NU
Koch dans le sang, c’est le danger que présenterait au point de vue de la transmission de la tuberculose le sang frais d'animaux, employé comme agent thérapeutique (Guinard de Lyon) ‘ ou comme moyen de clarification des vins (Galtier de Lyon) *.
Voilà certes beaucoup de résultats qui plaident dans le même sens, et certains auteurs comme Cuffer * pouvaient en inférer « que le microorganisme de la tuberculose est moins rare dans le sang des tuberculeux que nele ferait supposer l'observation directe »; il ajoute plus loin, résumant ce que nous venons de dire : « Plusieurs raisons le prouvent: 1° la présence du bacille dans les caillots (Cornil); 2° les propriétés infectieuses du sang qui souvent font éclore la tuberculose expérimentale ; 3° la présence des granulations métastatiques dans certains organes, comme la glande thyroïde, la rate par exemple, qui ne peuvent avoir été infectées par le sang ».
Comment se fait-il donc, malgré la grande probabilité de celte invasion sanguine, que dans les recherches entreprises jusqu'ici, les faits négatifs soient beaucoup plus nombreux que les faits positifs. À cela, deux raisons, pensons-nous ; la première, c’est la difficulté et les imperfections de la technique pour déceler les bacilles ; la seconde, c’est la rapidité avec laquelle Les bacilles disparaissent du sang. Jousset, tout dernièrement, a montré d’une facon saisissante la vérité de cette double assertion.
Grâce à sa nouvelle méthode d'investigation, l’inoscopie *
1 GuinarD (de Dijon). — Congrès pour l'étude de la tuberculose, 1re session, 1888,p. 146.
2 Gazrier (de Lyon), Ibid, p. 147.
3 Currer.— Revue de Médecine, 1891, p, 532.
4 Jousser. — Sur une nouvelle méthode de recherche des bacilles tub.. — Soc. méd, des Hôp. 9 janv. et Semaine méd. 23 janv. 1903.
#9) Le
il est arrivé à des résultats vraiment extraordinaires ; il a pu déceler le bacille dans le sang de tuberculeux, présentant diverses formes de la bacillose bien plus fréquemment que ses prédécesseurs :
Sur dix cas de tuberculose pulmonaire ulcéreuse chrontque, il a eu deux cas positifs, sept négatifs et un douteux.
Sur huit cas de tuberculose à évolution aiguë, à localisations pulmonaire et extra-pulmonaire, il a eu quatre cas positifs, un cas négatif et trois cas douteux. Il appelle douteux — retenons bien ceci, en raison des attaques dont ces résultats ont été l’objet — tous les cas où l’inoscopie est en contradiction avec l’inoculation.
En prenant ces résultats en bloc, nous voyons que, dans dix-huit cas, le bacille à été présent dans six cas et absent dans huit; les autres résultats ne sont affirmatifs ni dans l’un ni dans l’autre sens.
Aussi Jousset ! concelut-il : «Les notions classiques doivent être légèrement réformées et formulées comme suit :
Le sang dans la tuberculose aiguë «est très fréquemment bacillifère, la moitié des cas au moins. Le sang dans latuberculose chronique l’est rarement, mais il peut l'être. » |
A cette conclusion inattendue s'applique assez exactement cette phrase de Marfan ? ; «Tandis qu'un fait positit bien observé constitue un argument indestructible, jamais un fait négalif n'aura la même valeur, car rien ne prouve qu'un jour, par les travaux d’un expérimentateur plus habile ou à l’aide d’un procédé plus parfait, ee résultat négatif ne se transforme en un résultat positif contre lequel rien ne prévaudra. »
Nous n'ignorons pas que beaucoup se sont montrés scep-
1 Jousser. — Septicémies tuberculeuses. — Soc. méd. des Hôp. 1903 p. 519. ? MarFaN, — Tuberculose miliaire — Gazette des Hôpitaux 1887 p. 731.
NÉE Qt doi one A bed ere 2 0
tiques devant de si beaux résultats, et Bezancon, Grifion et Philibert ', qui poursuivent le même genre de recherches que Jousset mais par une méthode différente : homogénisation du caillot, sont venus mettre en garde contre des causes d'erreur possible et en particulier contre celles dues à ces fameux bacilles acido-résistants, qui, se trouvant un peu partout, pourraient souiller les préparalions et être pris pour des bacilles tuberculeux à un examen trop sommaire.
Certes, c’est là une objection d’une importance capitale, mais comme, le pensent eux-mêmes les auteurs que nous citons, la seule conclusion à tirer de tout cela, c’est qu'il ne faut pas croire que ces méthodes vont pouvoir entrer de suite dans le domaine de la pratique courante ; pour leur conserver toute leur valeur, il faut les réserver à des personnes expérimentées et habituées à ce genre de recherches.
Avant de parler des travaux de Jousset, nous aurions pu citer ceux de Fournier et Beaufumé *, qui ont trouvé des bacilles de Koch dans l’urine, dans tous les cas de tuberculose à évolution rapide ou franchement aiguë qu'ilsont examinés.
Pour ce qui est de la rapidité avec laquelle Les bacilles disparaissent du sang, nous avons aussi plusieurs documents. Depuis les travaux de Wyssokowitseh * et de Von Fodor *, on sait que le sang se débarrasse rapidement des microogar-
1 BEZANÇCON, GRIFFON et PHiLiBERT. — Société de Biologie 1903 p. 203,
! — — — — Presse médicale 1903 p. 56.
2 Fournier et BEAUFUMÉ. — Recherche du bac. de Koch dans l'urine, — Soc. de Biol. 1902 p. 1258.
3 Wvssokxowirscn. — Ueber die Schicksale der ins Blut injicirten mikroorganismen im Korper der Warmbluter — Zeitschrift für Hygiene 1886 [. p. 1 cité par Firketin Rev. de Med. 1887 p, 5.
4 Vox Fonor. — Bacterien im Blute lebender Thiere — Archiv. für Hygiene 1886. IV. p. 129 — Neuere Versuche mit Injection von Bakterien in die Venen. Deutsche med, Woch. 1886 n. 36 p. 617 — cité par Firket in eodem loco,