‹ Du Danemark: impressions de voyage, aperçus historiques et considérationsChapitre 18 sur 42 · CHRISTIAN VII · texte numérisé non relu

CHRISTIAN VII

d'intrigues d'amour et de commérages de cour, il était protégé, secondé même par la reine douairière et les deux ministres, dont il n'excitait pas les jalouses méfiances. S'étant figuré que sa faveur dépendait de la froideur dés deux époux, il éloignait son maître de sa ravissante compagne, et l'entraînait dans un tourbillon de plaisirs o£i celui-ci perdait, avec sa digpité, jusqu'au sentiment de son devoir. Cependant Caroline-Mathilde , quoique délaissée et souvent humiliée , avait pris du goût pour le père de son enfant. Elle avait trop d'ingénuité pour dissimuler son attachement; mais sa fierté naturelle l'empêchait de courir après un rapprochement qui aurait été opéré par une mère véritable ou par des ministres plus clairvoyants.

Dans les bas-fonds de la société impure où il avait été entraîné , le roi avait remarqué une créature sortie on ne sait d'où , qu'on appelait Milady, parce qu'elle avait été la maîtresse de lord Gooderîch. Cette femme était de toutes les orgies. Le roi s'était oublié un jour jusqu'à la suivre dans un mauvais lieu , où elle prétendait que l'on avait tenu contre elle de mauvais propos. Elle était habillée en officier, et Holck était de la partie. Tous les trois avaient cassé les glaces , jeté les meubles par les fenêtres, battu les nymphes à coups de plat de sabre, fait enfin un tel vacarme que la pohce était intervenue et s'était retirée en reconnaissant les auteurs du désordre. Une autre fois, le roi, sortant ivre, le malin, de chez sa maîtresse , et faisant du scandale dans la rue, avait été remarqué de la multitude et accompagné de huées et de sifflets jusqu'à son palais où ses gardes, l'ayant reconnu et lui ayant rendu les armes , avaient doublé le scandale de cette triste scène. Cependant Mi-

m DU DANEMARK.

lady était devenue la maîtresse favorite. Le roi Tavait faite baronne, lui avait acheté un hôtel, Tavait couverte de diamants. On craignit qu'elle ne devînt trop puissante, et sa perte fut résolue. Le roi , chez qui la méchanceté dominait toutes les passions, et qui ne résista jamais au plaisir de nuire , se laissa arracher par Saldern un ordre d'arrêter cette malheureuse , qui fut , sans raison, précipitée dans l'abîme, comme elle avait été, sans raison, portée au pinacle. Du palais qu'elle devait à la munificence du roi elle fut jetée dans une maison de correction de Hambourg.

Pendant les désordres du roi, la reine Mathîlde vivait dans la retraite, supportant avec beaucoup de dignité, sans daigner se plaindre, les affronts dont elle était abreuvée. Les marques bruyantes de sympathie qu'elle recevait du peuple en toute occasion, bien moins que la certitude d'avoir fait son devoir, la consolaient de l'abandon d« son époux et des mauvais procédés de la reine grand'mère et de la reine douairière, méchantes toutes deux. Cependant la jeune épouse était bien abandonnée; aucune femme de qualité, pas même une dame de compagnie , ne l'avait suivie d'Angleterre ; et sa grande maîtresse, madame de Plessen, était une femme altière, mécontente de tout le monde, faisant à tout de l'opposition , gémissant du sort échu à la reine avec acrimonie et de façon à l'irriter et à l'humilier plutôt qu'à la consoler.

L'amour des Danois pour leur souverain tournait à l'idolâtrie. Christian avait de l'élégance, de la grâce, une certaine instruction , de la finesse et de l'à-propos dans ses reparties. Ces qualités avaient suffi non-seulement à faire oublier tous ses vices» mais encore avaient

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