‹ Du Damnum Infectum: De l'Occupation comme mode d'acquisition de la propriété en droit des gensChapitre 74 sur 86 · DORE D · texte numérisé non relu

DORE D

deux puissances le 20 août 1890. Elle termine la pre= mière phase du conflit. La limite extrême des possessions portugaises sur la côte orientale d'Afrique est fixée à dix milles à l'Ouest de Zumbo (1), sur la côte occidentale, elle est formée par le haut Zambèze. Des chutes Victoria, cédées jadis à l'Allemagne, à Zumbo, le cours du Zambèze appartient à l'Angleterre, qui obtient en même temps au-delà de ce fleuve une immense région bornée à l'Est par le haut Zambèze, au Nord par l'Etat du Congo et les possessions allemandes, à l'Ouest par les lacs Nyassa et Chiroua. En résumé, la convention était tout à l’avantage de la Grande-Bretagne; celle-ci avait atteint pleinement son but, tandis que le Portugal se voyait obligé de renoncer désormais à l'espoir de réunir ses possessions orientales et occidentales. On lui accordait seulement le droit d’établir sur les territoires attribués à l'Angleterre des chemins de fer et des lignes télégraphiques, pour permettre aux colonies d'Angola et du Mozambique de correspondre entre elles. Mentionnons deux clauses assez importantes : le Zambèze et le Chiré seront ouverts au commerce international; les deux gouvernements s'engagent à recourir à l’arbi-

(1) La ligne frontière suit le Rovouma jusqu'à son confluent avec le M’singé, le lac Nyassa, le lac Chiroua, le Rouo jusqu’à son confluent avec le Chiré, puis une ligne droite atteignant le Zambèze entre Teté et les cataractes Karoa-Bassa. Le Zambèze sert ensuite de ligne de démarcation jusqu'à 10 mille à Ouest de Zumbo, puis la frontière se dirige versle Sud, longe le 31° de longitude jusqu'à sa rencontre avec le 18 de latitude, court le long de ce parallèle vers l'Ouest, descend la rivière Sabi qu’elle quitte à son confluent avec le Lundé. De ce point, une ligne droite va rencontrer l'extrémité Nord-Est du Transwaal, longe cet Etat et le Swaziland, suit le Mapouto et se dirige vers la mer par le parallèle traversant le confiuent de cette rivière avec le Pungolo. Lavisse, op. cit., 1890, p. 441.

trage pour la solution de tous les points litigieux auxquels le traité peut donner lieu.

La convention du 20 août ne fut pas ratifiée par les Cortès ; lorsque le ministre des affaires étrangères monta à la tribune pour en donner lecture à la Chambre, il souleva partout les plus vives protestations. D'ailleurs, les délais de ratification n'étaient pas encore expirés que la British South African Company, à laquelle le gouvernement anglais a concédé le privilège de coloniser tous les territoires situés au Nord du Transwaal et du Bechouanaland, foulait aux pieds les clauses de la convention (1), jugeant sans doute encore insuffisants les immenses avantages qu'elles lui reconnaissaient. Ses prétentions sur des territoires placés dans la sphère d’influence portugaise rallumèrentla querelle et remirent en question la limite des possessions respectives des deux puissances. Nous entrons dans la deuxième phase du conflit. Après avoir signé, le 44 novembre 1890, un riodus vivendi destiné à prévenir de nouveaux empiètements et à maintenir le s/atu quo jusqu’à la conclusion d’un nouveau traité (2), l'Angleterre et le Portugal reprirent leurs négociations diplomatiques. Elles devaient être entravées, à chaque instant, par les dé-. mêlés de la Compagnie anglaise Sud-africaine avec

(4) Nous faisons allusion à l'incident de Manica. Le territoire de Manica avait été cédé depuis longtemps au Portugal par le roi Moutassa, ce qui n'empêcha pas les agents de la Compagnie anglaise d'y pénétrer à main armée, d'arracher le drapeau portugais et de s'emparer des représentants de la Compagnie du Mozambique (sept. 1890). Lorsque plus tard la British South African Company eut connaissance de la convention du 20 août qui placait le royaume de Moutassa dans ja sphère d'influence portugaise, elle n’en persista pas moins dans son occupation.

(2) Lavisse, op. cit., 1890, p. 222.

la Compagnie du Mozambique. Enfin les 14 et 28 mai 1891, lesdeux gouvernements arrétaient les bases de la nouvelle convention qui fut presque immédiatement raüfiée par les Cortès et le Parlement britannique. Elle reproduit à peu près intégralement les dispositions du traité du 20 août et la ligne frontière reste la même, sauf deux modifications importantes : au Sud du Zambèze, le Portugal perd le Manicaland; en revanche, PAngleterre lui concède dans le Nyassaland un territoire d'une cinquantaine de mille kilomètres carrés (1).

Cette entente sera-t-elle de longue durée ? M. Cecil

‘Rhodes, le directeur de la British South African

Company, est en même temps premier ministre du Cap, et l'Angleterre, d'après certains indices, peut craindre que sa colonie de | Afrique australe ne saisisse la première occasion venue pour se constituer en Etat autonome et indépendant de la métropole, à l'exemple des anciennes colonies anglaises de l’Amérique. Aussi a-t-elle tout intérêt à ménager l'ambition démesurée de M. Cecil Rhodes qui convoite, au profit de sa Compagnie, tout le domaine du Portugal sur le Zambèze. C’est même ce qui explique l'attitude hautaine de lord Salisbury durant les diverses phases du conflit que nous venons d'examiner. Si le cabinet de Saint-James n’a gardé aucun ménagement vis-à-vis du Portugal, s'il a continuellement abusé de sa force, s’il s’est laissé entrainer à des mesures indignes d’une grande nation, semblant même approuver les excès commis par les agents de la Compagnie britannique, c'est que, dans tout ceci, lord Salisbury en a peut-être été réduit à jouer le rôle d'agent exécutif du premier

ministre du Cap.

(1) V. le résumé de la convention dans le Temps, 2 juin 1891.

Page 1