I. Rev vue des Deux-Mondes^ t. XVIII, p
sera revendue 1 15 francs ; d’où un bénéfice de i3 fr. pour 100 francs. Inversement, le spéculateur peut acheter du papier dans un moment de forte dépréciation et le revendre aussitôt que les cours remontent. Que résulte-t-il de ces procédés ? C’est qu’une bonne partie du numéraire est accaparée par ces banquiers peu scrupuleux. L'or et l’argent accumulés dans leurs coffres sont improductifs et toute la nation en souffre.
Nous arrivons à des conséquences identiques par le second mode de spéculation sur la hausse des prix. (]ette hausse engage certains capitalistes malhonnêtes à en tirer profit par l’achat en gros de marchandises, au début de la dépréciation, pour les revendre dans la suite. Cet accaparement est d’autant plus odieux que les spéculateurs ne se font pas faute de favoriser l’augmentation des prix par tous les moyens possibles.
Ces idées nous permettent d’expliquer l’accroissement des affaires qui se manifeste généralement au début du cours forcé On voit surgir de tous côtés des associations financières et se multiplier les établissements decrédit. Cette activité est purement illusoire, car ces banques ne sont attirées que par l’agio existant sur le papier. « Elles réunissent, dit M. Bonnet, tous les capitaux disponibles et comme elles ont besoin de les faire valoir tout de suite, elles fomentent toutes espèces d’entreprises, souvent des plus chimériques ; il se produit alors une activité qui fait croire
un moment que le papier-monnaie est la véritable panacée pour conduire très vite à la richesse. C’est le plus grand inconvénient de ce papier, car, après avoir égaré tout le monde, il conduit, non pas à la richesse, mais à des catastrophes inévitables et d’autant plus graves que l’illusion a duré davantage (i).»
Le cours forcé nous apparaît ici dans un de ses effets les plus funestes. C’est la ruine du crédit, la misère des classes pauvres et le trouble apporté dans l’activité économique. Ajoutons un danger moral : celui de faire pénétrer l’idée de la spéculation dans l’esprit du public. Nous constatons notamment ce fait aux États-Unis où l’ardeur de l’agiotage anime et passionne toutes les classes de la société depuis les gros capitalistes jusqu’aux petits bourgeois. Trouvant leur avantage au développement d’un tel régime, ces spéculateurs poussèrent le gouvernement américain à des émissions de plus en plus fortes et
si les Etats-Unis ne sortirent du cours forcé qu'en 1879, c’est que la moitié de la population s’y était longtemps opposée. Ce pays nous donne, du reste, le spectacle des plus fortes oscillations. La prime de l’or, qui était de 102 au janvier 1864, passa six mois plus tard à a86.