‹ Du Début de la Tuberculose Pulmonaire par les SéreusesChapitre 23 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Plévre

Avant de donner les observations que nous avons recueillies, nous voulons dire un mot de celte fameuse question de la nature de la pleurésie a frigore, la plus fréquente et celle que l’on retrouve le plus souvent dans les antécédents des tuberculeux. Si nous le faisons, c’est pour répondre de suite aux objections qui pourraient nous être adressées au sujet de quelques-unes de nos observations.

Ce fait que beaucoup de pleurétiques font plus tard de la tuberculose pulmonaire avait frappé l'esprit d’un grand nombre de cliniciens et les avaient amenés à penser que Ja même cause produisait les deux maladies.

Bayle Louis et Laennec avaient montré déjà depuis longtemps des rapports qui existent entre la tuberculose et la pleurésie, mais ils voyaient surtout dans cette dernière une cause de tuberculose. Trousseau et Pidoux plus tard pensèrent que la pleurésie pouvait être sous la dépendance de la tuberculose. Bernutz, dans la thèse de Joanny', a attiré l'attention des médecins sur cette auestion.

Mais c’est le professeur Landouzy* qui, ici comme pour la typho-bacillose, se fit le propagateur de cette idée et soutint

1 Joanny. Pleurésie et tuberculose. Th. de Paris 1880-81 no 232. 2 Lanpouzy. Gazette des Hôp. 1884 p. 1001 — Rev. de Méd. 1886 p. 611.

PPT CEE envers et contre tous, on peut le dire, la nature tuberculeuse de la pleurésie.Pour cela, il n'avait besoin que d’invoquer les arguments que lui fournissait la clinique « cette vénérable aïeule ». Il arrivait ainsi à pouvoir affirmer que 980/, des pleurésies, même parmi les plus franches et les plus aiguës, étaient fonction de tuberculose apparente ou cachée.

À la suite de Landouzy, beaucoup de cliniciens vinrent corroborer ces idées.Kelsch et Vaillard',en se basant sur un grand nombre de cas vérifiés anatomiquement, arrivent à des résultats à peu près identiques ; en réponse aux attaques dont il fut l’objet, M. Kelsch? reprit la question quelques années plus tard et formula avec plus de précision encore les conclusions de son travail précédent.

Pour éclaircir cette question, des statistiques furent publiées, nous en citerons quelques-unes :

Bowditch5 a pu savoir ce que sont devenus les pleurétiques observés par son père et par lui en trente ans. Parmi ceux de la première période décennale 43 °/, sont devenus tuberculeux, la deuxième donne 47°/,; la troisième 24°/, seulement, proportion évidemment trop faible, ajoute l’auteur, parce que les cas de cette série sont trop récents.

Ricochon", sur 31 pleurétiques suivis pendant plusieurs années, en a vu 1? d’entre eux mourir de tuberculose, 8 devenir tuberculeux et 7 rester indemnes.

Barrs’. sur 57 cas, en à 21 qui sont morts de tuberculose

pulmonaire.

1 Kezscx et Vaiccarp. Archives de physiologie, 1886 t. VIII p. 164.

2 Kezsox. Gazette hebdomadaire 1890 p. 486.

5 Boworren, Medical News, 1889 t. L V p. 63 cité par le Dinamy: Recherches sur les pleurésies séro-fibrineuses primitives et secondaires. Th. de Paris 1897 DRMOOE

4 Ricocnon. Etudes sur la tuberculose cité par le Danamy loc. cit. m. p.

5 Bars, British medical Journal 1890.T. p. 1058 cité par Straus, loc. cit. p. 507.

Fiedler ‘, pour un total de 112 cas, a trouvé 95 tuberculoses immédiates, 66 tuberculoses ultérieures et 21 guérisons.

Bücher*® donne une proportion de 32 cas de tuberculose sur #4 pleurésies observées.

Netter, Catrin, Lemoine”, sont unanimes pour trouver une statistique de Fernet beaucoup trop faible (15 °/,) et pour admettre que la tuberculose doit être mise en cause dans la pleurésie bien plus souvent que ne le dit cet auteur.

M. Thue ‘, dans un travail présenté par M. Netter à la Société médicale des Hôpitaux, dit qu'il a vu 20 malades sur 33 atteints de pleurésie et suivis par lui devenir tuberculeux, c'est-à-dire 60 °/,.

Péron*, dont nous avons déjà cité la thèse dans laquelle il soutient la nature luberculeuse de la pleurésie, disait un an plus tard que depuis 1886 toutes les autopsies complètes de pleurétiques morts subitement au cours de lépanchement avaient montré la tuberculose.

On voit que peu à peu les documents s’accumulaient et que l'idée lancée par Landouzy faisait des progrès ; mais nombreux en étaient les adversaires, et on peut dire qu’elle souleva une véritable levée de boucliers.

Beaucoup de médecins soutinrent que la pleurésie dans beaucoup de cas n’était pas, ne pouvait pas être tuberculeuse,et tous d'invoquer la guérison d’un nombre incalculable de pleurésies. C’est le principal argument, on peut dire le seul que les adversaires de Landouzy aient jamais donné; nous avouons franchement que nous ne lui reconnaissons pas une bien grande force. Si la pleurésie était tuberculeuse,

1 Fier — Cité par Le Damany loc. cit. p. 159.

? Bücuer. — /bid.

3 Nerter, CATRIN, LEMOINE. — Soc. méd. des Hôp. 1895 p. 167, 189 et DE 4 Tauz — Soc. méd. des Hôpitaux, 24 mai 1895.

5 P£ron — Arch, générales de Médecine, 1896 t. II p. 63.

RE disent-ils, tous les sujets qui en sont atteints devraient mourir tôt ou tard tuberculeux, or, comme cela n’est pas, la pleurésie n’est pas tuberculeuse, au moins dans les cas qui guérissent.

Il n’est pas possible de trouver un raisonnement plus faux que celui-là; Landouzy' l’a bien montré en s'évertuant, qu'on nous passe l'expression, à proclamer la curabilité de la pleurésie même tuberculeuse. Péron * l’a même prouvée sur des chiens chez qui il avait provoqué une pleurésie tuberculeuse.

Quant à nous, non seulement nous admettons cette curabilité, mais encore nous la croyons très fréquente, et nous nous servirons de cette donnée dans la quatrième partie de notre travail. Pour le moment, nous nous contenterons de citer l’observation suivante.

OgsErvarioN V (personnelle). — Pleurésie à frigore.— Denis N .., 24 ans, soldat au 2° régiment du génie, entre à l'hôpital dans le service de M. le professeur Grasset, salle Martin Tisson n°9, le 26 avril 1903, pour une pleurésie à frigore typique du côté droit.

Nous avons creusé les antécédents héréditaires du malade autant que nous avons pu ; nous n'avons rien trouvé de suspect au point de vue de la tuberculose : son père, sa mère, un frère et trois sœurs sont bien portants; un sixième enfant serait mort, à l'âge de six mois,de convulsions (?) Le grand-père et la grand mère paternels sont morts très âgés; les grands parents maternels sont encore vivants l’un a 93, l’autre 82 ans.

Du côté du malade lui-même, nous ne retrouvons rien dans son passé de pathologique. II n’a jamais été malade; dans son enfance il n’a eu ni glandes au cou, ni carreau. Pas d’éthylisme, pas de tabagisme, pas de maladies vénériennes. :

N.... est soldat depuis deux ans et demi ; il a fait les mêmes travaux, les mêmes marches, les mêmes exercices que ses camarades;

1 Lanpouzy — Loc. cit.

? Péron —- Thèse de Paris 1895-96 n° 70 p. 46.

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