‹ Du DanemarkChapitre 6 sur 46 · A TRAVERS LE HOLSTEIN ET LA BALTIQUE · texte numérisé non relu

A TRAVERS LE HOLSTEIN ET LA BALTIQUE

inaccessibles, ils n'avaient jamais payé qu'un modeste tribut à l'empereur et à l'archevêque de Brème dont ils avaient été tour à tour les vassaux, et ne reconnaissaient pas à leur nouveau maître des droits plus étendus. Ils prétendaient, comme par le passé, se régir d'après les lois que leurs pères avaient faites , et ne souffraient pas que personne intervînt dans leurs affaires. 1^'aniour de la liberté et de la pairie leur rendait plus chères que la vie les landes boueuses, stériles, mais inaccessibles, où le ciel les avait fait naître. En vain, pendant des siècles, leurs suzerains, désireux d'abattre les étroites limites que ces rustres avaient mises à leur autorité, s'étaient efforcés de les dompter, de les asservir. Les boues de la Dithmarsie avaient servi de tombeau à l'élite de leur noblesse , et euxmêmes n'avaient tiré de ces malencontreuses expéditions que la honte d'avoir été défaits par des paysans.

En 1500, le roi Jean, maître du Danemark, de la Norvège et enfin de la Suède, après la soumission des Sture, pensa que le moment était venu de venger son père et de mieux établir sa domination sur cette partie du Holstein (1). H fit appel à toute la noblesse de ses États ; elle accourut en masse de toutes parts et animée des plus mauvaises passions. Elle se faisait un jeu d'asservir, de piller, d'égorger cette téméraire canaille, qui, au lieu de trembler et de se soumettre à son approche , osait s'armer et la provoquer au combat. Le roi Jean et son frère le duc Frédéric étaient à la tête de cette armée de gentilshommes. On croyait tellement

(1) C'étail son ficre Fréilnic qui éliiit duc <Ip Holsleiii, mais (|iii i(lt\iiit (l> lui.

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à la victoire, que les sénateurs s'étaient partagé les abbayes du pays conquis, et se donnaient entre eux le nom de celles qui leur avaient été dévolues. Des marchands de Hambourg suivaient l'armée avec la bourse pleine et de grands fourgons vides, destinés à recevoir les objets précieux qu'ils devaient acheter à vil prix aux soldats.

La Dithmarsie avait été envahie, et Meldorf, abandonné de ses habitants , était tombé au pouvoir du roi. Les paysans, indignés et non effrayés, attendaient bravement leurs agresseurs à quelques lieues de leur capitale. Un régiment , envoyé en éclaireur, fut enveloppé par eux et massacré. On ne laissa la vie qu'à un pauvre diable qui fut chargé d'aller porter au roi cette triste nouvelle. Le roi, sacrifiant toute prudence à son amour-propre blessé, donna aussitôt le signal de la bataille. Cette précipitation et un mépris insensé pour ses grossiers adversaires furent la cause de sa ruine. L'armée s'eno;ac;ea tout entière dans un chemin étroit, boueux , montueux et bordé de grands bois. Les paysans étaient aux aguets dans les fourrés. Ils en sortirent tout à coup, poussant des cris affreux ; et, armés de leurs arcs et de leurs faux, ils attaquèrent ces chevaliers que leurs cuirasses et leurs armes pesantes ne faisaient qu'embarrasser sur ces terrains étroits et mouvants. Le roi n'échappa à la honte de devenir le prisonnier de ses vassaux que par une fuite précipitée qui devint le signal d'une déroute complète. Les paysans, égarés par le succès, ternirent leurs lauriers en mutilant, en égorgeant cet amas de grands seigneurs que le sort des armes avaient livrés à leur merci. Aucun d'eux n'aurait ])rut-èlrc survécu à ce désaslre si l'acharnement des

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paysans à les détruire n'était devenu pour eux une cause de salut. Les Dithmarses avaient ouvert leurs écluses , espérant que les eaux auraient raison de ceux que le fer avait épargnés. Contre leur prévision, ces eaux impétueuses ne firent que déblayer les chemins et facilitèrent la fuite des vaincus, emprisonnés dans leurs défilés, derrière les corps morts et les chariots renversés. Le Danebrog, l'oriflamme du Danemark , ce fameux étendard qu'un ange avait apporté du ciel et remis à Waldemar II (1), cette sainte relique qui protégeait tout le pays, fut perdu dans la mêlée. Enfin, pour comble de malheur, les Suédois, honteux d'avoir été asservis par une main impuissante à dompter des paysans allemands, se révoltèrent l'année suivante, et ne furent pas moins heureux. Dans le silence du cabinet, pendant que je rassemblais mes matériaux pour mon histoire de Suède, j'avais senti plusieurs fois mon imagination s'enflammer au récit des exploits des Dithmarses. J'avais voué un culte à ces héroïques et simples populations ; j'avais résolu, quand j'irais dans le Nord, d'aller visiter leurs cabanes et leurs chalets , de parcourir ces champs humides que leur industrieuse activité avait arrachés à la fureur des éléments et que leur intrépidité héroïque avait préservés de l'avidité des hommes. Je sais bien que dans ces temps de prostration , d'effacement, tous les caractères ont le même

(I) Waldemar II, coiuhittlant les Esliioniciis idolàlres, était vaincu et allait être écrasé sous le nombre de ses ennemis , lorsqu'un drapeau tut remis j)ar un ange à un des chevaliers du groupe du roi. Les Danois, qui étaient déjà tout en déroute, se rallient autour de ce talisman, font des prodiges de valeur el restent maîtres du champ de bataille qui send)lail devoir être leur toml)eau. Depuis ce jour, cet étendard est rcsié l'oriflanum' du Danemark. Il est rouge, traversé d'une croix blanche.

niveau ; que les Dithmarses, soumis comme les autres peuples du Holsteiu, ne sont plus qu'une province de la monarchie danoise ; c'est égal, je voulais aller chez les fils rendre hommage à la valeur des pères. Par malheur les moyens de transport d'Allona à Meldorf sont lents, rares et pénibles. Les pluies incessantes de l'été avaient grossi l'Elbe ; les eaux débordées avaient erivahi une partie de la Dithmarsie. D'a[)rès les conseils des gens du pays, je renvoyai mon excursion à d'autres temps et je partis pour Kiel.

Ce n'est pas la belle partie du Holstein que l'on traverse ; jusqu'à Pineberg, le pays est bas, couvert de flaques d'eau, de petits étangs, parsemé de bruyères. De tous côtés s'étendent de maigres prairies, séparées les unes des autres par des fossés toujours pleins d'eau ou par des claires-voies. Dans les unes paissaient des troupeaux de vaches, dans les autres des juments avec leurs poulains. Des champs de seigle et d'avoine, que le soleil avait mûris et jaunis, rompaient seuls la verte uniformité du paysage.

A partir de Pineberg, charmant petit village, bâti au milieu d'un bouquet de bois de haute futaie, on aperçoit de loin en loin quelques collines ou plutôt des ondulations de terrain. On est hors des marécages. Les terres deviennent meilleures. Les pâturages, plus gras et plus sains, nourrissent ces énormes et vigoureux chevaux si utiles à la grosse cavalerie. On trouve çà et là, cachées sous des massifs d'arbres, de ces belles et vastes métairies, qui ne témoignent pas moins de l'iutelligence (pie de la richesse; de leurs habitauts , et ne le cèdent en rien aux clialels de l l-juniciithal ni aux lermes du Yorksliiic A Hordc.^^linjiii, ;m\ portes de Kiel, ces os-

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