SUBSTANCES ALIMENTAIRES SOUMISES A L’ANALYSE
Le procédé d’analyse que j’ai suivi pour ' le dosage du cuivre, lorsque la proportion était assez forte, est l’incinération. Je traitais les cendres par l’acide azotique pur, j’évaporais à siccité, puis reprenais par l’eau. Je soumettais aux réactifs une très-petite quantité du liquide ; s’il y avait du cuivre, j’ajoutais de l’ammoniaque en excès, je filtrais et précipitais par l’acide sulfhydrique. Je laissais déposer ce précipité pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, puis je recueillais sur un filtre, et je le lavais avec une dissolution suifhydrique.
Dans les premiers essais que j’ai faits sur plusieurs échantillons de cornichons, je ne trouvais pas de cuivre, ce qui ne pouvait provenir que d’une mauvaise incinération. En effet, les cornichons sont salés avant d’être confits au vinaigre, et dans l’incinération ce sel forme une masse pâteuse qui rend l’incinération excessivement longue et difficile. Aussi n’est-il pas étonnant que je n’aie pas pu déceler du cuivre, puisqu’il restait du charbon ; et nous savons que le charbon, d’après les expériences de M. Chevallier, retient certains sels métalliques et entre autres les sels de cuivre. J’ai recommencé mon expérience sur d’autres échantillons, mais j’ai eu soin de laver le charbon pulvérisé, plusieurs fois avec de l’eau distillée ; j’enlevais ainsi la plus grande partie du chlorure de sodium, et l’incinération se faisait très-facilement. Les eaux de lavage étaient soumises aux réactifs pour m’assurer que je n’enlevais pas de cuivre.
Fruits confits au vinaigre.
J’ai opéré sur quatre échantillons de cornichons pris dans différents quartiers de Paris.
Premier échantillon. — 500 grammes de cornichons ont été incinérés et traités par l’acide azotique, puis repris par Peau ; le liquide a donné une coloration marron par le ferrocyanure de potassium, et une coloration brune par l’hydrogène sulfuré. Le reste du liquide a été évaporé un peu avec le résidu, puis traité par l’ammoniaque ; le liquide filtré a été précipité par l’hydrogène sulfuré. Le précipité, recueilli au bout de vingt-quatre heures sur un filtre, lavé à l’hydrogène sulfuré, séché et pesé, a donné 0» r -,028 de sulfure de cuivre, correspondant à 0,01.8 de cuivre métallique, ou 0.036 pour 1000 de cornichons.
L’élément fer-platine, enfoncé dans un cornichon, a donné du cuivre sur le platine.
Le vinaigre qui baignait les cornichons ne donnait rien par l’hydrogène sulfuré et le cyanure jaune. Le couple fer-platine a accusé du cuivre.
500 gr. de ce vinaigre incinérés et traités de la même manière ont donné 0,058 de sulfure de cuivre, correspondant à 0,038 de cuivre métallique.
Pour ne pas répéter la même chose des quatre échantillons, je me bornerai à transcrire le poids des précipités de sulfure de cuivre obtenus, ainsi que la quantité de cuivre métallique qui y correspond :
2* échantillon :
Cornichons, 500 gr
ont donné 0,025 de suif, et corr
à0,016deCu.inét.|
Vinaigre, 500
3" échantillon
Cornichons, 500
Vinaigre, 500
| 5" échantillon :
■ Cornichons, 500
Les quatre échantillons ont déposé du cuivre sur 1’éîément fer-platine.
On peut voir que la quantité de cuivre que j ? ’ai trouvée n’est pas grande, et que tous ces échantillons ont dû être préparés par les procédés que j’ai indiqués précédemment. Il est probable que si l’on avait ajouté du sulfate de cuivre au vinaigre , la proportion de sulfure aurait été bien plus considérable. Je ne puis avoir de doute que pour le dernier échantillon qjui renferme plus de cuivre que les autres, et par la raison qu’il a été impossible à la personne qui me les a procurés d’obtenir du vinaigre qui baignait les cornichons.
Le cuivre de ces cornichons n’est pas physiologique non plus, car j’ai incinéré un kilogramme de cornichons frais achetés à la halle et je n’ai trouvé aucune trace de ce métal.
Fruits confits à l'eau-de-vic.
Ici j’ai trouvé l’inverse que pour les cornichons. La. liqueur renfermait très-peu de cuivre et les fruits une quantité assez notable.
15 prunes ont donné :
1" échantillon, 0,032 de sulfure correspondant à 0,021 de cuivre. 2 e — 0,010 — 0,006 —
200 grammes de liqueur ont donné :
!“'■ échantillon, 0,013 de sulfure correspondant à 0,008 de cuivre. 2 e — 0,006 — 0,004 —
6 chinois ou orangettes ont donné :
•1" échantillon, 0,022 de sulfure correspondant à 0,015 de cuivre. .2° •— 0,018 — 0,012 —
Les liqueurs ne m’ont donné que des colorations sans précipité.
On voit que ces fruits renferment une notable quantité de cuivre, car une prune en moyenne contient 0,0015 de cuivre-, et un chinois 0,0025.
Ce résultat n’est pas encore comparable avec.celui que M. Moride (de Nantes) vient d’obtenir dans l’analyse qu’il a faite de prunes à l’eau-de-vie très-vertes. Ain. i ce chimiste a pu se convaincre que chacune de ces prunes, du poids moyen de 27 à 29 gr. contenait 0,65 centigr. de sulfate de cuivre, ou l’équivalent, par mille prunes , de cinq gros sous qu’on aurait fait dissoudre. Chaque litre ide sirop alcoolisé contenait l’équivalent de deux pièces de dix centimes qu’on y aurait ajoutées en solution dans l’acide sulfurique.
Ici on avait évidemment ajouté du sulfate de cuivre pour donner à ces fruits une très-belle couleur verte.
Légumes verts.
Oseille, 1250 grammes :
1° 0,019 de sulfure de cuivre correspondant à 0,012 de Gu.
Épinards, 250 grammes.
J’ai analysé trois échantillons qui ne m’ont donné que des traces de cuivre. La liqueur prenait une coloration légèrement brunâtre par l’hydrogène sulfuré, mais le précipité ne valait pas la peine d’être recueilli.
Au mois de juillet dernier M. Chevallier publia dans le Journal de chimie médicale une note qui disait qu’en Angleterre on avait trouvé du cuivre dans plusieurs échantillons de gelées de fruits. Voulant vérifier ce fait, ou voir s’il se produisait aussi dans nos confiseries, j’ai analysé plusieurs échantillons de gelées de groseilles, de framboises, de pommes ; je n’y ai trouvé que des traces de cuivre, mais une trèsgrande quantité de fer, qui doit provenir des plaques de fer qui servent à exprimer le jus de ces fruits.
Thés .
Comme je l’ai mentionné, M. Sarzeau, dans son travail, a signalé la présence du cuivre dans le thé. Du reste, la couleur de cette substance pourrait donner lieu à sophistication , et on a trouvé dans le’commerce des thés ayant déjà servi une fois, dont les feuilles avaient été roulées et desséchées sur des plaques en cuivre, ou même roulées dans un sel de cuivre verdâtre insoluble, tel que le carbonate.
J’ai essayé quatre échantillons de thés pris chez différents épiciers ; j’ai opéré sur 60 grammes de chacun, mais je n’ai obtenu que des traces de cuivre. Le précipité que me donnait la liqueur ammoniacale additionnée d’acide sulfhydrique, après quarante-huit heures, n’était, pour aucun des échantillons, assez considérable pour qu’il me fût possible de doser ce sulfure.
Le cuivre que l’on trouve dans le thé provient probablement de la dessiccation des feuilles humides sur des plaques de cuivre; non que ce soit là une sophistication, mais un usage établi dans les pays mêmes qui nous fournissent cette substance.