DE LA GARANTIE- RÉELLE DU CREDIT
tous les élémens de la société ; car quand même toutes les classes ne participeraient pas aux bien-* faits du crédit , ou n''auraient pas besoin d'y avoir recours, toujours sont-elles toutes , sans exception , intéressées à la sécurité et à l'organisation normale des effets de circulation ; — or , comme l'identité du crédit et de la circulation résulte de nos déveluppemens, c'est^-à-dire comme la circulation au comptant va désormais devenir circulation à crédit (ou virement de parties universel et indirect), puisque l'agent intermédiaire lui-même au lieu d'être une valeur spéciale et matérielle, ne sera plus qu'un titre de crédit universel et social , représenté par une rente sur l'État; parconséquent nous voyons que le développement du crédit et celui de la circulation deviennent absolument solidaires, et réclament désormais la même organisation:
Le système normal du crédit et de la circulation doit donc être identifié, et pourtant différencié, convergent, et pourtant divergent, subordonné, et pourtant libre, vraiment concurrent enfin dans* la pleine et double signification du mot , car non seulement les élémens de celui-ci se feront une concurrence muiuellej mais en outre ils concourront organiquement vers un but com-
mun partant d'une source commune. De même que le monopole sans concurrence n'est qu'une concentration dangereuse , de même la concur^ rence sans concours n'est qu'un morcellement funeste, et voilà pourquoi maintenant, au lieu de posséder une circulation assurée, organisée et normale, nous n'avons tantôt qu'un champ clos^ où s'agitent des moyens de circulation arriérés et impuissans, avec accaparement au centre, privation à la périphérie et atonie générale; — tantôt au contraire un champ ouvert à une mul« tîtude d'effets surexcitans, aux promesses fictives , aux effets de complaisance et de convention, au papier-monnaie sans contrôle, sans fondement stable , sans unité, enân à l'anarchie du crédit et de la circulation , gr^ce à laquelle nous assistons de temps en temps à des convulsions industrielles qui éclatent lorsque les abus, parviennent à leur apogée.
Si nous considérons cependant les résultats immenses pour les richesses sociales que l'invention du papier-monnaie a produit, il nous est facile d'embrasser de prime abord la généralité des bienfaits dont l'avenir de l'industrie sera redevable aux billets à rentes, et à la puissance desquels la société pourra se livrer en pleine sécurité ;
â4â DE LA GARANTIE RÉELLE DU CREDIT
car l'émission de ces billets participera à tous les bénéfices que produit chaque extension des institutions de crédit et chaque augmentation de moyens circulatoires, tout en restant complète-^ ment étrangère à la moindre des chances désayantageuj^es auxquelles beaucoup d'entre ces in-> stitutipnSy privées qu'elles sont pour la plupart d'une telle sécurité intrinsèque et d'une organisation tellement accréditable, sont continuelle-^ ment exposées. En effet , malgré les crises , les folles spéculations, les déceptions et les ruines que l'abus. du papier de banque a déjà occasio-^ nées, il est désormais impossible de méconnaître la haute portée des effets, salutaires dont il a gratifié l'humanité. Combien de résultats, dont nous jouissons depuis long-temps en réalité, ne seraient encore que possibles^ si l'excitatioQ spécu-^ lative quel^ur fit subir ce nouvel élément circur latoire ne les eût développés ? Le progrès im^ mense, et si rapide en richesse et en bien-être matériel des États-Unis en est une preuve palpa-* ble, c'est pourquoi tous les désastres que vient de ressentir l'Amérique du nord» sont encore loin de contrebalancer les bienfaits dont elle est redevable à la vivacité de la circulation et à la pré^ sence d'une masse de capitaux mobiles, résultant
de cette émission considérable de papier-monnaie. Eh bien ! cet agent si puissant du progrès industriel, n'a été qu'un simple à-compte des per-* fectionnemens ultérieurs du crédit et de la cir^ culation. Gomme moyen progressif, il a produit d'immenses bienfaits, mais comme moyen imparfait encore et transitoire il a occasioné des dé-* sastres non moins considérables. Maintenant qu'il a fait son temps, nous conservons ses avantages en nous prémunissant contre ses dangers. Désormais non seulement l'émission de la monnaie du papier sera limitée et unitaire , mais au surplus, chaque effet de circulation portera en lui-* même le gage de sa réalité, et ainsi l'histoire du papier-monnaie nous devient un garant de la puissance exploitrice de nos billets à rentes, puissance renforcée non seulement par l'avantage de la sécurité hypothécaire qu'ils posséderont sur les billets de banque, mais aussi par leur nature et le mode de leur émission, qui ne permettra à celle-ci de s'élever que, tout au i^Xxx^, juste au montant du besoin de la circulation, ce qui les préservera de tout encombrement, — et surtout par le bénéfice immédiat de [intérêt attaché aux billets , avantage qui les place bien au dessus d^ (oute espèce de numéraire.
25o DE LA GARANTIE RÉELLE DU CRÉDIT
Nous croyons donc qu'une organisation concrête du crédit et de la circulation, comme celle dont nous avons tracé les linéamens généraux, (modifiables sans doute dans leursdétails, selon les lieux et les circonstances), répondrait précisément aux besoins réels et pressans de la société, tout en la prémunissant contre les abus actuels. Cette organisation se développerait d'elle-même dès que le gouvernement lui aurait donné la première impulsion par l'institution des billets k rentes ; car pour parvenir au but il faut commencer par s'en ménager' les moyens, et tant que ceux-ci resteraient imparfaits ou ihsuffîsans, le but ne saurait être atteint. Sans doute le développement complet des institutions de crédit ne pourrait s'effectuer que progressivement , mais en revanche l'organisation unitaire des effets de circulation est réalisable immédiatement , et celle-ci est la Condition sine qua non de l'autre. En effet , une organisation synthétique exige un moyen d'action analogue à sa nature, c'est-à-dire également synthétique, — donc, si le crédit doit satisfaire aux besoins les plus divers , il faut que son agent possède à son tour les propriétés les plus diverses. Or , nous avons démontré que la conception du billet à rentes renferme les caractères de tous les
ET DE LA CIRCULATION. 25 ï
efîets de circulation imaginables, et possède^ en outre , des propriétés spécifiques qui manquent à ceux d'aujourd'hui , par conséquent ces billets sont destinés à devenir Y agent unitaire du crédit et de la circulation , et à douer les relations économiques d'un développement nouveau. En résumé , le système des billets à rentes sera pour la circulation des capitaux , ce que le système monétaire a été pour la circulation des produits ; car de même que la monnaie a été instituée pour mobiliser les denrées, ou valeurs produites , —de même les billets à rentes vont servir à mobiliser les fonds ou capitaux productifs. Sans, doute la circulation de capitaux existe aujourd'hui sans billets à rentes, mais elle existe d'une manière partielle et défectueuse , précisément comme la circulation des produits pouvait exister avant l'institution d'un agent monétaire universel et garanti. Aussi, lorsqu'on se plaint aujourd'hui de la rareté des capitaux , ou parfois, de leur encombrement, c'est précisément comme si l'on se fut plaint de la rareté ou de l'encombrement des produits avant l'institution des monnaies. Les capitaux existent maintenant tout comme les produits existaient alors, mais ils sont immobilisés et stagnans , il ne s'agit donc que de
a52 de la garantie réelle ou crédit, etc.
les douer de la faculté de circuler. Le crédit ne créedoiic pasde capitaux, tout comttie la monnaie ne crée pas de produits, mais il les mteite^ les répand , les rend actifs , leur ménage une répartition normale, et en proYoque enfin une plus aa>pie création ; — or, telle a été exactement raction de la monnaie à l'égard des prodoits.
Mais ce déYelopperaent du crédit ne saurait jamais s'effectuer par une augmentation de simple numéraire, car toute augmentation de ^îgne$ stériles ne peut aboutir qu'à la dépréciation des signes eux-mêmes; tandis que l'émission de fonds circulans et portant intérêt , productifs en placement et en circulation, pourrait seule obvier aux besoins de ta circulation sans l'exposer ni aux dangers de la dépréciation , ni à ceux de la surexcitation.
Augmentons donc la masse du capital circulant , et non celle du numéraire; c'est-à-dire , mettons en circulation une masse de valeurs réelles et productives , et anéantissons en même temps la masse du numéraire stérile ou fictif et des effets encombrans , en fkimnt servir de nU" méraire ces mêmes capitaux circuiaûs.