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sionnaires arrivent parfois à empêcher le renouvellement des excès qui avaient marqué la fondation des premières colonies. Au dire de Voltaire, l'établissement des Jésuites espagnols dans le Paraguay fut à certains égards le triomphe de l'humanité : leur administration rappelait Lacédémone. En théorie, la cause des païens et des barbares rencontre chaque jour de nouveaux défenseurs. Grotius (1) et, après lui, Pufendorf (2) rangent parmi les guerres, dont la cause est illégitime, celles qui ont pour but d'implanter par la force le christianisme et la civilisation chez les peuples arriérés. Vattel flétrit la conduite des Espagnols après la découverte du Nouveau-Monde, dont la conquête n'a été sur bien des points qu'une « usurpation criante. » « Quand l'Espagnol attaquait les Américains, sous prétexte que ces peuples refusaient de commercer avec lui, il couvrait d'une vaine couleur son insatiable cupidité » (3).
(1) Le droit de la querre et de la paix, t. II, ch. XX, S 48.
(2) Ce dernier va même très loin : « Je ne saurais, dit-il, approuver non plus ce que dit un fameux chancelier d’Angleterre, qui soutient que la coutume qu'ont les Américains d’immoler des hommes à leurs fausses divinités et de manger dela chair humaine est un sujet suffisant de déclarer la guerre à ces peuples, comme à des gens proscrits par lanature même. Pour bien décider cette question, il faudrait examiner distinctement siun prince chrétien peut attaquer les Indiens simplement parce qu’ils se nourrissent de chair humaine, comme de toute autre viande, ou parce qu’ils mangent ceux de leur religion, ou parce qu’ils mangent les étrangers ? A l'égard de ces derniers, il faut considérer s’ils vont dans les Indes en qualité d’ennemis et de corsaires, ou seulement comme des gens qui veulent y entrer et y voyager honnêtement sans avoir dessein d'y faire aucun mal, ou qui y ont été jetés par la tempête. Car ce n’est que dans ce dernier cas qu’ils ont le droit de faire la guerre à ces peuples sauvages, qui traitent leurs compagnons d’une manière si cruelle et si barbare. » De Jure Naturœ el Gentium, t. II, liv. 8, chap. VI, 2 4.
(3) Tome [°r, 8 25.