LE COURS FORCÉ ET LA FUITE DE LA MONNAIE MÉTALLIQUE
C’est une constatation générale que le cours forcé provoque l’exode de la monnaie métallique. Ce phénomène est très compréhensible; il constitue l’application d’un principe bien connu : la loi de Gresham d’après laquelle la mauvaise monnaie, dans un pays, chasse toujours la bonne. En temps ordinaire la valeur des billets de banque est égale à celle des métaux précieux puisqu’on peut les échanger contre une somme égale à celle qu’ils représentent. Le cours forcé change ces conditions. La dépréciation qui frappe généralement le papier lui donne des qualités inférieures à celles de l’or et l’argent. Il constitue la mauvaise monnaie de la loi de Gresham qui doit donc chasser la bonne, c’est-à-dire ia monnaie métallique. De (juelle façon ce phénomène se produit-il? A l’intéiieur du pays, tout d’abord, on se
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seri le moins possible d'or el d'argent. Les débiteurs ayant le choix pour se libérer de deux monnaies de valeur inégale, s’acquittent de préférence avec la moins bonne, c’est-à-dire le papier. La circulation métallique se ralentit et le métal se fait d'autant plus rare que les manœuvres des spéculateurs en retienneut une grande partie. Que deviennent les métaux précieux? Par le libre jeu du mécanisme des échanges, ils sont exportés à l’étranger. Les possesseurs de papier tiennent à l’utiliser de la même manière qu’une somme de monnaie métallique. 11 en résulte une plus grande demande de biens el de travail, par conséquent une élévation des prix. On a dès lors avantage à s'adresser à l’étranger el pour cela, l’envoi de monnaie métallique est nécessaire. En même temps, les importations de métaux précieux se resserrent car les étrangers, devant l’augmentation des prix, se fournissent ailleurs. D'autre part, les possesseurs de titres du pays en qi.estion les vendent par crainte de se voir payer leurs renies en papier déprécié. De môme, les créanciers étrangers cherchent à liquider leurs créances avant que la dépréciation ne les atteigne. Toutes ces causes concordent à faire disparaître la monnaie métallique. On en arrive à ne plus pouvoir payer entièrement en or, les sommes dues à l’étranger. 11 s’établit alors dans les Bourses étrangères, un cours du papier qui peut être différent de celui de l’intérieur. Une dis-
tinclion méiile toutefois d’être faite. En cas d’émissions peu abondantes les inconvénients du régime sont limités, cari! restera toujours à côté du papier une certaine quantité de monnaie métallique; mais c’est une situation assez rare, car les gouvernements se laissent alier facilement à une création excessive de billets. On ne peut mieux s’en convaincre qu’en rappelant ce qui s'est passé en Italie. L’abus des émissions plongea ce pays dans un dénuement complet de monnaie métallique. « Aussitôt après te I" mai i86G, dit le président de la Chambre de commerce de Florence, les capitalistes étrangers intéressés dans les ^aIcurs italiennes renvoyèLit avec une grande précipitation leurs titres sur le marché italien pour les y faire vendre à n’importe quel prix. Tous les liuanciers ou négociants qui avaient des comptes créditeurs en Italie réalisèrent aussitôt pour être payés en numéraire. »
La même constatation peut se faire aux États-Unis où le papier entraîna la dépréciation des produits
nationaux et la disparition rapide des métaux précieux.
Lorsqu’un pays se trouve ainsi dépourvu de monnaie métallique, le seul moyen qui lui reste pour sortir de cette situation est de s’acquitter eu titres ou en marchandises. Malgré tout, ce procédé est bien aléatoire. Si, par exemple, les récoltes d’une année sont mauvaises, et que ces denrées constituent le
principal objet d’exportation du pays, ce dernier se trouve acculé à la banqueroute. C’est le péril qui menace à chaque instant les pays lie l’Amérique du Sud comme la République Argentine où le papier constitue le fonds de la circulation, le cours forcé y étant perpétuel.
Mais, dira-t-on, les pays à papier déprécié ont encore la ressource de solder leurs dettes au moyen de titres. C’est un moyen à l’efficacité douteuse. La nation ne doit pas songer à se servir de ses titres de rentes, car personne ne les accepterait. Les valeurs internationales sont sa seule ressource ; or, les pays à papier-monnaie sont dépourvus, en général, de ces valeurs. Le cours forcé entraîne donc les pays qui Tadoplent sur le chemin de la ruine.
On ne peut éviter ce danger ([u'en diminuant la quantité de papier. (:ctte mesure aura pour conséquence de faire baisser les [)rix. Kn eilet, les commerçants chercheront de nouveaux débouchés et les trouveront grâce au bon marché de leurs produits. Le stock métallique se reformera avec d’autant plus de certitude que les pays où les exportations de métaux précieux se sont fait(^s, verront à leur tour les [)rix augmenter par suite de l'abondance de nuniéraii e. L’étpnühre liait de la sorte j)ar se rétablir.