‹ Du cours forcé de la monnaie fiduciaire [microform]Chapitre 4 sur 31 · Saint-Chamans, A'co/iomté? publique^ t. I,p. u · texte numérisé non relu

Saint-Chamans, A'co/iomté? publique^ t. I,p. u

H. Thuriot i

forcé, car la prolongation de ce régime énerve l'opinion et porte 1e désarroi dans les esprits. L’histoire de l’Italie en est la meilleure preuve. Le cours forcé y dura de 1866 à 1881, et pendant toute cette période la dépréciation tint beaucoup moins à l'abus des émissions qu’au manque de conliance du public vis-à-vis du gouvernement. Après la courte guerre engagée contre l’Autriche, il eût été facile au gouvernement italien de revenir à la circulation normale. Il préféra se lancer dans de grandes entreprises et des dépenses nombreuses. C’était renvoyer à une date indéterminée la suppression du cours forcé, et c'est bien ce fait qui discrédita le papier.

Ces quelques idées nous permettent de constater que la valeur du papier-monnaie est soumise à un ensemble d'éléments fort complexes et souvent difficiles à déterminer.

L’excès d’émissions et le manque de confiance ne sont pas les seuls faits capables de modifier la valeur du papier ; il en est d'autres qui paraissent bénins mais dont l’importance ne doit pas être négligée. Signalons notamment les circonstances politiques qui, dans un pays, accompagnent le cours forcé. En temps de guerre, les finances d’une nation subissent le contre-coup des événements. L’annonce d’une défaite est, en général, suivie- d’une panique financière entraînant un affaissement des cours en Bourse. Il est donc naturel que le papier-monnaie

qui est une valeur comme une autre, s’en ressente également. C’est ainsi qu'en Angleterre, lors du cours forcé qui y régna de [79;. 1821, la dépréciation des billets était due principalement à l’insécurité politique.Le pays était engagé à fond dans la lutte contre la France et le blocus continental le mettait dans une situation des plus critiques. De plus, la menace d’une descente de l’armée française sulfisait à affoler la population. Ajoutons que les échecs des alliés n étaient pas faits pour remonter le moral de la nation. C est à la suite de ces circonstances que la dépréciation atteignit, en 1812, son maximum, c’est à dire 29 0/0. Aussitôt après la paix de i8i5, les cours remontèrent.

Citons, pour terminer, une dernière cause de baisse. Le papier ne se soutient que grâce à une certaine quantité de monnaie métallique. L’émigration des métaux précieux doit donc avoir une répercussion sur la valeur du papier, puisque le point d’appui s’écroule. Or, cette émigration provient généralement d’un excédent d’importations sur les exportations. Une balance du commerce défavorable rejaillit donc indirectement sur la valeur du papier.

Les gouvernements se sont toujours efforcés de remédier à la dépréciation et d’en prévenir les causes ; guidés, il faut le reconnaître, non par l’intérêt général, mais par un sentiment de pur égoïsme.

Quelles que soient ces mesures employées, on peut les ramener à l’application de deux principes.

1» La masse de papier réunie à la masse de monnaie métallique ne doit jamais dépasser les besoins d'argent du pays.M. Leroy-Beaulieu exprime cette idée sous une autre forme. « Une circulation de papier à cours forcé, dit-il, doit toujours être moindre que la circulation métallique dont elle prendre la place. »

2" 11 faut que le public soit assuré que le cours forcé ne sera que temporaire et que le gouvernement s’efforcera d’en sortir le plus tôt possible.

Ajoutons que l’État doit préserver de tout dommage résultant du discrédit les j)orteurs de billets. L’établissement de tableaux de dépréciation, lors de la reprise des paiements, permettra d’y arriver.

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