CHAPITRE PREMIER
Uaïubourg'.
J'étais à Hambourg depuis quinze jours ; cette grande et opulente ville avait pour moi un charme irrésistible. C'était une nouvelle Capoue. Je ne pouvais me décider à m'arracher à ses délices. J'étais descendu à l'hôtel d'Europe. C'est un de ces vastes bazars que l'Amérique, amoureuse du grandiose, a inventés, que l'Allemagne a imités, et que Paris a embellis. C'est un hôtel du Louvre, moins l'opulence de ce magnifique établissement qui n'a pas de rival dans le monde. En revanche il y a plus d'animation, plus de mouvement. Ses vastes escaliers, ses immenses couloirs sont une véritable fourmilière où vont et viennent, oij montent et descendent des hommes, nés sous toutes
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les latitudes, vonus de toutes les paiiios du inonde. On y parle, comme à la Tour de Babel, toutes les langues et tous les patois de l'univers. Cependant la race américaine était celle qui dominait toutes ces multitudes , celle surtout des colonies espagnoles ; il arrivait tous les jours de Cuba ou des immenses empires du Sud des vaisseaux qui amenaient des familles entières ; femmes, enfants, nègres, rien ne manquait. La table d'hôte était émaillée de belles senoras au teint blanc et mat, aux yeux noirs et vifs, flanquées de jeunes hidalgos aux cheveux plats, au teint olivâtre, et servies par des laquais noirs aux cheveux crépus et aux yeux jaunes. Pour la plupart de ces riches créoles", Hambourg n'est qu'un lieu de débarquement qu'ils visitent en toute hâte, impatients de se rendre à Paris ou à Londres, but ordinaire de leur voyage. Les autres qui s'y trouvent pour leurs affaires se hâtent de les faire dans la matinée, afin de pouvoir consacrer à leurs plaisirs les heures de l'après-dînée, de sorte qu'il y a chez tous la même ardeur, le même empressement. Aussi, dès sept heures, toutes les sonnettes sont-elles en mouvement et forment-elles un carillon bien propre à désespérer les paresseux qui voudraient dormir la grasse matinée. Les corridors retentissent du bruit des pas des garçons, accourus à l'appel des voyageurs, les uns les mains vides, les autres chargés de plateaux sur lesquels sont entassés des vivres et des assiettes que le mouvement d'une marche précipitée fait s'entrechoquer. Mais, me direz-vous, ce doit être insupportable à tout homme qui n'est pas obligé d'avoir fait avant une heure, comme disent ces Messieurs, la place de Hambourg. J'avoue (jue ce tumulte doit dé-
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})laire à la plupart des touristes, mais non pas à moi qui aime avant tout la \ie et le mouvement. Ce n'était pas là cependant qu'était le véritable attrait de l'hôtel, mais dans la vue admirable que j'avais des croisées de mon appartement. L'hôtel est situé Alster Damm ; j'avais à mes pieds ce délicieux bassin du Binnen Alster (Alster intérieur), lac charmant aux eaux éternellement calmes et pures, entouré d'arbres et de fleurs, sillonné de blancs troupeaux de cygnes et de petits yachts tout bariolés. En face de moi s'élevait la rue monumentale de Neuer- Jungfernstieg, à ma gauche ce magnifique Altenw^all- Brûcke qui me rappelait le pont du Rialto à Venise, et par 011 les eaux de l'Alster se précipitent dans la ville, avant de se jeter dans l'Elbe. Enfin, à ma droite, dans le lointain, brillaient confondues avec l'horizon les eaux bleues du Grosse Alster que des remparts , transformés en promenades charmantes, séparent du Binnen Alster, et que le Lombard -Briicke relie ensemble. J'étais arrivé à minuit à Hambour»;. Je venais de Hanovre ; le chemin de fer m'avait fatigué, et surtout cet affreux trajet de Harbourg à Hambourg que l'on fait dans de mauvais omnibus à travers les boues de l'Elbe; je ne voyais rien autour de moi; je ne cherchais, je ne désirais que mon lit. Quelle fut ma surprise, mon ravissement, en voyant le lendemain s'étaler devant mes yeux un magnifique panorama que rien ne m'avait fait pressentir! C'était encore plus ravissant que la vue du lac Léman des balcons de l'Ecu de Genève. Je n'ai rien trouvé de plus beau dans mon voyage dans le Nord, si ce n'est la -vue du fjord de Christiania de- la terrasse d'Oscarshall. Mais ceci est tout simplement admirable et peut être comparé à la
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vue de la baie de Naples, de la rade de h'o-. iiieiro ou de la Corne-d'Or à Constantinople.
Charlemagne, à tort ou à raison, passe pour le fondateur de Hambourg. Le fait est qu'en 808 , pour protéger l'intérieur de l'Allemagne du Nord contre les brigandages des pirates Scandinaves ou finnois, il fit bâtir, au confluent de l'Elbe et de l'Alster, sur cette belle et fertile terre d'alluvion oij s'élevaient déjà quelques cabanes de pêcheurs et quelques comptoirs de marchands , un château fort qu'il garnit de ses meilleurs soldats. En prince chrétien il construisit une église à l'abri de la forteresse. Voilà tout ce qu'a fait le grand empereur pour la ville naissante. C'est peu de chose; mais c'est assez pour que Hambourg, entiché, malgré ses principes répubhcains, des préjugés de naissance, en ait tiré vanité, et qu'il ait mis sa gloire à avoir pour père l'illustre personnage qui n'avait été que son protecteur. Il faut ou que Hambourg ait eu tout d'abord quelque importance , ou que ses progrès aient été bien rapides, puisque, quelques années plus tard, lorsque Anschair fut envoyé par Louis le Débonnaire pour évangéliser la Scandinavie , il devint le siège d'un évêché dont l'apôtre du Nord fut, comme de raison, investi le premier. Mon intention n'est pas de faire un abrégé de l'histoire de Hambourg. Il est nécessaire cependant, pour bien faire comprendre sa situation présente, de dire quelques mois de son passé.
Dès le principe l'Allemagne tout entière était soumise à l'autorité de l'empereur. Dans ces temps de désordre, d'anarchie, de violences, pendant lesquels s'opéra la transformation de la société européenne, les difficultés eL les dangers d'un voyage obligèrent l'empereur de
nommer des seigneurs qui, munis de ses pleins pouvoirs, se fixèrent dans les pays qui leur étaient confiés et les gouvernèrent en son nom. La faiblesse du maître augmentait d'autant la puissance des serviteurs ; ceuxci, investis de l'autorité suprême, n'eurent bientôt d'autre but que de consolider, d'usurper, de perpétuer dans leur famille le pouvoir dont ils n'étaient que les dépositaires. Le prince, menacé de tout perdre, se contentait parfois d'une rente et plus souvent de vains hommages, qui, tout en flattant sa vanité, maintenaient et consacraient ses droits. Telle est l'origine des grands vassaux en France, des électeurs et des seigneurs souverains en Allemagne. Les gouverneurs des villes ne trouvaient pas chez leurs administrés la même soumission, le même esprit de dépendance que chez les paysans. Les bourgeois, plus instruits, plus fermes, plus jaloux de leurs privilèges, prenaient presque partout fait et cause pour l'empereur contre son mandataire infidèle. Souvent empereur et bourgeois, malgré leur figue, étaient les plus faibles, surtout lorsque le gouverneur, étant prêtre, trouvait dans la religion, si puissante sur ces âmes naïves, un nouveau prestige et un surcroît de force à l'autorité dont il disposait. C'est ainsi que se sont formés les sièges souverains de Cologne-, de Mayence, de Trêves, de Magdebourg, d'Osnabriick, de Brème, et tant d'autres. Mais plus souvent encore bourgeois et empereur triomphaient ; alors le gouverneur était chassé, et, pour récompenser la loyauté do ses sujets, le souverain leur accordait le droit de s'administrer et de se gouverner eux-mêmes. Telle est l'origine des villes libres impériales. Elles servaient d'asile au pauvre peuple. Parfois des paysans, pour se
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soustraire aux exactions de leurs seigneurs, venaient se mettre sous leur protection. « Ils achetaient le « droit de s'établir sous leurs murs entre les fossés et « les palissades. On les appela bourgeois des palis- « sades ( Pfahlbiirger). Leurs habitations prirent plus « tard, par suite de cette dénomination, le nom de « faubourg (Malte-Brun). >i Pour mieux protéger ces nouveaux habitants, les villes achetèrent ou conquirent les terres cpii les entouraient, et quelques-unes d'entre elles purent former des États petits, mais que les richesses, l'intrépidité et le patriotisme des citoyens rendirent parf(»is très-puissants.
Hambourg, soumis aux comtes de Holstein, devint bientôt plus riche et plus redoutable que ses maîtres. Ce ne fut cependant qu'au douzième siècle qu'il put secouer, de fait au moins, le joug qui pesait sur lui. En 1241, en présence de la puissance chaque jour croissante des gentilshommes, pour se mettre à l'abri de leurs prétentions et de leurs violences, Hambourg, à l'exemple des villes libres du Rhin, forma avec Liibeck et Brème une association autour de laquelle toutes les villes importantes de l'Europe vinrent, l'une après l'autre, se grouper au nombre de quatre-vingts. Londres, Amsterdam, Anvers, Wisby, Bergen, Stralsund, Calais, lîordeaux , Cadix, Naples et Lisbonne firent partie (h; la ligue hnnséatique. Des liens ne pouvaient être bien forts entre des villes si éloignées, si différentes de mœurs et de langage. La jalousie rompit bien vite une union que l'intérêt seul avait formée. Cependant, pour les villes allemandes, qu'animait l'amour (le la patrie et de l'indépendance, cotic association fut de i)lus longue durée et plus féconde en heureux résul-
lats. Les villes hanséatiques étaient divisées en quatre quartiers. Liibeck, Brunsvsick, Dantzick et Cologne étaient chacune les capitales d'un quartier. Liibeck, qui devint la métropole de toute la hanse et la capitale du quartier des villes de Vandalie, parvint à un degré de prospérité inouïe. Comme Venise, elle figurait, au quatorzième siècle, au rang des puissances de premier ordre, et son sénat traitait de pair avec les plus fiers potentats de l'Europe. Aux ignorants et aux gens de mauvaise foi qui ne veulent voir dans le moyen â^e qu'une époque de barbarie et d'oppression, nous recommandons la lecture de l'histoire des villes libres d'Allemagne, des républiques italiennes et des cités des Pays- Bas. Ils verront si ces marchands de Gênes et de Venise qui conquéraient le Péloponèse et garnissaient les bords de la mer Noire de comptoirs établis à l'abri de leurs canons; si ces armateurs d'Anvers ou d'Amsterdam de qui les vaisseaux parcouraient en maîtres toutes les mers de l'Europe 5 si ces bourgeois des villes de Vandahe qui voulaient faire passer « sous faune de Liibeck » tous les souverains du Nord ne tenaient pas bien leur place sous le soleil et n'étaient pas dignes de marcher de pair avec les plus grands seigneurs de l'Espagne ou de la France. Qu'ils lisent les chroniques de ces peuples, et ils ne pourront plus douter que, dans notre vieille Europe, la liberté, l'égalité même sont de vieille date, que le despotisme seul esl moderne, et que c'est du seizième siècle que date cette écrasante supériorité de la noblesse sur les autres classes de la société. Hambourg, d'un côté éclipsé par Liibeck qui avait pris la direction de la hanse , do l'autre, obligé do défendre pied à pied ses privilèges
contre les prétentions de ses anciens maîtres, ne cessa cependant de s'enrichir et de s'agrandir. Il eut néanmoins à passer par des moments bien critiques, lorsque les ducs de Holstein, parvenus aux trônes de Danemark, de Norvège et de Suède, tinrent dans leurs mains les destinées du Nord. Hambourg ne dut son salut qu'à l'audace, à la sagesse, au patriotisme de ses habitants. La récompense de tant de nobles efforts ne pouvait plus se faire attendre longtemps. En 1618, Hambourg fut déclaré ville libre et impériale ; mais il ne put siéger à la diète qu'on 1768, lorsque le Danemark, par un traité en règle, eut renoncé à ses droits.
La dissolution de la ligue hanséatique ne servit qu'à accroître sa prospérité. Hambourg était la ville la plus riche de toute l'Allemagne, lorsque la révolution française éclata. C'est alors que commencent pour lui les mauvais jours. Des Danois, qui s'en étaient emparés, il passa aux mains des Français, qui en firent le chef-lieu du département des Bouches-de-l'Elbe. A la suite d'une émeute, les Russes y entrèrent à leur tour; mais ils en furent bientôt chassés par les Français, qui y soutinrent le siése mémorable de 1814. Le maréchal Davoust n'abandonna son poste qu'après avoir appris la chute de l'Empire. Trop fidèle exécuteur des ordres sévères du maître, il détruisit tous les faubourgs, dévasta les magnifiques villas qui s'élevaient dans sa banlieue (1\ prit tous les hommes valides, chassa les vieillards, enleva par tous les moyens le peu d'argent qui n'avait pas disparu dans la tempête, ne recula devant aucun acte do cruauté , fit si bien en un mot qu'après un
(l) Roux (]f Horlicllt', ///»/. (Ii-s i'ill,< fian<roti(jiti".. jinpr rifiO.
demi-siècle le souvenir de ses violences est présent à tous les esprits, et que le nom seul de la France éveille chez ces fiers républicains, je ne dirai pas de la haine, mais un sentiment de rancune et de méfiance.
Hambourg , après le départ des Français redevenu ville libre, reprit sa constitution de 1712. En 1848, lorsque la révolution, sortie de Paris, ébranlait tous les trônes de l'Allemagne, le parti plébéien prit le dessus et parvint à faire" à Hambourg, comme partout, son petit coup d'État. Une assemblée constituante, élue so.us son influence par le suffrage universel, composa une constitution toute démocratique, qui souleva à Hambourg même une vive opposition, et plus tard la diète, trouvant ses principes tout à fait subversifs de l'ordre établi, exigea qu'elle fût abrogée, sous la menace d'une intervention fédérale. Il fallut bien obéir, mais ce ne fut qu'à moitié et de mauvaise grâce. Aujourd'hui le pouvoir exécutif est entre les mains des deux bourgmestres, les Magnifiques Seigneurs Henri Kellinghusen et Nicolas Binder. Ces Majestés se payent 24,000 marcs (1) par an. On ne saurait en avoir à meilleur compte. Elles sont à vie. Après elles viennent les ministres, puis le sénat, qui jusqu'à ce jour se recrutait lui-même, mais qui désormais sera soumis à l'élection, et enfin la chambre des députés, élue presque au suffrage universel.
De toutes les villes libres qui foisonnaient au moyen âge, quatre seulement ont résiste à cette tendance, fatale, selon moi, de se réunir à un voisin puissant et de former avec lui une grande nation; ce sont
(1) Le marc vaul 2i sous environ.
Hamboui'iï, Brôiiie, Liibeck et Francfort. Elles composent aujourd'hui les villes hanséatiques ; Hambourg en est la capitale. C'est dans ses murs que se trouvent les troupes de la ligue et les représentants des puissances étrangères. Il est très -fier de 1 importance que cette position lui donne. On a dit que plus la patrie est resserrée, plus le patriotisme des citoyens est ardent. Le fait est que nulle part je n'ai \u des cœurs animés de plus nobles sentiments. Hambourg est tout à leurs yeux. Ils repoussent avec autant d'horreur la perspective d'être Prussiens que le souvenir d'avoir été Français. Qu'ils prennent garde ! qu'ils mettent un frein à l'esprit révolutionnaire, aux principes égalitaires qui fermentent en bas et s'étendent tous les jours ! Qu'ils sachent bien que la démagogie a perdu Liibeck, et qu'ils ne doivent leur salut qu'à la sagesse de leurs lois!
Hambourg est une grande ville de 150,000 habitants. Est-ce une belle ville? Oui, selon moi, dans toute l'acception du mot, parce qu'elle est curieuse et intéressante. Ce terrible incendie de 1842 qui résista trois jours et trois nuits à tous les moyens inventés par le génie de l'homme pour vaincre le plus dangereux des éléments, (jui lit disparaître soixante et une rues, mille neuf cent quatre-vingt-douze maisons , trois églises, et je ne sais combien de monuments, (|ui semblait devoir emporter dans ses tourbillons jusqu'au souvenir de Hambourg, n'a servi qu'à montrer l'immensité des ressources et l'ardeur du patriotisme de ses habitants. Du sein même de ces ruines encore fumantes s'est élevée, comme par enchantement, une nouvelle ville, de qui les rues larges et spacieuses, l)ordces de
maisons magnifiques, ne le cèdent en rien aux plus beaux quartiers de Londres , de Saint-Pétersbourg ou de Paris. Le Neuer-Wall, l'Alster-Damm, le Yungfernstieg, seraient à juste titre remarqués dans tous les pays du monde. J'avoue que ce n'est pas ce genre de beauté qui m'attire et me retient dans une \ille. La rue de Rivoli et le boulevard de Sébastopol m'ont dégoiité à tout jamais de ces grandes casernes, bâties en pierre de taille sur un modèle élégant mais uniforme, et qui témoignent bien plus de l'opulence du propriétaire que du génie de l'arcbitecte. Ce qui me plaisait, ce qui m'enchantait, c'était de me perdre dans la vieille, dans la basse \ille, de patauger dans les boues de ses rues étroites, tortueuses, obscures, nauséabondes quelquefois, mais où se trouvent les spécimens les plus curieux et les plus remarquables de l'architecture bourgeoise au treizième siècle. Là, point de règle; les lois de voirie sont plus modernes; chaque maison a été bâtie d'après la fantaisie et les convenances do son propriétaire. L'une avance , l'autre recule ; celle-ci est basse, celle-là est haute. L'une est en bois, l'autre est en briques ; elle est ilanquée de pignons de droite et de gauche. Celle qui !a touche, au contraire, est hérissée de balcons; il en existe un à chaque étage, le second empiétant sur le premier, et le troisième sur le second, de sorte que parfois deux maisons, qui sont en face l'une de l'autre à une assez grande dislance au rez-dechaussée, se raj)prochent , se touchent môme au grenier. Dans bien des rues vous ne trouvez aucun édifice vraiment remarquable; mais tous ont un cachet particulier. Dans la plus modeste, dans la plus humble demeure, vous pouvez voir un objet d'art, une frise
n ' DU DANEMARK.
en bois, un appui de balcon, une rampe en fer, un chapiteau en pierre, une misère dont vous vous attribuez la découverte. Traversez une fois Neuer-Wall ; toutes ses richesses, toutes ses beautés vous seront connues ; pénétrez cent fois dans Catherine strasse ; vous n'en sortirez jamais sans avoir fait une nouvelle trouvaille, sans avoir découvert quelque merveille qui jusqu'alors avait échappé à vos recherches.
L'espace me manque pour décrire quelques-unes des maisons remarquables que l'on m'a montrées ou que j'ai découvertes à Hambourg; cependant il est de mon devoir d'engager tout homme de goiit d'aller dans le Ness voir le Kaisershof (cour de l'Empereur) ; c'est la plus ancienne auberge de la ville. La maison , on ne peut plus curieuse, est construite dans le style le plus pur et le plus charmant de la renaissance. La porte d'entrée est entourée de colonnes lisses en marbre noir, surmontées de frontons ciselés ; les croisées en pierre sont entourées de chapiteaux en saillies qui sont de véritables œuvres d'art. Partout enfin la façade porte le cachot de l'époque élégante où elle a été construite. Dans la même rue, un peu plus bas , est une maison moins belle que le Kaisershof, mais aussi intéressante et plus curieuse. Elle est beaucoup plus ancienne. Toute la façade est ornée de petites colonnes qui ne sont qu'à moitié en saillie et assez rapprochées l'une de l'autre. Dans l'intervalle sont de petites ouvertures rondes qui servent de croisées. La maison va en pointe, comme toutes celles de cette époque dans le Nord, de sorte que, assez large à la base, elle finit en couloir au sommet. L'hôtel de ville de Hanovre est le plus beau spécimen que j'aie vu de cette architecture bizarre et
très-rare. La caserne de Brandsveviete est fort extraordinaire avec ses balcons en bois sculpté surplombant l'un sur l'autre. L'IIuster strasse donne aussi quelques échantillons curieux de la maison bourgeoise au moyen âge. 11 en est une surtout qui a pour croisées à chaque étage une série d'œils-de-bœuf, ayant environ vingt centimètres de largeur et se prolongeant sur toute la façade.
A côté du moyen âge, de la renaissance, brille l'architecture du siècle de Louis XIV. Dans la rue Neuve- Wandrahm j'ai vu quelques maisons bâties tout à fait sur le modèle de la place Vendôme et de la Cannebière. L'un de ces beaux hôtels appartient, m'a-t-on dit, au sénateur Lutteroth; il l'a acheté de M. de Chapeaurouge, nom essentiellement français, rejeton d'une de ces vieilles familles protestantes que les persécutions religieuses ont dispersées dans tout le monde et dont j'ai retrouvé des représentants à Tunis et jusque dans le Fin mark.
Les Hambourgeois sont des gens d'ordre; à ce titre, soigneux et propres. Ces maisons qui datent de six siècles sont en aussi bon état que celles qui ont été construites après l'incendie de 1842. Habitées par des familles de la classe aisée, elles ont été toujours réparées à temps, appropriées aux habiludes, aux usages modernes, et leur vétusté n'est qu'un témoignage éclatant de l'esprit de suite et de conservation de ceux qui les possèdent. Les croisées, en général Irès-rapprochées, sont garnies de vitres tout à fait à Heur de façade et d'une propreté irréprochable. Elles sont toutes ornées de vases de tleurs . et vous ne sauriez croire l'effet cliarmant que produisent les fuchsias, suspendus mélancoliquement à leur lige verte, si i-ouges et si frais, au
milieu de ces murs que le temps a noircis et rongés. Les croisées de NeuerWall sont aussi p;arnies de fleurs; j'avais passé sans les voir, tandis que celles de Catherine strasse m'enchantent et me font rêver.
Les canaux qui coupent ces vieilles rues sont tout à fait pareils à ceux de Venise, datant de la même époque et construits dans le même style; il n'y a pas de quai. Les maisons sont bâties dans l'eau sur pilotis , de sorte que les marchandises , transbordées au port dans de petits bateaux , sont apportées par eux jusque devant la porte des magasins qui doivent les recueillir. IMusieurs. canaux sont très vastes, plus vastes que le canal Reggio, pareils au canal Grande. L'eau est profonde, et, si ce n'était les ponts qu'il faut traverser, on pourrait voir s'y promener plusieurs des vaisseaux qui viennent de traverser l'Atlantique.
On a accusé les Hambourgeois d'avarice. Les hommes sont en tous lieux les mêmes. La main qui gagne est partout libérale , moins à Hambourg qu'ailleurs peutêtre , mais encore sait- elle s'ouvrir. On les a accusés aussi d'égoïsme, cela est plus vrai. C'est à eux que se rapportent toutes leurs dépenses. Dans cette société positive , l'ostentalion n'aboutissant qu'au ridicule , l'on n'y voit presque pas de Turcarets. Le luxe consiste dans l'élégance des ameublements à la ville, dans la magnificence des jardins à la campagne. On y aime beaucoup aussi la bonne chère, le vin et les femmes.
Les prêtresses de Vénus y abondent; elles sont là comme partout divisées en deux classes. Los unes , vivant de la Hbéralité d'un homme, dans la galanterie, mais non dans le désordre, restent au milieu de la société qui ignore ou fait soniblanl d'ignorer l'irrégu-
larité de leur vie. Les autres, moins réservées, moins prudentes, en sont impitoyablement exclues. Elles sont reléguées dans des quartiers qui leur sont spécialement affectés. 11 y a là telles rues, comme Dammthorswall, où chaque maison est et ne peut être qu'un temple destiné à la déesse de Cythère.
Les malheureuses qui les habitent sont appelées filles de joie, je ne sais trop pourquoi , puisqu'elles sont livrées au plus triste et au plus affreux métier. Pour elles, comme pour tous les animaux malfaisants, c'est avec la nuit, dans les ténèbres, que la vie commence. A dix heures, lorsque l'on sort des spectacles et des tavernes, lorsque les honnêtes gens vont se coucher, Dammthorswall s'éclaire et s'anime. Derrière chaque vitre, au lieu des fleurs que l'on voit ailleurs, on aperçoit un visage de femme plus ou moins frais, plus ou moins joli, mais presque toujours agréable. Ces créatures, huchées sur des tabourets, attendu que les vitres au premier rang ne sont pas transparentes, sont coiffées en cheveux, décolletées, parées de brillants oripeaux de soie, et toutes prêtes aux folies et aux orgies. La plupart sont anglaises , hanovriennes ou holsteinoises. Quelques-unes sont fort belles. Elles sont destinées aux o;ens riches et habitent les environs du théâtre. Le même spectacle se reproduit dans certaines rues basses et infectes qui avoisinent le port. Là, chaque maison est un bouge affreux. Malheur à l'imprudent qui s'aventurerait aux environs de ces mauvais lieux sans un bourc^eron de matelot ou sans la veste d'un ouvrier. Ce n'est qu'en Hollande, dans les Musicos, que l'on voit le vice s'étaler avec une pareille impudoui , mais encore n'est-ce pas en pleine rue, comme
à Hambourg. Celle organisalion scandaleuse n'empêche pas que ces femmes ne soient traitées nulle part avec une aussi impitoyable sévérité. Jetées, retenues dans les tristes demeures qui leur sont assignées, elles ne peuvent en sortir que de quatre à sept heures , pendant que les honnêtes femmes sont censées dîner et digérer. Même dans les quartiers qui leur sont réservés, il leur est interdit à un autre moment de mettre la tête à la croisée ou de poser le pied sur le seuil de leur porte. Malheur à celle qui enfreindrait cette sévère consigne; elle serait immédiatement saisie, traînée en prison et rclenue dans les fers, tant qu'il plairait à l'ar- Cfousin char2;é de sa surveillance. Ces malheureuses sont encore aujourd'hui à Hambourg hors la loi , comme elles l'étaient dans toute l'Europe au moyen âge. Cependant en aucun pays elles ne sont plus nombreuses, tant il est vrai que la rigueur de la répression est impuissante à prévenir un crime, et que c'est en moralisant les peuples et non en les effrayant qu'on les maintient dans le devoir.
A Hambourg, comme dans tous les pays protestants, où tout se fait par raisonnement et rien par entraînement, les innovations sont rares et les vieux usages respectés. On y est surtout esclave de la forme. Un jour (jue je m'étais égaré dans une de ces rues étroites et curieuses qui avoisinent le por(, je vis passer à côté de moi un homme velu de noir, cravaié de blanc, portant derrière son habit, comme les pasteurs suédois, un petit manteau de soie très-étroit et qui venait s'enrouler autour son bras; il était suivi de huit enfants, ayant sur leurs vêtements noirs un manteau de même couleur. Il s'arivia au milieu de la vno; les cnfanls se
groupèrent autour de lui , prirent à son exom])îe un livre de cantiques que chacun d'eux avait sous le bras, et se mirent à chanter en chœur. A leurs accents les portes s'ouvrirent et je vis des hommes et des femmes venir silencieusement déposer des pièces de monnaie dans une tirelire qu'un des marmots avait placée sur une borne. Un passant que j'interrogeai me dit que ces chanteurs étaient des « currende, » qu'ils étaient envoyés par le consistoire, et que l'argent qu'ils recueillaient était destiné aux pauvres de la ville. Chaque quartier recevait , deux fois la semaine , ces étranges visiteurs à qui les âmes pieuses ne manquaient jamais de faire la charité. La recette des currende doit être fort abondante, puisqu'on ne rencontre aucun mendiant dans cette grande ville où les pauvres , dit-on, sont assez nombreux.
A côté des currende il faut placer les reiten-diener; ce sont des pleureurs à gages qui suivent les enterrements. Ils ont conservé le costume espagnol du seizième siècle, petit manteau court, justaucorps avec deux rangs de gros boutons sur le devant, col rabattu et collerette empesée, large ceinture plissée, culotte bouffante, bas de soie, souliers à boucles et l'épée au côté. Comme leur nom l'indique , ils allaient autrefois à cheval. Leur grandeur est passée; ils sont à pied au jourd'hui; leur nombre même est très-limité. Jadis les patriciens croyaient ne pouvoir pas mieux témoigner du regret que la perte d'un parent leur faisait éprouver que par la quantité de reiten-diener qui figuraient à leurs funérailles. On avait fini par en avoir des régiments, et des fortunes, amassées pendant toute une vie vouée à l'économie, disparaissaient dans un jour de
prodigalités, inspirées par les plus nobles sentiments. Le sage sénat de Hambourg résolut de mettre un terme à cet abus dont les âmes généreuses étaient les plus grandes victimes. Le nombre des reiten-diener fut restreint et leur salaire déterminé. Le sénat agit dans ces réformes avec sa prudence ordinaire, et aujourd'hui un père de famille peut mourir en toute tranquillité, bien convaincu que les regrets de ses enfants ne seront pas la cause de leur ruine,
A Hambourg, comme ailleurs, les costumes nationaux ont disparu devant les modes françaises. Quelques servantes ont conservé le chignon de soie brodé de jais. Les Virlandaises seules (Vierlanderin) sontvêtues aujourd'hui comme leurs mères l'étaient au seizième siècle. Elles ont un spencer noir, bordé en haut et en bas d'un ruban vert, s'ouvrant devant la poitrine en forme de cœur, et laissant voir une étoffe éclatante sur laquelle sont fixés des bijoux de cuivre doré ou argenté. De la ceinture part un large tablier, bleu le plus souvent, et qui est plus court de quelques doigts seulement que la jupe, qui est rouge d'ordinaire ; les jambes sont couvertes de bas rouges et les pieds enfermés dans des souliers noirs très-évasés. Elles sont coiffées ou de cagnottes rouges ornées par derrière de larges rubans noirs et retenues par des mentonnières de même couleur, ou de chapeaux de paille, ayant la forme de cabas ronds. Leurs cheveux blonds, réunis dans deux tresses parallèles et enveloppés aux extrémités dans des rubans noirs, leur tombent derrière le dos, comme chez les filles do Zurich et de Lucernc. Les Virlandaises ont en général une figure agréable, une taille de guêpe et des mollets ravissants. Leur costume étrange et tapageur donne aux
plus innocentes un air provocateur qui les expose à de rudes assauts. Elles vendent des fruits ou des fleurs. C'est un métier dangereux. Quelque robuste que soit leur vertu, il est rare qu'elle ne finisse pas par succomber.
Les Virlandais tirent leur nom de l'île de Virlande, située dans l'Elbe. Ils sont d'origine hollandaise. Chassés de leur patrie au seizième siècle pour cause de religion, avant le triomphe des Gueux, ils furent recueillis par le sénat de Hambourg et établis sur ce coin de terre, dévasté jusqu'à ce jour par les eaux de l'Elbe et resté inhabité. Ces nouveaux colons, habitués à lutter contre la mer du Nord, eurent bientôt raison des caprices d'un fleuve. Le terrain boueux, inculte et insalubre qu'on leur avait donné, protégé par leur industrie, fertilisé par leurs travaux , est devenu le jardin potager et le verger de Hambourg. Les habitants , prudents, économes, laborieux, vivent dans la plus grande aisance. Quelques-uns mêmes sont fort riches ; ils n'en restent pas moins dans l'île et sous l'humble toit qui les a vus naître. Ils gardent le costume de leurs pères et viennent en paysans faire valoir à la bourse leurs immenses capitaux.
Les femmes ont le même esprit de suite et la même sagesse que les hommes. Souvent elles vivent dans la galanterie , presque jamais dans le désordre. Elles tirent parti de leur beauté et s'enrichissent à vendre des fleurs. L'île de Virlande étant trop petite pour ses habitants, les hommes viennent aussi à Hambourg; mais , n'ayant pas les mêmes ressources pour faire fortune, ils scient le bois et font les courses. Ils ont à peu près le même métier que les commissionnaires à Paris.
La république de Hambourg , n'ayant jamais eu de prince, n'a jamais eu de palais pour les loger. Il en résulte que les monuments y sont fort rares. L'hôtel de ville qui était fort beau, très-curieux surtout, a disparu dans le grand incendie de 1842. 11 n'y reste que quelques églises médiocres et décorées avec cette modestie qu'impose le protestantisme. La Bourse , reconstruite quelques années avant le grand incendie, échappa par miracle à ce fléau destructeur. La façade, qui date du seizième siècle, donne une apparence de vétusté pleine de majesté et de grâce à ce monument tout moderne; il est situé sur l'Adolphsplotz, dans le plus beau quartier de Hambourg. Au heu d'éloigner les chalands à l'aide de tourniquets , on a disposé, pour les attirer, le premier étage en cafés, en restaurants, en cabinets de lecture, en salons de conversation. La Bourse a été construite sur le modèle de celle de Paris; de grandes colonnes massives, destinées à soutenir des galeries supérieures, forment tout autour un péristyle, où les spéculateurs se promènent. Ceux ci sont aussi nombreux qu'ils l'étaient à Paris au beau temps. C'est une cohue, mais sage, silencieuse, pohe et réfléchie; tandis qu'à Paris on était assourdi par le glapissement des agents et les bruyantes causeries des spéculateurs, on n'entend ici qu'un murmure semblable à celui que produit un courant d'eau rapide. Point de tumulte, pas une voix qui domine l'autre; c'est un bourdonnement; le bruit le plus fort est celui des pieds foulant le sol.
Le théâtre ne vient qu'après la Bourse; il est vaste et bien décoré ; mais les acteurs n'y sont pas d'un ordre assez élevé. La ville, obérée depuis le grand feu, refuse
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obstinément toiile sorte de subventions aux directeurs qui, livrés à leurs propres ressources, ne peuvent avoir que des sujets médiocres. Il en résulte que le goût du spectacle, utile autant qu'agréable, est à peu près perdu, et que cette scène, qui eut l'honneur insigne de faire connaître Sliakspeare à l'Allemagne , déchue aujourd'hui de sa splendeur, n'est pas supérieure à celle de Cobourg ou de Gotha.
Les promenades sont déhcieuses à Hambourg. Le sol, fertile et humide, convient admirablement aux arbres, qui ne sont nulle part plus élevés et plus vigoureux. De ses remparts, détruits par Napoléon, on a fait des jardins délicieux qui entourent la ville, comme d'une ceinture de gazons et de fleurs. De l'Elbhœhe ou Slintfang qui domine le port on jouit d'une vue admirable. A ses pieds on a le Binnen-hafen avec sa forêt de mâts et sa cohue de vaisseaux, et, au delà de l'Elbe, les plaines du Hanovre, s'étendant à l'infini et couronnées à l'horizon de montagnes bleues ; à sa droite la ville d'Altona, et à sa gauche , en se retournant tant soit peu, le panorama de Hambourg.
A l'exception de Paris et de Londres, je ne connais pas de ville qui ait autant de vie et de mouvement. Emprisonnée dans ses fortifications, elle n'a pas pu s'agrandir à mesure que ses habitants se multipliaient. Il en est résulté que ses maisons sont pleines de la cave au grenier. Ceci n'est pas une tournure de rhétorique. Les sous-sol dont il commence d'être question à Paris sont très-recherchés à Hambourg. Tous les cabarets et toutes les boutiques de second ordre se trouvent dans les caves. L'homme est esclave de ses habitudes ; ce n'est que dans ces bas-lieux que le Hambourgeois,
après une journée consacrée au travail, aime à se rendre. Il y va d'ordinaire au sortir du spectacle ou du cercle; il y soupe, il y boit , il y fume, quand il ne fait pas pire, jusqu'au moment du coucher. Je ne conseillerai à personne d'établir un restaurant au rez-de-chaussée. On ne persuadera jamais à un banquier de Neuer- Jungfernstieg ni à un gros marchand de Neuer-Wall que le vin peut être aussi bon dans des salons vastes et aérés que sous les voûtes écrasées d'une cave étroite.
Malgré ses patriciens et ses plébéiens, Hambourg a tout à fait les mœurs d'une république. A l'hôtel d'Europe, la table d'hôte était pour ainsi dire présidée par un des maîtres de la maison. Il était là, mangeant, buvant, causant avec les voyageurs, tandis que son associé, mêlé aux garçons, surveillait le service, avait l'œil à tout, prenait, donnait même une assiette à l'occasion. Un pareil fait ne se serait, dans aucun temps, produit à Paris. A Hambourg il n'y a pas de sots métiers, et l'égalité la plus complète règne parmi toutes les classes de la société. La cuisine y est moins allemande qu'à Cologne , Dusseldorf et Hanovre d'où je venais. On ne donne la soupe à la bière qu'à ceux qui la demandent. On sert bien avec le chevreuil ou le lièvre de la confiture de groseille, mais on a l'attention de la mettre à j)art dans une soucoupe. Le pain y est excellent et tout à fait pareil aux petits pains bombés que l'on donne au dessert à Paris. Les Anglais ont importé leur cuisine à Hambourg, et c'est un bienfait.
Le commerce y règne en maître ; cela n'empêche pas que les benux-arts n'y soient appréciés; on y aime beaucoup les tableaux. La poésie a aussi ses adeptes.
Lessing a vécu longtemps à Hambourg et Klopstock y est mort.
Mon but est d'écrire un voyage en Scandinavie. On trouvera peut-être que je prolonge un peu trop les bagatelles de la porte. Prenons notre cœur à deux mains ; sortons de cette charmante ville ; partons pour Kiel, mais restons un instant à Altona , quoique mon guide ait prétendu que ce n'était qu'un faubourg de sa patrie. Voyons s'il a dit vrai.