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avec charge de les instruire dans la religion catholique. C'est l'origine des commanderies ou fiefs encomiendas. Les vaincus furent finalement partagés ; les Indiens divisés en tribus de plusieurs centaines de familles eurent des maîtres que désignait le pouvoir central parmi les Conquistadores qui s'étaient distingués et parmi les fonctionnaires royaux » (1). Cette organisation devait amener bientôt pour les malheureuxindigènes le règne de la plus complète servitude ; et si l'on songe que parmi les colons envoyés par les gouvernements pour asseoir leur domination dans ces pays lointains, beaucoup n'étaient que des malfaiteurs recrutés dans les prisons et sauvés ainsi de la mort et de l'infamie, on nes’étonnera pas de tous les excès qui se commirent alors. Las Casas estime, qu’en près de 38 ans, 12 millions d’Indiens furent sacrifiés ; c'est surtout au Mexique et au Pérou que les Espagnols se signalèrent par leur cruauté.
Pour expliquer le peu de cas qu'ils firent de la propriété des habitants, on a prétendu qu’ils avaient trouvé la justification de leur conduite dans les bulles papales : ils pensèrent que les papes, en donnant aux rois d'Espagne et de Portugal les terres d'Amérique, n'avaient pas refusé à leurs sujets les biens des particuliers. C'était là une interprétation assurément exagérée. La bulle d'Alexandre VI, comme les autres bulles qui furent expédiées à cette époque, n’entendaient accorder aux envahisseurs que la propriété publique, la souveraineté du nouveau continent. C'était déjà trop! Soit, mais jamais le Saint-Siège n’a encouragé la violation des règles les plus élémentaires de l'équité et de la
(1) Nys, Les Publicistes espagnols du xvr° siècle et les droits des Indiens. Rev. de Dr. int., tome XXI, p. 542. — Cpr.Raynal, Histoire philosophique et politique des Etablissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, tome III.
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justice (1). En admettant que les termes si larges dont se servit Alexandre VI dans ces concessions aient pu prêter à cette fausse interprétation, la bulle du pape Paul IT ne laisse planer aucun doute sur ce point. En vertu de son autorité apostolique, le Souverain Pontife « détermine et déclare que les Indiens et tous les autres peuples, qui viendront plus tard à la connaissance des chrétiens, quoiqu’ils ne connaissent point la foi en Jésus-Christ, ne sont ni ne doivent être pour cela privés de leur liberté, ni de la liberté de leurs biens ou réduits en servitude, mais que c’est par le moyen de la prédication de l'Evangile et par l'exemple d’une vie remplie de vertus qu'il faut les attirer et les engager à recevoir la religion. Il ordonne en conséquence que tout ce qui sera contraire à sa résolution soit considéré comme nul et de nul effet » (2).
Si, au xvi° siècle, la grande majorité des jurisconsultes et des théologiens justifiait et approuvait la domination des puissances européennes sur les peuples du Nouveau-Monde (3), quelques voix généreuses s'élevèrent cependant en faveur de ces derniers. Des hommes éminents, tels que François de Vitoria, Barthélemy de Las Casas, Melchior Cano, Dominique Soto, s’efforcèrent de démontrer que les princes païens avaient droit, tout aussi bien que les rois de la chrétienté, à la possession exclusive de leurs territoires.
Passant en revue, dans ses leçons de Indis, les
(4) Engelhardt, Etude sur la déclaration de la Conférence de Berlin relative aux occupations. Rev. de Dr. int., tome XVIII.
(2) Nys, Les Publicistes espagnols, etc., Revue de Dr. int. loc. cit., p. 547.
(3) Nous laissons provisoirement de côté les tribus indiennes de l'Amérique septentrionale dont la situation spéciale sera étudiée plus loin. V. énfrà, sect. 1x, $ 2.