‹ Du danger d'habiter trop tôt des maisons nouvellement bâtiesChapitre 3 sur 10 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

Observations relatives aux maladies occasioaées par l'extrême humidité des lieux habités.

I" OB8EaVlTIOH.

La femme d'un marchand de vin traiteur de la montagne de Belleville , occupait habituellement une salle commode par son étendue et la proximité de la cuisine, mais qui se trouvait en même temps la plus humide et peut-être la seule malsaine de toute la maison. Faisons-la connaître par une description suc-

cinle. Qu'on se figure une grande salle au rez-de-chaussée, tournée au nord , ne recevant de jour que par une fenêtre unique qu'on n'ouvre jamais : un bâtiment voisin qui lui cache le peu de soleil qu'elle pourrait recevoir : une cour le plus souvent pleine d'eau et même d'immondices : extérieurement un mur couvert d'une chancissure verdàtre et noirâtre, j usqu'à la hauteur de trois ou quatre pieds; intérieurement ce mur suintant de toutes parts l'humidité, et laissant voir des lambris et des papiers de tenture pourris et tom-' bant par lambeaux ; tel était le local que j'avais à dépeindre.

C'était dans celte salle que la marchande de vin, installée devant une table, travaillait, selon la saison , tantôt à la couture , tantôt à des menus ouvrages de son état. Cbacun en ce monde a une place d'adoption ; la sienne était marquée par un large fauteuil placé du côté de la fenêtre f et près du mur qu'elle pouvait toucher du coude. Un voisinage si dangereux devait à la longue agir d'une manière funeste sur la santé de cette femme , et finir par amener des accidens graves. C'est aussi ce qui arriva. Tant qu'elle conserva sa jeunesse et son activité elle fut

exempte d'aucune incommodité.

Je ne compte pas la grossesse, l'accouchement et ses suites. Mais il n'en futpasdemêmelorsqu'elleeut atteint le déclin de la vie, rendue pesante par un excès d'embonpoint et la perte de sa première vigueur , elle devint paresseuse, sédentaire, passant le long des jours et les soirées d'hiver dans son fauteuil.

Moins capable, alors, de résister, et plus exposée à l'action malfaisante du mur contre lequel elle était constamment, elle ne tarda pas à en ressentir les effets. Elle se plaignit d'abord d'éprouver des malaises, et d'avoir des douleurs dans les membres, tantôt dans un

bras, tantôt dans une cuisse, et elle indiquait du geste le côté qui regardait le mur. Elle se plaignit davantage quand ses douleurs , qui n'avaient été que légères et instantanées, eurent acquis plus d'intensité et de durée. A cette occasion , je lui répétai ce que je lui avais déjà dit maintes fois, que ses douleurs provenaient du voisinage du mur. Que le coin qu'elle avait affectionné était mal choisi, et qu'elle devait l'abandonner , sans quoi elle s'en trouverait infailliblement plus mal par la suite.

Monsieur, ce n'est pas cela, me dit-elle, il y a plus de quinze ans que j'y travaille. Kaison déplus,

lui dis - je , pour l'abandonner. Il y a quinze ans vous étiez plus jeune, plus forte qu'aujourd'hui, dans cinq tous le serez moins, vos douleurs augmenterontetgare les aecidens. Plus tard elle paya chèrement le peu de cas qu'elle avait fait de mes avis, car, quelques années après, elle fut attaquéed'un rhumatisme aigu qui dégénéra en rhumatisme chronique»

et finit par la paralysie.de tout le côté droit, qui avait été plus particulièrement exposé à l'humidité du mur. C'est dans cet état que la marchande de vin est mor- |.javoir langui six ans, : la parole, de la rai-

son et de l'usage de ses membres. *

J'ai dit qu'il était douloureux de voir des personnes condamnées à mort par leur position, survivre par une espèce de sursis qui n'est qu'une rigueur de plus ajoutée à la condamnation. L'expression est forte , mais la pensée m'en est venue souvent à l'esprit en voyant une femme que sa bonne constitution et sa vie simple et régulière appelaient à pousser la plus longue carrière exempted'infirmités; être punie sans miséricorde d'une infraction à un seul des préceptes de l'hygiène par une mort prématurée et l'état le plus humiliant de dégradation physique et moral !

C'est ainsi qu'une seule faute peut rendre nul tout ce qu'on a fait de bien d'aillejirs.

11 e OBSERVATION.

Je fus appelé, il y a une douzaine d'années , pour voir une pauvre femme qui avait une indisposition. Comme elle était paralysée de tout un côté, je la questionnai pour découvrir ce qui avait pu déterminer cette maladie. J'appris de cette femme qu'elle avait été ravaudèuse, et 'qu'elle avait travaillé long-temps dans une allée où il y avait un puits non loin de la porte. Qu'obligée, dans l'été»

de se rapprocher de la mardelle-

de ce puits pour n'être pas incommodée par l'ardeur du soleil, elle y avait gagné des fraîcheurs et peut-être sa paralysie ; et elle avait raison.

III e OBSERVATION.

Tout local qui a servi à déposer du sel de cuisine conserve pendant long -temps et même pour toujours * une humidité qui le rend dangereux à habiter. Il l'est pour les hommes comme pour les femmes, mais plus particulièrement pour ceux et celles qui mè-

* A moins qu'on n'ait la précaution de repiquer les murs et d'enlever les terres salées.

nent une vie sédentaire; l'observation suivante va nous en fournir une preuve Irès-remarquable.

Un épicier prend une boutique située dans la principale rue d'un des faubourgs de Paris : il succède à un marchand de sel commun.

Sa femme est âgée de trente-six ans : elle est d'une belle taille et d'une bonne constitution : l'embonpoint, le teint et la gaîté annoncent chez elle une bonne santé. Deux ans après , sans aucune cause connue ou appréciable , autre que celle du local humide et froid qu'elle habite , cette femme qui est assidûment à son comptoir ou dans son arrière- boutique ,

commence à tousser , puis quelque temps après, elle tousse davantage ; enfin , sa toux devient fréquente et très- fatigante. Son teint se flétrit , sa poitrine s'affaisse, elle maigrit sensiblement; la paume de ses mains est chaude et aride; elle est plus mal à son aise vers le soir que dans la journée. Ce fut à cette époque de sa maladie que cette femme me fit appeler; je la connaissais de longue main. Il me fut facile , d'après ce qu'elle me dit de son état, et par l'examen attentif de toute sa personne , de reconnaître les symptômes d'une phthisie pulmonaire déjà fort avancée. En

jetant lés yeux sur l'arrière-boutique où nous étions, je lui dis :

humide et bien froid. Cela n'est pas étonnant, me dit-elle, celui qui était ici avant nous avait fait de tout ce bas un dépôt de sel de cuisine. Eh bien , madame , repris-je, voilà la cause principale de votre maladie toute trouvée.

C'est uniquement à l'humidité de votre logement que vous devez le dépérissement de votre santé.

Vous vous serez enrhumée dans le principe sans trop y prendre garde, et ce rhume qui aurait pu

Madame, votre logement est bien

tas de suite dans un ens'est aggravé ici où tout

est d'une humidité extrême. Elle se refusait à cette idée, parce que sa boutique était bien achalandée.

Elle me cita plusieurs exemples qui ne prouvaient rien , si ce n'est que les marchands confondent facilement l'intérêt de leur commerce avec celui de leur santé qu'ils mettent en seconde ligne.

Aussi beaucoup acquièrent de la fortune, et meurentquand ils l'ont acquise.

Quelque temps après ma première visite , le mari de cette femme , convaincu de la vérité et de l'importance de mes représentations , par l'assurance positive que lui donna le docteur Jean

Roi neveu , appelé en consultation » se décida à changer 1 de domicile; mais comme ce déplacement ne pouvait se faire subitement , et que sa femme ne voulut pas quitter son comptoir , la maladie s'aggrava rapidement.

Six mois après, c'est-à-dire, peu de temps après son déménagement, elle mourut.

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