C-aen, Cliàteauroux et Clermont
Opérations des dix comptoirs 233,000,000
1 Si.'î. Idem 2 i3,n00,00(l
1844. Création du comptoir de Mulhouse.
Opérations des onze comptoirs 321,000,000
1845. Idem 397.000,000
En 1846 , quatre ordonnances royales, des 15 et 18 avril, 29 mai et 10 juillet, rendues sur la demande du conseil général de la Banque, autorisèrent l'établissement de quatre nouveaux comptoirs à Strasbourg, au Mans, à Nîmes et à Valenciennes. Le comptoir de Strasbourg fut mis en activité le 20 août, et celui du Mans le 12 octobre : les deux autres n'étaient pas encore en fonction à l'expiration
282 r.F CRT^IDÎT F.T LES BANQUES.
de l'année. La Banque avait donc, en 1846, 13 comptoirs en activité. Les voici classés selon leur ordre d'importance. On remarquera que les trois premiers, ceux de Montpellier, Besançon et Saint-Etienne, présentent un chiffre d'opérations plus considérable que tous les autres réunis.
Masse des opérations en 1846.
Montpellier • 103,869,000 \
Besançon 69,226,000 2iO,141,000
Saint-Étienue 67,046,000 )
Saint-Quenlin 45,523,000 \
Mulhouse 33,973,000 ) ^„. ,,^
u • or.noQ /iaaV 127,640,000
Reims 26,938,000 r ' '
Augoulênae 21 ,206,000 ]
Caen 17,875,000 \
Grenoble 13,766,000 i
Strasbourg 12,801,000 f gj 372 000
Clermonl-Ferrand 12,706,000 1 '*' ^'
Cliàteauroux 6,765,000 \
Le Mans 959,000;
Total 432,653,000
De ce que telle ou telle de ces villes ne fournit au comptoir qu'elle possède qu'un chiffre d'opérations relativement faible, il ne faut pas en conclure nécessairement qu'elle offre au commerce de banque moins de ressources : non ; cela peut venir tout simplement de ce que les exigences de la Banque de France, qui sont les mêmes partout, ne se prêtent pas également bien aux besoins et aux habitudes particulières de chaque localité.
Au reste, tous les chiffres qui précèdent , même
r.Fi\p. Mil. — § rr. les banques en frange. 283
les plus élevés, sont faibles, mesquins, et donnent une triste idée de l'état du crédit en France, surtout si l'on considère qu'ils représentent le mouvement total de l'année, et que la moyenne des échéances, pour les effets reçus dans les comptoirs, n'est que de vingt-six jours. La moyenne générale de leurs portefeuilles, qui avait été de 54 millions en 1845, s'est élevée à 68 millions en 1846. Voilà donc la somme effective des escomptes de banque pour treize villes des plus importantes du pays, et cela dans une année exceptionnelle. C'est vraiment d'une médiocrité désespérante, même en tenant compte de la nouveauté de plusieurs de ces institutions. Certes, des banques indépendantes, pourvu qu'elles fussent en même temps libres, c'est-à-dire dispensées de se conformer à des statuts imposés et maîtresses de se prêter aux besoins des localités où elles auraient établi leur siège, ne tarderaient pas à développer dans ces mêmes villes un mouvement d'affaires bien autrement considérable. Pour cela , deux choses seraient nécessaires entre toutes : la première, que ces banques consentissent à escompter au besoin des effets à deux signatures, et elles n'y manqueraient assurément pas; la seconde, qu'elles acceptassent de toutes mains des dépôts à intérêt. Les comptoirs de la Banque ne remplissent ni l'une ni l'autre de ces conditions. Us exigent invariablement, comme l'établissement central, trois signatures, et la loi même les y oblige. Quant à payer un intérêt sur les dépôts qu'on leur confie, y fussent-ils autorisés par la loi,
284 LR CRÉDIT ET LRS BANQUES .
ils s'en garderaient bien, (anl que le privilège dont ils jouissent ferait affluer presque forcément dans leurs caisses une masse toujours cortsidérable de dépôts gratuits.
11 est contre toute raison qu'une banque exige invariablement trois signatures pour les effets qu'elle escompte, surtout en province, où l'apposition de la troisième signature est presque toujours une charge entièrement gratuite. Pourquoi le négociant deMonlpellier ou de Mulhouse, qui expédie des trois-six ou des cotonnades à un négociant d'une autre ville, et qui reçoit en retour un règlement à trois mois, n'aurait-il pas la faculté de présenter ces effets directement au comptoir delà banque, s'iloffre par lui-même toutes les garanties nécessaires de solvabilité? Pourquoi faut -il qu'avant d'arriver à ce comptoir il passe nécessairement par l'étamined'un banquier particulier, dont l'intervention n'a d'autre effet que d'augmenter ses charges? On conçoit à la rigueur qu'à Paris l'intervention de ce banquier soit nécessaire le plus souvent, sinon toujours, surtout quand il n'existe qu'une seule banque, parce que celte banque ne peut, dans une si grande ville, connaître le plus grand nombre des négociants solvables, et qu'il faut par conséquent des intermédiaires entre elle et le commerce pour la guider dans ses choix. Mais dans une ville de province, et par rapport aux négociants de la ville même, cette pratique ne se comprend plus. On veut, dit-on, en multipliant les garanties, diminuer les risques que la Banque ou ses succursales ont
CIIAP. Mil. — î^ IF. I.F.S BANQUES EN FRANCE. 28o
à courir. A la bonne heure : mais ces risques, s'ils sont réels, on ne les éteint pas par ce moyen, on les déplace seulement; on les rejette du comptoir sur le banquier particulier, et voilà tout. Or à qui appartient-il mieux d'assumer de tels risques, d'un individu isolé, ou d'un établissement puissant? La réponse ne saurait guère être douteuse. Faire supporter de préférence ces risques à l'individu, c'est renverser toutes les lois de la prudence humaine, qui veut, au contraire, que les individus en soient déchargés par de vastes compagnies. En matière d'assurance, fait-on par hasard assurer les compagnies par des particuliers, ou n'est-ce pas plutôt tout le contraire? La règle des trois signatures renverse donc les rôles. Qu'une banque exige invariablement deux signatures pour les effets qu'elle escompte, on le conçoit et cela doit être; autrement l'opération change de nature ; ce n'est plus un escompte, qui suppose nécessairement une opération antérieure, c'est une avance à découvert: mais qu'elle exige encore une troisième signature, même lorsqu'elle connaît les premiers souscripteurs, c'est une erreur et un abus. Cet abus, indépendamment des autres inconvénients qu'il entraîne, est certainement un des plus grands obstacles au succès des comptoirs de la Banque dans les départements ; car il est bien des négociants dans les villes de province, qui ne peuvent pas ou ne veulent pas se soumettre à une semblable loi. Le non-usage des dépôts à intérêt n'est pas un obslacle moindre. Le comptoir ne recueillant pas
286 LF CRI'DIT FT LFS BANQUES.
les épargnes du pays, ou ne les recevant qu'à titre gratuit, ellesprennent naturellement un autre cours. Une partie reste, il est vrai, dans les escarcelles, ou chôme en attendant un emploi ; mais une autre partie cherche un placement tel quel chez les banquiers particuliers, dont l'intérêt dès lors est de détourner les affaires du comptoir, plutôt que de les y rapporter. Il y a telle succursale de la Banque, que je pourrais citer, dont l'insuccès ne doit guère être attribué à d'autres causes. Les banquiers particuliers, en possession de recevoir une partie des épargnes du pays,et devenus parla centres des affaires, se gardent bien d'accepter un patronage qui afîaiblirait la confiance du public, en altérant l'indépendance de leur position. Loin de porter des effets au comptoir, ils détournent le commerce de lesy présenter, devenant ainsi des adversaires, quand ils pourraient et devraient être des auxiliaires ou des appuis.
C'est ainsi que, par ses pratiques étroites, le système actuel étouffe les affaires au lieu de les faire naître, ou qu'il les éloigne des centres vers lesquels elles devraient naturellement graviter. Les causes que je viens de signaler ne sont pas les seules qui tendent à ces résultats fâcheux, mais elles sont peutêtre les plus générales. Les autres se rapporteraient plutôt aux habitudes et aux besoins de chaque localité; elles seraient aussi diverses que ces besoins mômes, et il est plus facile de les concevoir par la pensée que de les énumérer toutes.
La circulation moyenne des comptoirs a été de
CHAI». VIll. § II. LES BANQUES EN FRANCE. 287
8,800,000 fr. en 1846; elle n'avait été que de 7,100,000 fr. en 1845. Ces chiffres sont de beaucoup inférieurs, toute proportion gardée, à ceux de la circulation de la banque mère, bien que les succursales fussent autorisées dès longtemps à émettre des coupures de 250 francs. Mais il ne faut pas s'en étonner: jamais une circulation qui a pour point de départ une ville secondaire n'atteindra le même développement que celle qui émane d'une capitale, et j'en ai dit les raisons au chapitre VI.
Les encaisses des comptoirs ont offert pour moyenne, en 1846, la somme de 42 millions. Le montant a varié, dans le cours de l'année, de 59 millions à 23 : variation trop considérable, et qui accuse un vice semblable à celui qui affecte l'établissement central. Après tout cependant , ces réserves sont fort supérieures au passif exigible descomptoirs, qui ne s'élève qu'à 11 ou 12 millions. Il semblerait donc qu'il ne résulte là, de ces variations de l'encaisse, qu'un mauvais emploi du capital social, sans danger sérieux d'un découvert.
Voici comment les encaisses des comptoirs ont été alimentés en 1846.
1° Au le" janv. ISiG leurs réserves réunies s'élevaient à 29,000,000 2" Les receveurs généraux Jeur ont versé dans l'année, pour le compte du trésor 16,000,000 j
— Versements opérés dans les comp- ( , „ «„« ««h
toirs pour faire créditer a la banijue I
diverses maisons de Paris 24,000,000'
A REPORTIR 40,000,000
288 LU. CRÉDIT liT LKS BANgUES.
Report 40,000,000
30 Les mandats tirés par les comptoirs sur la Banque centrale donnent un total de 70,000,000
4» Les billets à ordre négociés dans les comptoirs
et remboursés à Paris, montent à environ 6,000,000
5" Enlin, la Banque, qui avait envoyé aux comptoirs 111 millions d'espèces en 1845, leur a expédié
enl84G 89,000,000
Total 240,000,000
L'encaisse des comptoirs au l^^janv, 1847, étaitde 2C,4;i7,0O0 /
Le produit brut, des treize comptoirs a été de 2,944,000 fr., et le produit net, de2,347,000 fr.
Pour compléter cesindications.jejoinsjci le tal)leau
des escomptes mensuels de la Banque de France et de ses comptoirs, pendant l'année 1846.
Tableau des escomptes mensuels de J846 de la Banque de France et de ses comptoirs.
Mois. Banque. Comptoirs. Total.
Fin de déc. (1845).. 40,274,432 19,534,950 59,809,382
Janvier 112,170,821 29,840,380 142,011,207
Février 84,0G7,9G0 29,103,875 113,171,835
Mars 88,014,148 33,122,320 121,736,408
Avril 95,146,965 31,817,396 126,964,361
Mai 74,075,467 25,781,302 99,856,769
Juin (jusqu'au 24).. 105,001,508 50,073,469 155,074,977
Juillet 105,099,249 33,373,567 138,472,816
Août 79,196,804 27,736,637 106,933,441
Septembre 90,057,357 40,709,096 130,766,453
Octobre : 123,137,778 47,406,330 170,544,108
Novembre 110,447,387 43,190,813 153,638,200
Déc. (jusqu'au 24). 83,815,822 16,162,002 99,977,821
Totaux 1,191,105,698 427,852,143 1,618,957,841
vJl.Vt. MU. 5 lli. Lbs JiA.SyLhs h.\ tKA.NLh. 289
^ m. — BaNUVES DÉPARTE-MESTALES.
Au momenl de la dernière révoliilion, il y avait dans les déparlements, outre les comptoirs de la banque centrale, neuf banques indépendantes, établies dans les villes suivantes: Bordeaux, Rouen, Nantes, Lyon, Marseille, le Havre, Lille , Toulouse et Orléans. Instituées en vertu d'autorisations spéciales, elles étaient soumises à des statuts imposés, à peu près semblables à ceux qui régissent la Banque de France, avec cette différence toutefois que le minimum des coupures de leurs billets était, comme pour les comptoirs, abaissé à 230 fr.
Les deux tableaux suivants donneront une idée assez complète de leurs opérations en 1846.
Voici d'abord le mouvement général de leurs prêts cl escomptes pour celte année.
Noms Escompte Escompte Prêts
des banques. sur place. à Paris. sur rentes et liog.
Bordeaux 55,044,203 42,315,713 527,000
Rouen 43,733,700 33,981,000
Nantes 40.167,0:7 8,50C,C32
Lyon li2,8S7,0:^0 » 3,342,000
Marseille 214,757,077 49,252,875 2,570,449
Le Havre 2l,;o:,000 3?,â73,lOO 107,100
Lille 20,3:0,IC0 2?,Î33,900 n7,ÎOO
Toulouse 19,707,158 3,435,418 18,000
Oricaii? 12,619,300 8,«49,200 4,098,400
570,368,815 202,177,838 10,'OI,l49
Ces cliillies seraient pourtant trompeurs, ou l'a
290 Llî CRÉDIT ET LES BANQUES.
déjà vn, si l'on ne tenait compte du terme moyen des échéances. Le tableau suivant précisera davantage ces données en indiquant les moyennes des avances sous diverses formes dans l'année. On y trouvera aussi les moyennes de la circulation, des réserves ou encaisses, et des comptes courants ou dépôts.
Tableau des moyennes pour l'année 48i6.
Noms
Avances.
Circulation.
Comptes
Encaisses.
des banques.
cou lan ts.
Bordeaux...
Rouen
in,048,42o
Nantes
Lyon
Marseille. . .
l2,G75,3fi.>