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La trop grande élévation des coupures de la Banque, dont les moindres étaientde 500 francs, a beaucoup contribué à restreindre sa circulation. Ajoutez que, pendant longtemps, ses billets n'étant réellemant payables qu'à Paris, puisqu'il n'existait dans les départements aucun bureau où l'on fût en mesure de les recevoir en tout temps, la circulation en était restreinte dans la capitale. Même aux portes de Paris.
on trouvait diflicilement à les placer : dans les départements , ils n'apparaissaient que de loin en loin , comme par exception, et dans ce cas, les porteurs ne trouvaient guère à les échanger qu'en subissant une réduction de 1 1/2 pour 100 sur la valeur. Mais depuis l'établissement des comptoirs, on du moins depuis qu'une décision du conseil général a autorisé ces comptoirs à rembourser au pair les billets de rétablissement central , cet état de choses a beaucoup changé. « Depuis cette époque, dit le gouverneur de la Banque, ces billets se sont répandus dans quelques départements ; ils sont venus se juxtaposer et même se substituer en quelque sorte à la circulation de certains comptoirs ; » ce qui confirme pleinement tout ce que j'ai dit plus haut. a Dans l'espace de dix années, ajoute le gouverneur , la moyenne de la circulation totale de la Banque et de ses succursales s'est rehaussée de 65 millions (204 millions à 269). Cet excédant s'est partagé entre la province et la capitale. »
Que l'intervention des comptoirs ait beaucoup contribué à étendre la circulation de la Banque, il n'y a rien là qui doive surprendre. On s'étonne seulement qu'il ait fallu pour cela une autorisation spéciale, et que cette autorisation, on ait tant tardé à la donner. Ne semble-t-il pas que cela devait aller de soi-même ? C'était bien aux succursales de la Banque qu'il appartenait de se montrer les plus empressées à recevoir les billets émanés du bureau central. Si elles les refusaient, comment des étrangers au-
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raient-ils pu consentir à s'en charger? On comprendrait que, par prudence, on n'eût pas obligé les comptoirs à rembourser ces billets dans tous les cas, qu'on leur eût réservé la faculté de les refuser, ou d'en ajourner le payement dans certaines situations données ; car on aurait pu craindre, par exemple, (crainte légitime, bien qu'un peu exagérée) que des malveillants, dans l'intention d'altérer le crédit de la Banque, ne vinssent tout à coup présenter à l'un de ses comptoirs une masse de billets qu'il eût été hors d'état de rembourser. Mais qu'on ait refusé à ces comptoirs même la faculté de rembourser les billets de la banque mère, c'est une des plus curieuses anomalies de cet étrange régime. Cependant le gouverneur, comme pour corriger ce qu'une telle extension de pouvoir lui paraissait avoir de trop hardi, a soin d'ajouter que cette faculté de rembourser les billets du bureau central n'avait été donnée aux comptoirs que jusqu'à nouvel ordre.
Il va sans dire que les banques indépendantes établies dans les déparlements n'étaient pas autorisées non plus à rembourser les billets de la banque de Paris, non plus que ceux des comptoirs ou des autres banques des départements. Tout cela devait fonctionner isolément, sans rapport, sans lien. Etonnez-vous ensuite que les billets émis par chacun de ces établissements n'aient eu qu'une circulation essentiellement locale ? 11 en résultait un autre inconvénient : c'est que les transports d'argent de place en place ne pouvaient se faire que difficile-
ment et à grands frais, que les opérations seules du change grevaient notre commerce et noire industrie d'un surcroît de frais assez considérable (1); tandis qu'aux Etats-Unis, le change d'une ville à l'autre, ces villes fussent-elles situées aux extrémités opposées de l'Union, c'est-à-dire, à une distance triple ou quadruple de la longueur totale de la France, se fait en général pour rien.
Si l'on veut se reporter encore un inslant au la bleau qui précède, on remarquera que la circulation de la Banque est assez régulière, surtout pour les dernières années. En comparant les majcimum et les minimum, on voit que le chiffre en varie peu, même dans les moments critiques. Encore ces variations paraissent-elles plus considérables dans le tableau qu'elles ne le sont dans la réalité. « Il faut remarquer, en effet, que les escomptes qui s'effectuent l'avant-dernier jour de chaque mois, augmentent passagèrement la circulation d'une vingtaine de millions. Les billets qui forment cet excédant rentrent dès le lendemain à la Banque par les encaissements du 30 ou du 31. » (Rapport du gouverneur.) Qu'on retranche des maximum ces 20 mil-
(1) C'est cette circonstance qui a lait accueillir avec faveur par une partie du commerce la fusion récente de toutes les banques départementales dans la banque de Paris. On a vu là un moyen d'effectuer le change avec plus de facilité et (réconomic. C'est un avantage réel, mais trop chèrement acquis parce moyen. Il est sensible, d'ailleurs, qu'on l'obtiendrait bien plus large et plus complet sous un régime de banques libres, qui établiraient naturellement entre elles toutes les relations nécessaires pour la facilité du commerce.
ClJAl'. Vin. ^ i. LES liANyUliS EN FRANCE. 277
lions d'émissions accidentelles, qui ne doivent pas compter, on verra que les fliicluations dans la circulalion ne sont pas aussi fortes qu'on le suppose souvent.
« On apprécie plus sainement, ajoute le gouverneur, l'importance réelle d'une circulation par sa moyenne annuelle que par un maximum qui n'indique qu'un état accidentel ; or, la moyenne de i845 a été de 259 millions et celle de 1846 de 261. La ditférence n'est que de 1,500,000 fr. » Ainsi la moyenne de 1846, année signalée par une crise violente, fut un peu supérieure à celle de 1845, année paisible et tranquille. Ce qui prouve de nouveau qu'on se trompe sur le véritable caractère des crises commerciales, quand on suppose, comme on le fait presque toujours, qu'elles ont pour cause ordinaire, ou pour effet, la présentation en masse des billets au remboursement.
Voici le détail des opérations de la Banque de France, pendant les trois années 1844, 1845 et 1846.
Escompte du papiei* de commerce . 749,372,248 l,005,66b.424 1,191,105,704
Avances sur actions des canaux. 12,550,175 19,907,800 16,97l,4«0
Avances sur rentes 7,067,600 28,687,391 24,310,585
Escompte des bons du trésor et
oblig.de la ville de Paris 2,596,794 1,659,677 215,867
Escomptes de traites de coupes
de bois 1,426,704 1,9S5,8I2 2,252,440
Escompte des bons de la monnaie. 353,228 f, 9215,379 S,2S5,4fcS
Avances sur lingots y compris
les renouvellcmeiils 56,110,200 42,i 9?,70t) 54,!40,00i)
Bénéfices sur la vente de l'or... .. . »
Primes sur matières d'argent... » . «
Droits de garde „ „ »
TuTAL 809,257,949 1,101,408.585 1,294,264,462
L'augmentât ion de 187 millions que présente, dans la comparaison de l'année 1846 avec l'année
1845, l'escompte du papier de commerce, se divise en deux parties très-inégales : celle du premier semestre est de 172 millions ; celle du second monte à 15 millions seulement. Ainsi, jamais les escomptes n'avaient été aussi abondants que dans la première moitié de l'année 1846, c'est-à-dire aux approches de la crise qui devait éclater vers la fin de l'année: mais ils diminuèrent sensiblement plus tard. La Banque s'efforça bien de les soutenir pendant quelque temps en répondant avec libéralité à toutes les demandes qu'on lui adressait; mais déjà le commerce commençait à ressentir les atteintes de la crise, et les banquiers particuliers, par l'intermédiaire desquels les etTets sont présentés à la Banque, ne les recevaient plus avec la même facilité.
Au surplus, le total des escomptes d'une année ne donne qu'une idée assez imparfaite de l'importance des avances faites par une banque au commerce, à moins qu'on ne tienne compte du terme moyen des échéances, la même somme pouvant, lorsque les échéances sont très-courtes , servir à bien des escomptes dans une année. En vertu de ses statuts, la Banque de France ne peut escompter d'effets à plus de 90 jours. La moyenne des échéances, pour les effets qu'on lui présente, varie ordinairement de 45 à 50 jours. En 1845, cette moyenne avait été de 47 jours et sept-dixièmes; en
1846, elle ne fut plus que de 45 jours et neuf-dixiè-
CHAP. VIII. § I. IFS BANfUJFS F\ FRANCE. 279
mes : variation peu considérable pour l'ensemble des deux années, mais qui serait certainement plus forte si Ton ne tenait compte que du dernier semestre de 1846. Au commencement de 1847, cette moyenne tombe à 33 jours ; ce qui atteste bien le progrès du discrédit. Pour connaître l'état exact des avances faites par la Banque, il faudrait donc diviser le total des escomptes par le nombre de fois que cette moyenne des écliéances est comprise dans 36ojours : mais on arrive au même résultat en prenant pour chaque année la moyenne du portefeuille. En 1845, cette moyenne avait été de 124,369,000 francs; en 1846, elle a été de 151,747,000 fr., c'est une différence en plus de 27 millions, imputable presque tout entière sur le premier semestre.
On a vu qu'en vertu de la loi de 1806, le capital de la Banque de France avait été porté à 90 millions, non compris sa réserve. Ce n'était pas beaucoup ; c'était même trop peu pour un centre d'affaires tel que Paris, où plusieurs institutions pareilles tiendraient à l'aise. Mais il n'était pas même dans l'ordre qu'une banque privilégiée conservât longtemps un capital si fort : l'afflux des dépôts étrangers, déterminé par les causes que l'on a vues au chapitre précédent, devait l'en dispenser en temps ordinaire, et le désir assez naturel d'augmenter le chiffre proportionnel de ses bénéfices devait lui conseiller incessamment de s'en départir. Elle fut contrainte de le garder pendant toute la durée de l'Empire, soit que le chef de 1 Elat eût sur ce capital des vues ultérieures.
280 LE CRÉniT FT LFS RANQURS.
comme il l'a prouvé en plusieurs circonstances, soit qu'il pensât qu'en matière de crédit deux sûretés valent mieux qu'une. Mais à partir de 1816, la Banque fut autorisée à réduire son capital, et elle n'y manqua pas. Elle racheta donc successivement un certain nombre d'actions, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus que pour une valeur de 07,900,000 francs. C'est à ce dernier chiffre que son capital est demeuré fixé jusqu'à ces derniers temps. La partie demeurée en sa possession fut, du reste, convertie en rentes sur l'Etat, en sorte qu'il ne lui resta aucun fonds effectif, et qui lui appartînt en propre, pour répondre à ses engagements : situation à peu de chose près pareille à celle où la Banque de Londres s'est trouvée depuis son origine. C'est ainsi que les deux plus grandes institutions financières de l'Europe se sont trouvées et se trouvent encore dans une situation qui semble défier et provoquer les crises. Est-il bien nécessaire après cela de chercher dans l'usage même du crédit la cause des perturbations qui ont tant de fois ébranlé tout le monde commerçant. Au surplus, lors même que ces deux établissements eussent conservé leur capital intact, les crises ne se seraient pas moins produites par les raisons que l'on a vues : seulement, elles auraient eu peut-être moins d'intensité.
§ 11. — Comptoirs.
La création des comptoirs, prévue et même prescrite par l'article 10 du décret organique du 16 janvier 1808, avait été, à ce qu'il paraît, tentée
CIIAP. VIII. — g II. LES BANQUES EN FRANCE. 281
soiis l'empire, mais sans succès. Reprise en 1836, et poursuivie celle fois, à ce qu'on peut croire, avec un peu plus de vigueur, elle donna de meilleurs résultats. Au commencement de 1846, il y avait dans toute la France onze comptoirs de la banque centrale. Le tableau ci-dessous indique les dates de leur création, et les progrès de leurs opérations.
En 1836, Création des deux premiers comptoirs à Reims et à Saint-Ëlieune; Monlanl des opérations de l'année 1 3,700,000
1837. Opérations des deux comptoirs 25,000,000
1838. Création des comptoirs de Saint-Quen-
tin et de Montpellier.
Opérations des quatre comptoirs 83,000,000
1839. Idem 138,000,000
1840. Création des comptoirs d'Angouléme et
de Grenoble.
Opérations des six comptoirs 179,000,000
1841. Idem 186,000,000
1812. Création des comptoirs de Besançon,