‹ Du danger d'habiter trop tôt des maisons nouvellement bâtiesChapitre 4 sur 10 · IV 0 OBSERVATION. , · texte numérisé non relu

IV 0 OBSERVATION. ,

Un marchand de planches qui demeurait dans un faubourg élevé de Paris., et dont l'habitation était spacieuse , tenté par l'espérance d'une meilleure fortune , quitta ce quartier pour s'établir dans la rue

Saint-Merri : son nouveau local est aussi sombre , aussi humide et triste que le premier était aéré , sec et gai. Qu'on se figure une famille d'animaux prise dans les champs ou daus les bois , et renfermée tristement dans un réduit étroit et obscur : telle était cette famille parisienne , transplantée du faubourg Saint-Laurent dans le centre de la ville de Paris. Une cour étroite et entourée de tous côtés par des maisons élevées , est encombrée de planches. Une eau sale et fétide coule dans le ruisseau. Les chambres sont basses , et ne reçoivent qu'un jour de reflet, point d'air, point de soleil.

Quel fut l'effet de ce déplacement ? C'est ce que je vais dire en peu demots. Trois petites filles blondes, bien portantes, composaient la famille du marchand de planches. On eût dit trois boutons de roses pour leur fraîcheur , tant qu'elles habitaient le faubourg; la ville gâta bientôt ces trois petits chefs-d'œuvre. Au jeux d'exercice en plein air, succédèrent des amusemens sédentaires dans le coin d'une chambre obscure. Aller de la maison paternelle à l'école, puis revenir de l'école pour jouer à la poupée, et causer tout bas , lorsque auparavant elles pouvaient babiller

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hautement et courir tout à leur aise , voilà leur nouvelle existence. Elle devait bientôt flétrir ces charmantes créatures ; une année s'était à peine écoulée , que ces petites filles , semblables à ces plantes qui s'étiolent par l'absence du soleil et de la lumière, se décolorent peu à peu, et deviennent d'une pâleur maladive.

Elles mangeaient bien avant, leur appétit se perd, et au manque d'appétit , succède l'amaigrissement, la tuméfaction du ventre, des coliques , des dévoiemens , des maux de tête, etc. Elles deviennent moroses , silencieuses , toujours pleurant ou se plaignant}

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bref leur santé s'altère; celle de la plus jeune, ayant inspiré des craintes au père , il m'engagea à passer chez lui. Je trouvai ses craintes malheureusement trop bien fondées ; la petite était dans l'état le plus inquiétant. J'avais déjà prévenu cet homme que son nouvel établissement était sujet à bien des inconvéniens, dont le plus certain et le plus facile à prévoir était la perte de sa santé et de celle de sa famille. Cette (ois , je lui déclarai sans ménagement que la médecine offrait peu ttrces contre une maladie r, dont on manquait i pouvait seul ou

presque seul guérir; en d'autres termes , que le peu de bien des remèdes ne pouvait compenser le mal que l'air malsain produisait.

Je lui dis que le parti le plus sûr était d'envoyer à la campagne ses petites filles toutes malades qu'elles étaient, ou de les mettre en pension dans leur ancien quartier.

C'est mon intention, me dit le père , mais ce ne sera qu'au printemps ; on était alors dans l'automne; en vain je lui représentai que le déplacement était urgent, qu'il fallait se décider tout de suite, sans quoi je ne répondais pas de la plus malade ; elles restèrent à Paris. Je continuai de donner des

soins à la plus jeune qui dépérit de jour en jour , et mourut dans la première quinzaine de février suivant.

Le père , aussi effrayé de l'avenir qu'affligé de la. perte d'un enfant qu'il chérissait par-dessus les autres , fit partir sur-le-champ les deux restantes pour Belleville , où elles furent, mises dans une pension. Plusieurs mois après je les revis , el les trouvai ayant recouvré leur santé , et repris en partie leur embonpoint et leur fraîcheur.

Un exempletout semblable s'est offert dans un enfant de trois ans, fils unique de M. ***', mar-

chand de Get enfant était

souvent malade , et toujours mal portant; il aurait fini par succomber , ou tout au moins par rester languissant à Paris. Je conseillai au père de l'envoyer à la campagne demeurer dans une maison qu'il avait à quelques lieues de Paris. Il y demeure depuis plus d'un an , et se porte à merveille. Pour surcroît de bonheur, sagrand'mère, aux soins de laquelle il est confié, se trouve guérie spontanément d'un catarrhe très-ancien , dont elle n'avait pu se débarrasser à Paris.

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