LE COURS FORGÉ ET LA SPÉCULATION
La hausse des prix est une des principales conséquences du cours forcé. C’est l’application d’une loi d’économie politique citée plus haut ; une aug'inentation du stock monétaire exigeant pour l’achat d’une même quantité de marchandises une plus grande quantité d’unités inonélaires. Même en se maintenant au pair, le papier agira sur les prix. Les émissions de papier rendent l’instrument des échanges plus abondant qu’il ne serait sans elles, avec le numéraire seul, et, comme les prix dépendent de cette abondance, 1a hausse est inévitable.
En présence de ces fluctuations de valeurs et par suite, de la prime de l’or, l’agiotage se produit, d’autant plus qu’il est favorisé par l’instabilité d’une marchandise dont la valeur est inconnue. On pourrait objecter que la monnaie métallique, elle non plus, n’est pas à l'abri de ces manœuvres. Mais qu'est-ce
que cette spéculation en présence de celle qu’eni raine le papier-monnaie ? Un abîme les sépare. Les métaux précieux ne sont pas susceptibles d’une production illimitée car les mines d’ext raction (inissent par s’épuiser quand on en force le rendement. De plus, leur valeur intrinsèque les préserve d’une trop lorte dépréciation. Lorsqu'il y a trop de monnaie en circulation, elle s’exporte ou se transforme en lingots, le métal finissant par valoir autant que la pièce.
De cette façon la quantité de monnaie mélallique et, par suite les j)rix, oscillent autour d'une valeur moyenne. Nous ne trouvons i»lus les mêmes caractères dans le papier-monnaie. Sa valeur ne dépend ni de la production des mines, ni de sa valeur intrinsèque qui est nulle Sa dépréciation n'a donc pas de limites et s'accentue à mesure que les émissions se
multiplient.
M. Bonnet ex[)ose ees idées d'une laçon très
claire :
(( Avec des espèces métalliques comme base de la circulation, dit-il, on n'est pas a 1 abri ;les excès de la spéculation, mais on a le moyen de les arrêter vite si l’on veut ; c’est de faire payer le capital le prix ({u'il vaut. Aussitôt que le taux de l intérêt s’élève sensiblement, les crédits se resserrent, chacun sent la nécessité de liquider et tout rentre dans l’ordre, c’est-à-dire que tout ce qui n’a pas une valeur
échangeable contre de la monnaie métaüicjue disparaît.
Ce moyen n’existe pas avec le papier-monnaie. On n’a pas de mesure exacte de la valeur et la liquidation est toujours différée. Aujourd’hui, l’émission est fixée à un chiffre qu’on croit devoir répondre à tous les besoins : ce chiffre est purement arbitraire et s’il est sufiisant pour aujourd'hui, il ne le sera pas pour
longtemps (i) ».
Le cours forcé laisse donc la porte ouverte à l'agiotage, elles spéculateurs ne manquent pa^^ d’en profiter. i.eurs manœuvres se présentent sous deux formes différentes suivant qu elles ont pour base la prime de l’or ou la hau.sse des prix.
Dans le premier cas, le spéculateur escomptant dans l’avenir une forte dépréciation, achète de la monnaie métallique au début du cours forcé. Admettons que cette prime soit de 102, c’est-à-dire que pour 100 francs d’or, on paie 102 francs en billets. Généralement, les prévisions du spéculateur ne tardent pas à se réaliser et la dépréciation, soit par suite de l’excès d’émissions, soit pour d’autres causes, va en s’accentuant.
Supposons que la prime arrive à ii5. Le spéculateur s’empresse alors de revendre sa monnaie métallique. Celle-ci achetée contre 102 francs de billets