cette proportion était dépassée, les billets inutiles reviendraient d’eux-mêmes au remboursement.
Le cours forcé bouleverse ces conditions, et la dépréciation devient alors intéressante à étudier. Ainsi que le fait remarquer M. Leroy-Beaulieu, le cours forcé a pour effet d’élargir la circulation fiduciaire au delà des limites qu’elle avait auparavant, en multipliant l’instrument des échanges, puisque chaque émission nouvelle vient se joindre aux quantités déjà existantes. Mais le dégorgement ne peut plus se faire par suite de l’inconvertibilité des billets inutiles. La valeur du papier baisse au fur et à mesure que de nouvelles émissions s’ajoutent aux autres, et en proportion de leur importance
Quelle en sera la conséquence directe? Chacun cherchera naturellement à se défaire de ses billets, d’où la concurrence entre les détenteurs. M. de Saint-Chamans s’exprime en ces termes à ce sujet: « La loi de l’offre et <ie la demande, dil-ü, agit sur
ces billets comme sur les marchandises. Tout ce qui a une valeur probable mais douteuse est soumis à cette loi, parce que chacun cherche à réaliser cette valeur probable ; il y a alors concurrence pour s’en défaire et diminution de valeur à mesure que la concurrence est plus grande ( i ). » Ces idées nous permettent d'expliquer le phénomène qui s'est produit dans beaucoup de pays où la dépréciation ne fut pas proportionnée au nombre des émissions. Alors même que la quantité de papier serait invariable, la déjjréciation n’en continuera pas moins de se faire sentir, si les offres de billets sont trop nombreuses par rapport aux demandes. Cette cause de dépréciation n’existe pas pour la monnaie métallique. Ca»- elle agit sur le papier en raison même de la nature de ce dernier.
Les billets de banque, avons-nous dit plus haut, pourconserver leur valeur, doivent inspirerconfiance. A plus forte raison en est-il ainsi pour le papier monnaie, c’est-à-dire pour ces mêmes billets de banque devenus inconvertibles. Le papier ne repose plus sur aucune garantie et le gouvernement, pour lui faire conserver sa valeur nominale, doit plus que jamais rechercher la confiance du public. Le seul moyen, pour lui, de l’obtenir, est de manifester sa ferme volonté de sortir le plus tôt possible du cours