‹ Du danger d'habiter trop tôt des maisons nouvellement bâtiesChapitre 5 sur 10 · V* OBSERVATION · texte numérisé non relu

V* OBSERVATION

Une femme plus que septuagénaire, d'une constitution sèche et nerveuse , est atteinte subitement d'un accès de folie. Une idée fixe s'est emparée d'elle et l'agite ; ses yeux sont étincelans, et son regard sinistre. Un parent, qu'elle a toujours affectionné, est devenu

tout à coup pour elje un sujet de craintes les plus chimériques. Elle veutfuir sa présence, bien qu'il soit absent : elle s'approche à plusieurs reprises de la croisée de sa chambre : elle veut l'ouvrir et se jeter par la fenêtre pour se dérober à ses poursuites. Après plusieurs heures employées Vainement à la rappeler à la raison et à lutter contre elle , l'effroi s'empare des parens, et je fus appelé. Comme il n'y avait rien à faire pour le moment , et que la nuit était déjà avancée, je rassurai les parens, et leur donnai le conseil de surveiller très-altenlivement la malade jusqu'au lendemain matin ,

où je reviendrais si l'on me faisait

appeler : ce qu'on ne fît pas. Huit jours après cet accident cette femme mourut.

J'ai su depuis que la malade avait recouvré sa tranquillité et une partie de sa raison vers le malin , et que les parens , trompés par cette apparence de mieux sont restés dans la sécurité jusqu'au moment où la mort est venue les désabuser. Cette histoire , pour le dire en passant , est celle de bieu des personnes ; elle ne doit point être perdue. Trop s'effrayer dans un premier moment, souvent sans grande raison , et trop facilement se rassurer quand il y a un dan-

JO

ger réel, voilà ce qui est très-ordinaire dans le monde. Dans les cas extrêmes on dirait qu'on a recours au médecin bien moins pour soulager les malades que pour se rassurer ; la frayeur calmée , on ne songe plus au malade , et quelquefois au médecin. Je reviens à mon sujet. .

Quelle étaitla maladie de cette femme ? une affection cérébrale et nerveuse très-intense, à laquelle elle était disposée depuis quelque temps , d'après le rapport des parens : une chambre particulière qu'elle occupait depuis peu de jours détermina sa folie passagère comme symptôme d'une affection;

plus profonde et plus grave. On a vu dans le passage que j'ai extrait de l'ouvrage de l'abbé Jacquin , que M. le duc de Cbaulnes mourut de langueur, pour avoir habité trop promptement un hôtel nouvellement bâti : que M. de Bourlamaque eut le même sort pour s'être trop pressé de passer une partie de la journée dans son cabinet nouvellement reconstruit, peint et vernissé. La femme en question se trouvait exactement dans le même cas; je veux dire que sa chambre à coucher , qui fait partie d'un bâtiment de construction toute récente , sortait d'être peinte et vernissée. Il faut

ajouter que cette chambre, située sur un derrière, tire son jourd'une cour étroite et très-humide. Je n'ajouterai rien à cette observation ; elle n'a pas besoin de commentaire. Je dirai seulement que j'ai vu avec peine cet exemple, aussi frappant que ceux donnés par les ducs de Chaulnes et les Bourlamaque , ne faire aucune impression sur les personnes de la maison , dont plusieurs cependant courent des risques que l'avenir leur révélera.

VI e OBSERVATION.

Je ne sortirai pas de la maison qui m'a fourni l'observation pré-

cédente ; etcelle que je vais rapporter sera double. Quelquetemps après la mort de la personne dont j'ai parlé, une femme couche son eufant bien portant dans un berceau près d'un mur neuf. Le lendemain, à son réveil , oh ! surprise douloureuse , elle le trouve mort I Presque dans le même temps uç enfant, nouvellement né, meurt dans les mêmes circonstances.

Les personnes qui voudront rapprocher ces deux faits de ceux cités par Holïman , pourront facilement reconnaître leuridentité, et demeurer convaincues que la cause de la mort est la même dans les deux cas. Les trois enfans

dont parle Hofï'man périrent en deux jours , pour avoir passé quelques nuits dans une chambre nouvellement enduite de chaux:

ici deux enfans périssent pour avoir habité une pièce nouvellement construite , et couché près d'un m«r neuf. Il y a évidence dans ce cas , comme dans l'autre , pour quiconque n'est pas aveuglé parole plus grossier comme par Je plus fatal préjugé.

■>■■■'' l '-> VlI B OBSEJlViTtOW.'

La loge d'un portier, dans les trois quarts des maisons de Paris, est une chose ; monstrueusement odieuse, inhumaine, et l'onpour-

Tait dire criminelle. En effet, s'il y a dans une maison un coin sale, humide, infect, obscur, c'est là que l'on fourre celui qui est préposé à la garde de nos biens, et à la sûreté de nos personnes , c'est-à-dire auquel nous nous confions, corps et biens. Il faut le dire, il rend bien par-delà le mépeîs qu'on fait de sa personne; et eu cela il y a une sorte de justice. La misère fait courir après une porte comme on court après une place importante; mais, quandceluiqui la brigue l'emporte sur ses compétiteurs, il n'est pas plutôt installé dans sa bauge, qu'on me pardonne l'expression , qu'il de- 5*

Tient l'ennemi de tous ceux quisont sous sa clef. Il y aurait beaucoup à dire sur ce chapitre- Ce n'est pas tout ce qui peut arriver <îè plus malheureux à un portier. C'est bien pis encore quand' le local qui lui est destiné fait partie d'une maison neuve, et cjo'il l'habile. Cette fois il faut qu'il périsse, ou qu'il y gagne des maladies incurables ou des infirmités, lui, sa femme et ses enfans. C'est le cas de la condamnation dont j'ai parlé.

Ce que je dis est exact, sans compter nombre d'exemples de personnes mortes par cette cause, dont j'ai entendu parler souvent

dans le monde. J'ai connu des familles qui ont péri, et j'en connais d'autres qui languissent, et d'autres encore qui seront infailliblement victimes de l'imprudence que je signale, contre laquelle je ne trouve pas de termes assez forts, d'expressions assezhostiles. Je doute même que, parmi les personnes dans les mains desquelles cet écrit tombera, il s'en trouve qui n'aient pas, de leur coté, des faits ou des exemples à ajouter à ceux que je rapporte. Je ne me constitue pas le défenseur officieux des portiers ; ma> sollicitude se porte de préférence sur le malheureux que le sort le plus

triste con train t de regarder comme une faveur le réduit qu'on daigne ]ui accorder pour veiller à la garde d'une porte, qui n'est pour lui que la porte du tombeau. Car toute personne qui a reconnu lesinconvéniens ou les dangers d'un logement, esllibredeseporterailleurs; le por t ier es t a t taché à s a loge .

Au sujet des erreurs commises dans le choix des logemens, je ferai la remarque que les bâùmens neufs, qui pullulent en ce moment à Paris, sont l'occasion de déménagemens plus fréquens que par le passé * . Beaucoup de personnes,

* Depuis dir-huit mois In population de Paris est devenue nomade sarçs sortir des

séduites par l'apparence ou les convenances, et quelquefois par Ja modicité du prix de la location, prennent un appartement dans ces

murs de la ville. Les mutations sont si fréquentes , que , dans l'espace d'une année , tout un quartier a pu être renouvelé plusieurs fois : d'où il résulte, experto crede Roberto , que , si l'on a besoin de s'assurer des détails circonstanciés d'un fait positif qui s'est passé six mois auparavant, en prenant des renseignemens sur les lieux , il est difficile , pour ne pas dire impossible , d'avoir satisfaction sur le point qu'on désire savoir. On ne trouve plus de témoins, et même de contemporains du fait. La tradition en est perdue , et jusqu'au souvenir effacé.

— Yoilà un des traits caractéristiques de l'histoire du moment , que nous laissons aux chroniqueurs à Veuir.

sortes de bâtimens, sans songer nu reste; et, trois mois après, elles le désertent à cause de l'humidité qui gâte et pourrit tout, meubles et tentures; car la santé n'est comptée pour rien dans tout ceci. Quelquefois les raisons les plus frivoles décident seules à quitter un logement malsain. Et, à ce sujet, je pourrais citer l'exemple d'une jolie dame qui quitta le sien, dont l'Iinmidilé était extrême, donnant sérieusement, pour motif de son déménagement , la perte de son ombrelle qu'elle avait enfermée pendant quelques jours seulement dans une armoire de sa chambre à coucher. Mais je

me tais pour parler des hommes 9 qui sont moins excusables.

À la compassion qu'inspire le sort du malheureux, qui est l'esclave de,sa position, succède l'éloonement à l'égard de ceux que l'aisance ou la fortune laisse entièrement libres de leurs actions et de leur conduite. Je n'ai point en vue, je le répète, telle ou telle personne, telle ou telle maison; je parle en général , et ce que je vais dire peut se rencontrer souvent et dans tous les quartiers de la ville. En effet , n'est-il pas étonnant que des personnes auxquelles l'âge donne de la prudence, ou que des infirmités avertissent d'è- 5*

tre attentives à tout ce qui peut intéresser la santé, soit en bien , soit en mal; n'est-il pas étonnant, dis-je, que ces mêmes personnes soient si légères et si inconsidérées sur le choix de leur logement ? et ce qui redouble l'étonnement , quand elles y sont installées, si elles y sont continuellement malades ou malingres, qu'il ne leur vienne pas même à la pensée de soupçonner que leur logement , reconnu malsain, puisse contribuer au mauvais état de leur santé ? Qu'arrivet— il de là? Que les individus d'une pareille famille tombent malades les uns après les autres, et aller*

nent ainsi ; heureux de ne pas succomber tous à la fois ! Voilà, dira-t-on . une famille bien malheureuse ! Oui , certainement.

Mais j'ajouterai, par sa faute, et par une faute qui ne pardonne pas.

Le fait suivant prouve que les animaux privés de la raison, dont l'homme fait si peu de cas, ont au moins, ce qui vaut mieux pour la santé, plus d'instinct pour leur conservation que ceux dont nous venons de parler. Le propriétaire d'un cabriolet de place ayant loué une écurie dans une maison toute neuve, deux chevaux qu'il avait refusèrent d'y entrer la première

fois qu'on les y conduisit. Il fallut les faire entrer de force , et encore eut-on assez de peine, lis avaient raison, ou plutôt ils sentaient ledanger qu'il y avait d'habiter cette écurie ; car l'un des deux ( vieux à la vérité) mourut quelque temps après.

A ce fait j'en joindrai un autre que je liens de bonne source , et qui est plus marquant. Un riche fermier des environs de Paris a perdu, depuis peu, une vingtaine de chevaux de prix pour les avoir mis dans une écurie tout nouvellement bâtie , et les avoir nourris ayec du fourrage engrangé dans les greniers de celte écurie. J'ai

su, depuis, que le fils de ce même fermier avait été tres-gravement malade pour avoir habité un local dont la construction était de même date que celle de l'écurie, et qu'il est encore languissant.

VIII e ET DERNIÈRE OBSERVATION.

A l'entrée de la ruelle St.-Laurent, qui commence à la montagne de Belleville , et aboutit au boulevart de la Chopinette , on voil une maison , bâtie il y a une quinzaine d'années, dont un côté se trouve enterré à cause de la pente rapide du terrain. Celui qui l'a fait bâtir , s'étant hâté de l'habiter avant son achèvement, a été

bien cruellement puni Je son imprudence. Huit jours après son entrée il fut mis en terre , lui, sa femme et ses enfans ; à l'exception d'un qui résista à une maladie grave, dontla convalescence a été longue et languissante.

Les exemples cités dans les huit observations que je viens de rapporter, sont de nature à faire faire de tfistes et sérieuses réflexions sur le danger que nous signalons. Puissent-elles faire revivre d'anciennes traditions et ramener les Parisiens au gros bon

sens et à l'instinct de conservation de leurs pères! Puissent-elles leur servir à repousser un usage si funeste, et surtout à se mettre en garde et à se prémunir contre quelques apparences qui semblent le favoriser; attendu que des gens irréfléchis ou intéressés ne manqueront pas de s'en prévaloir pour trouver bien ce qu'on fait, en traitant de puériles et de chimériques les craintes que je m'efforce d'inspirer. Je reviens sur ce point, parce que j'ai entendu des personnes, de peu de sens à Ja vérité, soutenir en ma présence, que de telles craintes étaient bonnes autrefois ; «lais qu'aujourd'hui elles étaient

sans fondement : ce qui était accueilli par les assistans. Je laisse ces hommes pour ce qu'ils valent j je combattrai seulement les apparences sur lesquelles ils peuvent s'appuyer.

Je regrette de pouvoir dire que, parmi des hommes regardés comme des oracles de la santé, et qui, en cette qualité, sont appelés à donner aux autres des conseils d'hygiène , il y en ait qui soient les premiers à les enfreindre sur ce point. Indépendamment du mauvais exemple qu'ils donnent, et du mal qui peut leur en revenir, car ils ne sont pas moins vulnérables que d'au*

très, comment ne craignent - ils pas qu'on leur applique le passage \le l'Ecriture où il est parlé de l'aveugle qui en conduit un autre * ?

Je pourrais faire la même remarque au sujet des hommes de lettres. Mais il ne faut pas se brouiller avec tout le monde. Il me sera seulement permis-dedire que , quand l'élite de ld société', qui donne nécessairement le ton , va de travers, on ne doit pas être étonné si les classes inférieures ne marchent pas droit.

Corrigez - vous , messieurs., et

* Numquid polest ctecus c<ecum du-i cero ? nonne ambo in foveam codant ?

corrigez-nous, sans quoi je ne sais où nous irons, ou plutôt je sais trop bien où nous allons î Je rentre dans mon sujet. Je conviens que toutes les personnes qui passent un terme ou deux dans un bâtiment neuf, dont elles sont ehassées par l'humidité des murs, ne meurent pas comme dans le dernier exemple cité. J'avoue même qu'il y en a qui ne sont pas sensiblement affectées pour le moment : ce qui induit en erreur ceux et celles qui n'y regardent pas de si près , et les autorise à rapporter des exemples qui ne prouvent rien pour l'avenir. Mais je puis assurer, avec l'abbé Jacquin , et tout ce-

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qu'il y a de recoin m and a ble parmi les médecins, que tous ceux qui habitent une maison neuve, sauf quelques exceptions peu flatteuses pour les privilégiés, deviennent plus sujets aux maladies , et que plusieurs prennent le germe d'affections qui se développeront et se manifesteront plus tard par les effets les plus fâcheux. Le lait Suivant est trop saillant , et vient trop bien à l'appui de ce que j'avance, pour n'être pas rapporté.

Dans le moment où je lenais la plume , j'ai été appelé par une famille qui demeure depuis douze ans dans une maison dont elle a essuyé les plAtrcs. Qu'aï-je vu au

premier aspect? un père borgne, une femme avec de l'embonpoint , mais un teint plombé et toute malingre ; et un fils de vingt ans , affecté d'une maladie de langueur , jugée incurable 1

Nonobstant ce cruel exemple »

je suis forcé de reconnaître qu'il y a des individus assez robustes pour résister aux causes les plus capables de ruiner entièrement la santé. J'ai connu un homme , sans profession autre que celle de fraudeur , qui avait couché près de trente ans , soit à la belle étoile , soit dans une écurie sur le pave, souvent sans litière, et qui, dans uo âge avancé, élait exempt d'ÛL-

fi mutés * : il était, à la vérité, grossier et s tupi Je, et je ne ferai pas l'injure aux Parisiens Je les comparer à cet homme, comme aussi. Je leur côté, ils voudront bien nepasme donner un Jémenti , en se mettant sur la même ligne q ne lui pour la force. Cet homme , qui n'avait Je l'humanité que l'animalité, était une Je ces machines rares dont l'organisation est si forte, et Jont les parties sont clans une si parfaite harmonie, qu'elles ne peuvent ni se Jéranger, ni s'user : 'or, la prudence ne permet

* Je pourrais citer plusieurs individus de celle trempe; mais ils sont rares; et un seul suffit pour exemple.

pas au commun des hommes, et surtout aux Parisiens , de se régler sur un pareil modèle, les exceptions qu'on pourrait m'opposer ne peuvent servir qu'à confirmer ce que j'ai avancé dans le cours de cet écrit. Tout ce qu'on peut dire en faveur des constructions nouvelles n'est pas soutenable; et les hommes qui se respectent * , et respectent ceux de leur sang , pour ne pas revivre dans des enl'ans qui seraient la honte de leur race, n'imiteront pas la multitude inconsidérée qui, semblable à des

* Allusion faite aux filles de joie et aur mauvais sujets, qui jadis, àParis, essuyaieut les plâtres.

étoumeaux, va donner tête baissée dans le panneau des mauvais exemples : pour parler sans figure, ils se donneront de garde d'habiter des maisons sortant des mains des ouvriers.

Après avoir signalé le danger d'habiter trop tôt des maisons neuves , et d'occuper des logemens humides, je ne dois pas omettre de parler d'un autre danger qui en- est la suite : ce danger résulte du silence qu'on garde le plus souvent sur ce qui est relatif à l'habitation ; et il consiste en ee que les secours de la médecine , destinés à soulager les malades, peuvent tourner contre eux , et

"Compromettre innocemment leur existence. La médecine est un procès dans lequel l'instruction de la cause doit précéder le jugement. La cause mal informée , le procès ne peut être que mal jugé. Mais ceci veut être éclairci par un exemple.

■ On a pu voir , par les observations qui précédent, le peu d'attention et d'importance que les personnes citées attachaient à l'humidité et à l'insalubrité de leur demeure.

La marchande de vin , se plaignant de douleurs dont elle demande la raison , répond à ce que je lui dis du danger qu'elle court

en se tenant constamment près d'un mur humide, par un : Monsieur, ce n'est pas cela.

Le marchand de planches ne peut entièrement se persuader , malgré mes instances , que la maladie de ses enfans tienne à sa nouvelle demeure.

La lémme septuagénaire a un accès de folie, et meurt ensuite subitement, sans que ses parensse doutent de la cause de ce double accident.

Deux enfans meurent subitement, sans que ces deuxévénemens, qui arrivent coup sur coup , produisent d'autre effet que la stupeur-

La dame déménage , parce qu'elle trouve son ombrelle et ses souliers couverts de moisissure , sans songer aucunement au danger qu'elle court elle-même pour sa santé.

Telle est la disposition d'esprit dans laquelle sont la plupart des hommes , et telle est aussi la raison du silence qu'ils gardent sur ce qui a rapport à leur demeure. Mais quelle en est la conséquence? qu'on expose , sans s'en douter , un médecin à commettre, dans sa pratique, des erreurs dont les malades sont passibles, sans qu'on puisse légitimement lui en faire un reproche. Car dan»

ce cas, où la médecine est toute conjecturale, puisqu'elle n'a pas le moyen d'asseoir son jugement, il ne peut que suivre les règles de sou art, au risque d'en taire une application inutile ou dangereuse.

Supposons, par exemple, qu'un médecin , le premier venu , ce qui est assez ordinaire , eût été appelé pour donner des soins aux petites filles du marcliand de planches, qui sont le sujet de ma quatrième observation, et qu'au lieu d'être instruit comme je l'étais de la véritable cause de leur maladie, et du seul moyen de les guérir, ce médecin s'en fût uniquement rapporté aux apparences. Il aurait

facilement reconnu une maladie quelconque, il l'aurait baptisée pour lui et pour les assistans, aux questions desquels il faut répondre. Il l'aurait traitée en conséquence et selon les règles de l'arl ; rien n'aurait manqué au traitement ; aucun reproche n'aurait pu raisonnablement lui être adressé. Quelle aurait été la récompense de tous ses soins? qu'au lieu de perdre une des petites sœurs, ce qui était inévitable, il les aurait très-probablement mises en terre toutes trois : je dis probabîement , parce qu'il est des cas de maladies , et celui-ci est du nombre où la guérison ne peut

s'obtenir par un traitement méthodique , et par l'emploi des remèdes officinaux, mais par l'éV loignement des causes qui ont donné lieu à la maladie , et qui la maintiennent.

Celte médecine pourra bien ne pas plaire aux. malades et au commun dès médecins ; mais je la crois la seule véritable, et réellement profitable , au moins dans le cas supposé.

Elle pourra ne pas plaire aux malades , parce qu'il existe en médecine , comme en matière de religion , une créance vraie, et une créance superstitieuse ; et quâ cette dernière est généralement

celle des malades. Lu médecine n'est point où l'ignorance et la fantaisie la supposent, mais là seulement où. elle est utile, et dans ce qu'elle peut. Pour le vulgaire , elle est tout entière dans le breuvage qu'on lui présente dans une fiole : à ses veux, de sages précautions , un conseil éclairé , salutaire , ne sont rien. Point de fiole ! point de médecine .' l'absolution peut remettre louies les fautes ; mais les remèdes ne guérissent pas tous les maux.

Cette médecine pourra ne pas plaire aux médecins, qui, trop confians dans les connaissances du jour, dédaignent les counais-

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eances anciennes, et surtout l'expérience ; mais elle est conforme à celle d'Hippocrate, et se trouve implicitement renfermée et recommandée dans le premier de ses aphorismes , lorsqu'il dit que tout ce qui entoure le malade externa , doit concourir à sa guérison *.

Je n'ajouterai rien à ce que j'ai dit des nouvelles bâtisses sous le rapport de la santé ; je ferai seulement observer que, depuis le moment où j'ai conçu le projet de cet écrit , Ce qui nous reporte à

* Opporiet autem non modo se ïpsuni exhibere ea quœ décent facientem , sed et agram et présentes et externa.

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deux ans en arrière, le mal quej'ai voulu signaler s'est accrut d'une manière effrayante. Il est tel à mes yeux , quand je considère le nombre des personnes qui en somme seront victimes de la.

lblie du jour , que je doute que la peste la plus meurtrière puisse exercer autant de ravages dans, une ville que les nouvelles constructions en feront à Paris. Je m'explique : la peste sacrifie les individus qu'elle atteint, mais elle respecte l'espèce. Le mal qui nous consume, semblable à la vérole , attaque les individus, et dans les individus l'espèce , ou , tout au moins, met au rebut un grand

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nombre de familles, dont l'extinction totale et certaine est marquée peu de générations après.

La peste frappe de grands coups, des coups d'éclat; elle jette l'épouvante dans le monde , elle inspire une terreur qui force les plus insoucians à se mettre en garde contre elle, et ;r fuir la contagion. Dans nos habitations meurtrières le danger s'accroît par la sécurité où nous lient une cause de destruction non moins redoutable dans ses effets que la peste, mais qui, marchant à la muette et à pas lents, marque ou enlève ses victimes les unes après les autres, et pourrait anéantir

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ono partie de la population , sans exciter la moindre défiance de la part de la multitude.

Ces choses considérées, et d'autres encore dont je parlerai, j'ai pu dire que les effets des constructions nouvelles sont plus désastreux que ceux, de la peste : et je puis ajouter que, si les grandes villes sont des moyens d' extinction de notre espèce , aucune ville n'a jamais plus efficacement atteint ce but que Paris au moment où j'écris.

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