‹ Du crédit et des banquesChapitre 28 sur 39 · OO,.50O · texte numérisé non relu

OO,.50O

Le Havre. . .

0,7SS,fil8

Lille

Toulouse. . .

Orléans

Ce sont là des chiffres d'une extrême exiguïté, surtout si l'on considère la grandeur et l'importance commerciale des villes dans lesquelles la plupart de ces banques sont établies.

A voir pourtant la manière dont ces banques opèrent, le chiffre de leur circulation est relativement considérable; ce qui prouve, contrairement à tout ce qu'on a dit sur ce sujet, l'extrême facilité avec laquelle le papier de banque se propage en France. Une circulation de 80 millions n'est certainement

^;hap. viii. — § m. les banques en frange. 291

pas faible pour des banques dont le capital propre ne s'élève pas, en totalité, à 24 millions, qui n'émettent pas de coupures de moins de 230 francs, et dont chacune n\i quun seul bureau où ses billets soient remboursables à volonté. Ce n'est assurément pas l'extrême solidité de ces établissements qui a facilité le cours de leurs billets, car l'imporlance de leur capital, qui varie de 1 million à 4, n'était pas faite pour inspirer au commerce une confiance sans bornes. Non : ils ont circulé parce que le public trouvait avantage et commodité à s'en servir.

En revanche, les dépôts ou comptes courants sont, toute proportion gardée, beaucoup plus faibles qu'à Paris, excepté à Lyon, où ils s'élèvent à d'assez fortes sommes. Il ne faudrait pas se plaindre de cette faiblesse des dépôts, si c'était le témoignage d'un régime sain, dans lequel tous les capitaux trouveraient facilement leur emploi. Malheureusement il n'en est pas ainsi. On sait trop bien que dans ces villes et dans leur entourage, comme à Paris, comme partout, il y a une masse considérable de capitaux qui chôment, et s'ils ne vont pas se réfugier dans les caisses des banques, c'est qu'ils restent dans les coffres des particuliers, ou qu'ils prennent leur cours ailleurs.

Si les avances faites par les banques départementales sont d'une extrême insuffisance, relativement aux besoins des centres de conimerce ou d'industrie où elles se distribuent, elles sont pourtant bien as;ez fortes, sinon même excessives, eu égard à l'impor-

(ancfi du capital que tous ces 6tal)lissomenfs possèdent en propre. Quand on considère, par exemple, que la banque de Lyon, dont le capital n'excède pas 2 millions, fait des avances moyennes de plus de 20 millions, qui se renouvellent environ neuf fois par an (1), entrelient une circulation de pareille somme, et reçoit dans ses caisses ime valeur de plus de il millions et demi en dépôts, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il y a là une disproportion choquante entre les engagements et les moyens. Sans doute, son actif n'en excède pas moins son passif, car à toutes les avances faites correspondent des effets en portefeuille qui seront acquittés plus tard; mais le passif est toujours exigible, tandis que l'actif n'est réalisable qu'après un certain temps. Si la nature des opérations d'une banque publique permet, ordonne même de compenser un passif actuellement exigible par un actif réalisable seulement à tenue, ce n'est pourtant qu'à certaines conditions et dans certaines limites. Or, ces limites me paraissent ici grandement dépassées. Il s'en faut donc qu'une telle situation offre au public toutes les garanties désirables de sécurité.

On croit être prudent en France, et on se trompe ; on n'y est que méticuleux et restrictif. On y trouve moyen d'allier à la susceptibilité 'la plus ombrageuse la plus excessive témérité. En se montrant fort diffi-

(1) La moyenne des échéances, pour les effets escomplés par les banqnesdépartemenlales, osldVnvirnn 41 jours.

f.IIAP. Mil. g IH. Lf.S BANQllKS EN FRANCE. 203

cile par rapport à l'élablissement des banques, en rcslreignant beaucoup le cours de leur papier et l'usage de leurs crédits, on se flatte souvent d'avoir écbappé aux périls auxquels d'autres peuples s'exposent, et on donne en même temps au petit nombre de banques qu'on autorise une base tellement fragile, que l'on court réellement au-devant de ces périls que l'on croit éviter. Il y a sans doute d'autres pays dont les établissements de crédit ne sont pas plus solidement assis que les nôtres, et on peut citer pour exemple l'Angleterre ; car la loi anglaise, aussi inconséquente que la loi française, quoique plus large, engendre, à peu de chose près, les mêmes abus; mais il faut se garder de considérer tout cela comme l'eiret d'un développement normal. Ce n'est assurément pas sous un régime de liberté véritable qu'on verrait les banques opérer sur de tels fondements.

De l'exiguïté du capital de nos banques départementales il résulte seulement qu'elles réalisent, en général, de fort beaux bénéfices. C'est un avantage pour elles et un danger pour le pays. Le tableau suivant, qui indique le montant du capital propre de chacun de ces établissements, indique en même temps le taux des bénéfices et le cours des actions pour l'année \ 846.

^'""lii Catiital. Dividende et liileiét sur Cours

des banques. réserve de l'aiinio. le des actions.

— — capital primitif. —

Bordeaux.... 3,i;)0,000 132 .. 13,20 «/o 2,3C0

Boucn 3,000,000 120, :13 12,03 J" 2:585

Nantes 3,000,000 i-2,8li 8,28 o/^ lj:)0

Lyon 2,(100,r00 2ii » 24,40 «/o 3,C90

Marseille 4,000,000 150» 12» «/o 1,925

LeHavre 4,000,000 63,50 C,35 «/o 1,310

l^ille 2,000,000 87 » 8,70 % 1 ,800

Toulouse 1,200,000 50» 10 >• % ..

Orléans 1,000,000 100,01 lO » % l,8lO

Quoique les bénéfices varient d'une banque à l'autre, le taux en est, en général, fort élevé, en moyenne M, 64 p. 100. Pour une industrie active, ce ne serait peut-être pas trop, car il faut bien que le travail, l'activité et l'habileté de l'industriel trouvent leur récompense : il a d'ailleurs des risques à courir; mais pour un simple placement de fonds, c'est énorme, Qu'on ne dise pas qu'ici aussi le surcroît des bénéfices vient compenser les risques ; le cours des actions prouve clairement le contraire. Prenons Bortieaux pourexemple.Ledividendeàdistribuer, en 1840, était de 132 francs par action de 1000 francs, ce qui donnait un intérêt de 13,20 p. 100 du capital primitif. Mais le cours des actions prouve qu'il y avait alors à Bordeaux des hommes qui auraient consenti à payer une somme de 2,360 francs pour percevoir ce même dividende de 132 francs, ce qui eût réduit l'intérêt, par rapport à eux, à 5,59 p. 100, Ils se seraient donc

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