‹ Du DanemarkChapitre 25 sur 46 · QUESTION DRS DUCHÉS · texte numérisé non relu

QUESTION DRS DUCHÉS

qu'ils soient, en payant une somme proportionnée au prix de leur ferme et dès lors insignifiante, doivent devenir propriétaires du sol qu'ils cultivent. Ce parti, qui ressemble beaucoup à celui des communistes de France, est d'autant plus puissant qu'il est presque protégé dans ses coupables prétentions parla loi obscure sur ce point et remplie de contradictions. Il est riche et a trouvé dans le colonel Tscherning, dans l'avocat Christensen, dans le journaliste Hansen, qui de cordonnier est devenu un éloquent publiciste, des chefs hardis et habiles. On dit que Hansen possède dans ses cartons une loi agraire qu'il présentera, dès qu'il se croira assuré du succès. Je suis persuadé que M. Hansen serait plus embarrassé que personne, si par hasard ses chimères se transformaient en réalités. En attendant, c'est là, autant que dans la question des Duchés, que se trouve le danger réel du Danemark. Ce danger est d'autant plus grand que les Danois, en train de se transformer, sont animés d'un certain esprit révolutionnaire, et que d'ailleurs, habitués du plus petit au plus grand à diriger eux-mêmes leur conscience d'après la Bible, enclins aux rêveries et disposés à se passionner pour des chimères, comme tous les peuples du Nord, qu'un hiver sombre, rigoureux et interminable retient emprisonnés dans leurs chaumières, ils se laissent prendre plus facilement à des doctrines spécieuses, si elles sont nouvelles et prêchées avec habileté. Nulle part en Europe les Mormons n'ont fait autant de prosélytes. Les idées socialistes cl communistes y ont de nombreux adeptes. Je ne doute pas que le bon sens du peuple ne préserve le pays des calamités inséparables de ces pernicieux svstèincs ininsmliii Ir Danciniirk csl dnns un moment

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de crise ; il faudrait être aveugle pour ne pas le voir.

Pendant mon séjour à Copenhague, j'avais pour guide un petit homme brun, jaune, vif, familier, suffisant, tranchant et remuant. Plus j'étudiais ce personnage et plus j'étais surpris de le voir si différent des gens du pays. J'appris dans la conversation qu'il était fils d'un musicien italien et d'une Suédoise de qualité; c'était un esprit fort, très-libéral, parlant avec un sans-façon inimaginable de toutes les illustrations danoises, plein de mépris pour les nobles, dévoué au roi et admirateur enthousiaste de M. Hall, qu'il ne manquait jamais d'appeler le Cavour du Nord, d'ailleurs très-honnête, trèsfidèle et très-désintéressé. Cet homme à moitié étranger est pour moi le fidèle représentant des passions et des pensées de la multitude.

A côté des paysans se trouve la bourgeoisie, moins nombreuse, mais plus éclairée et rompue aux affaires. C'est elle aujourd'hui qui tient le pouvoir, et les chefs qu'elle s'est choisis sont des hommes éminents, tels que M. Hall, ministre des affaires étrangères, et M. Monrad, ministre des cultes. Les affaires du pays sont entre leurs mains et ne sauraient être mieux placées. C'est dans son sein que se recrutent le clergé tout entier et une grande partie de l'armée, de même que les savants, les médecins, les professeurs, les artistes, tout ce qui fait enfin la gloire et la force du Danemark. Ce parti, si nombreux qu'il remplit presque en entier même la Chambre- Haute, grossit cependant encore tous les jours, se recrutant de tous les hommes distingués, nés dans les rangs des paysans, et désireux d'en sortir par vanité ou par ambition. Aussi est-ce à lui que les destinées du Danemark me semblent réservées.

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