‹ Du Début de la Tuberculose Pulmonaire par les SéreusesChapitre 42 sur 46 · ET OC · texte numérisé non relu

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voulons parler de l’hydarthrose tuberculeuse. On sait quel rôle important joue le traumatisme dans son étiologie; Landouzy!', la rapprochant de la pleurésie, pouvait dire : «Ne voyez-vous pas, dans certains cas, à la suite d’un traumatisme vulgaire, une hydarthrose se produire chez un individu en apparence bien portant : hydarthrose traumatique, et lorsque vous ouvrez l'articulation, que vous faites l’arthrotomie, vous trouvez une hydarthrose tuberculeuse avec les bacilles caractéristiques de la tuberculose. »

Comme pour l’hydrocèle, la bénignité de la lésion ne donne pas très souvent l’occasion de constater une tuberculose pulmonaire dans la suite. Nous donnons, ci-dessous, une observation où la tuberculose pulmonaire n’a pas été constatée, mais suffisamment intéressante tout de même pour mériter d’être reproduite :

OBsERVATION XLIV ? (résumée). — M...,soldal au 7e cuirassiers, 24 ans, entre à l’hôpilal du Val-de-Grâce le y janvier 1884.

D'une constitution robuste, cet homme avant son entrée au service exerçait la profession de cultivateur et n'avait jamais été malade.En 1884, il a été soigné à l'hôpital pour une fièvre typhoïde, puis pour une pleurésie qu'il contracta pendant sa convalescence, qui dura trois mois. C’est à son retour, vers la fin du mois de décembre de la même année, que M...., commença à ressentir des douleurs dans le genou droit ; les mouvements étant devenus très pénibles, il fut bientôt dans l'impossibilité de continuer son service.

Au moment de son entrée à l’infirmerie, le genou était devenu le siège d’un gonflement très marqué ; sous l'influence du repos et de quelques applications de teinture d’iode, ces symptômes diminuèrent peu à peu et la douleur disparut.

Cependant, comme la guérison restait incomplète, on dut l'en-

1 Lanpouzy. — Pleurésie a frigore, Gaz. des Hôp., 1887, p. 155. 2 Oupazze. — De l’hydarthrose tuberculeuse. Th, de Paris, 1884-85, No ?7,

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voyer à l'hôpilal du Val-de-Grâce, où il fut reçu avec le diagnostic d'hydarthrose du genou. Des pointes de feu furent appliquées sur l'articulation et le membre placé dans une goultière qui laissait libre la partie antérieure et permettait de faire de la compression avec de l’ouate et une bande de caoutrhouc. Peu à peu, le liquide diminua et l'amélioration était très notable, vers le 25 janvier, quand tout à coup, le 26, le malade fut pris d'un violent frisson. Peu à peu apparurent tous les symptômes d'une méningite. On évacue le malade sur un service de médecine, où les symptômes de méningite s’accentuèrent de plus en plus ; le malade mourut le 18 février 1883.

L'autopsie révèle les lésions caractéristiques de la méningite tuberculeuse. La synoviale du jeune malade présentait à sa surface une éruplion miliaire uniformément répandue sur toule son étendue et qui se montrail un peu plus confluente au voisinage des os. Du côté des os et des carlilages ainsi que du côté des ligaments et des ménisques interarliculaires, il est impossible de trouver aucune trace d’altération.

Nous trouvons dans cette observation une fièvre typhoïde dont la convalescence dura {rois mois, ce qui est déjà anormal; pendant cette convalescence le sujet contracte une pleurésie ; peu de temps après, survient une hydarthrose et enfin une méningite qui emporte le malade. II nous paraît logique de rapporter à la même cause toute la série des manifestations morbides qu'a présentées ce sujet: et nous sommes fortement tenté de faire de sa fièvre typhoïde une typho bacillose, déterminant au bout de quelque temps une localisation pleurale et plus tard les deux autres localisations toujours séreuses (articulaire et méningée).

Nous verrons que l’éruption miliaire qui a été trouvée à l'autopsie sur la synoviale à été vue plus d’une fois dans des cas de rhumatisme tuberculeux.

b) Les auteurs anciens, avec leur sens clinique remarqua-

ble, avaient eu connaissance du rhumatisme tuberculeux! : mais on n'avait pas altaché une grande importance aux cas publiés, jusqu'à ce que Poncet, par ses communications et ses articles, vint de nouveau attirer l'attention des cliniciens sur ce sujet : «Peut-être, comme le dit cet auteur, cette question de mots ‘‘incompatibilité de la diathèse rhumatismale et de la diathèse tuberculeuse”” pour se servir d’un langage déjà lointain, a-t-elle nui à la conception du rhumatisme tuberculeux. » ?

Avec les idées qui tendent à faire de la tuberculose une maladie infectieuse au premier chef, il fallait bien admettre que celle-ci peut, à l'exemple de toutes les infections”, faire du pseudo-rhumatisme ; «la tuberculose est une maladie des plus infectieuses, dit en propres termes Poncetf, et comme toute infeclion générale elle peut s'accompagner de manifestations articulaires, tendineuses, etc...». C'est absolument la même idée qu'exprime Patel dans un article paru dans la Gazette des Hôpitaux de 1902°. Laveran avait déjà dit il y à longtemps: «Il n’est pas étonnant de voir la tuberculose, qui se localise si souvent dans les séreuses viscérales, envahir quelquefois les séreuses® articulaires.»

Avec Poncet, nous admettons toutes les formes dans ce rhumatisme, tous les degrés «depuis À jusqu’à Z : À désignant la simple arthralgie, la simple fluxion de la synoviale ;

. 1 Pour tout ce qui a trait au rhumatisme tuberculeux, voir la revue générale

que MaucLAIRE a fait paraître dernièrement dans le Bulletin médical, 17 juin 1903, p. 567, et la thèse toute récente de Mile Tomporozsky : Essai sur le rhumat. tub., Montpellier 1902-03.

2 Poncer : Rhumatisme tuberculeux, Gaz. des Hôp., 1901, p. 817.

3 Boucaarp in Bourcy : Des déterminations articulaires des maladies infectieuses. Th. de Paris, 1882-83, n° 131.

4 Poncer : Du rhumat: tub., Bulletin médical, 1902, p. 10957.

5 Parez : Rhumat. tub. chez l’enfant, Gaz. des Hôp., 1902, p. 399.

6 Laveran : Tuberculose aiguë des synoviales, Progrès médical, 1876, p. 728.

Z la tumeur blanche avec tous les désordres qu’elle produit dans l’article! » ; et en effet la clinique nous fournit des exemples de tous les types depuis le plus aigu et le plus polyarticulaire jusqu'au plus chronique et au plus déformant.

«Pourquoi — disait M. le professeur Rauzier* en 1894, à propos d'un cas de rhumatisme aigu blennorragique -opposer comme on le fait d’une façon trop absolue le rhumatisme aigu (généralisé, mobile, erratique, passager, fébrile, curable par la médication salicylée: aux pseudorhumatismes (mono ou oligo-articulaires, tenaces, apyrétiques, résistants au salicylate ?).

Pourquoi distinguer d’une façon trop exclusive et sans tenir compte des cas intermédiaires l'infection rhumatismale proprement dite, à localisation articulaire habituelle et prédominante, des autres infections qui atteignent seulement par occasion les articles? Dans les deux cas il s’agit d’infections générales qui frappent les articulations, pourquoi les manifestations en seraient-elles toujours dissemblables ? On le comprend avec peine et notre observation démontre qu'il peut en être autrement.»Ce que M. le professeur Rauzier disait pour la blennorragie, nous pouvons, ce nous semble, le dire pour la tuberculose, et les faits sont là, nombreux, pour nous appuyer.

Pour le rhumatisme chronique, les faits ne manquent pas non plus; il simule absolument, à un examen superficiel, le rhumatisme chronique ordinaire (Barjon}5 ; il peut, au point de vue de l’évolution clinique (Bérard et Destot)‘ précéder

{ Poncer: Soc. de Méd. de Lyon in Lyon Médical, 1900, p. 302.

? Rauzer : Cong. de méd, de Lyon cité par Mas: Des cas de transition entre le rhumat. art. aigu et le pseudo-rhumatisme infectieux. Th. de Montpellier, 1895-96, n° 65, p. 10.

3 Baron. — Du syndrome rhamatismal chronique déformant. Th. de Lyon, 1896-97, n° 107, p. 54.

BÉRARD et Desror. — Cong. français de chir. 1897, p. 733.

toute autre lésion tuberculeuse, coexister avec d’autres localisations tuberculeuses pulmonaires ou viscérales, coïncider avec une tumeur blanche nette.

Poncet' est même venu dire à l’Académie de Médecine, le 15 juillet 1902, qu'il existait, au même titre qu'un rhuma- . tisme tuberculeux articulaire, un rhumatisme tuberculeux abarticulaire ; celui-ci n'ayant que peu de rapports avec la tuberculose des séreuses, nous n’en parlerons pas plus longuement.

Il fallait, bien entendu, prouver autrement que par la clinique l'existence de ce rhumatisme tuberculeux, effectivement c'est ce qui est arrivé. L’analomie pathologique à démontré pour un certain nombre de cas la nature tuberculeuse de l'affection et elle à fait voir que les Lésious différaient avec chaque lype de rhumatisme décrit; depuis celles trouvées par Laveran ? dans son observation classique jusqu’à celles qu'on pourrait trouver dans un cas de simple arthralgie, toutes les lésions spécifiques de la tuberculose se rencontrent dans les articulations malades.

Comme pour les autres séreuses déjà passées en revue, le laboratoire n’a pas tardé à venir affirmer hautement que la tuberculose était encore souventen jeu dans les affections des séreuses articulaires. Egmann , dans sa thèse, cite 4 cas de rhumatisme articulaire aigu tuberculeux avec preuves à l'appui: dans deux cas, des inoculations au cobaye, du liquide retiré par la ponction des articulations atteintes, ont produit

1 Voir aussi Gaz. des Hôp. 1902, p. 808.

2 Laveran. — Loc. cit. Voir aussi une observation du professeur Tédenat citée dans la thèse de Raynier : Essai sur les localisations tuberculeuses dans les synoviales tendineuses. Montpellier, 1882, n° 40, p. 13.

3 Ecmanx. — Rhumatisme articulaire aigu tuberculeux. Th. de Lyon, 1901-02, n° 98.

de la tuberculose ; dans deux autres, la séro-réaction d’Arloing-Courmont a donné un résultat positif.

Griffon", dans un cas, a eu aussi des résultats positifs avec l'inoculation aux cobaves du liquide retiré par ponction; il a . de plus trouvé dans ce même liquide une formule lymphocytaire très nette. Nul doute que des recherches de plus en plus nombreuses ne viennent compléter et augmenter ces résultats déjà si beaux.

Voilà donc l'existence de ce rhumatisme prouvée ; aussi peut-on maintenant accepter ce que disait Poncet”, alors qu’il s'appuyait uniquement sur la clinique: «à l'heure actuelle, il est prudent dans les manifestations dites rhumatismales, surtout lorsque l’antipyrine et le salicylate de soude paraissent échouer, de songer à la tuberculose ».:C’est à cette opinion que se range Bezançon * quand il dit: « L'application des méthodes de diagnostic, que nous fournit le laboratoire, pourra être d’un grand secours; elles devront être pratiquées en présence d’arthrites dont on ue verra point l’origine et qui résisteront à la médication salicylée. »

Il est bien entendu que, même si ces manifestations articulaires sont primitives, ce n'est pas une raison pour éliminer la tuberculose, car tous les auteurs (Poncet, Mailland ‘, Bezançon, Barbier?) sont d'accord pour admettre que ce peut être la première manifestation de la tuberculose, ils insistent même sur ce point.

Le pronostic varie, bien entendu, avec les différentes variétés de rhumatisme. En faveur de la bénignité rappelons

1! GRIFFON. — Soc. méd. des hôp. 1903, p. 657. 2 Poncer. — Gaz. des hôp., 1901, p. 817

3 Bpzançon. — Pseudo.-rhumat, tub. — Soc. méd. des hôp.; 1901, p. 1073. 4 MaizLanD. — Du rhumat. tub. Presse médicale, 1901 ,p.147. 5 BaRBiER. — Sur les phénomènes extra-pulmonaires de la tuberculose à la

période de germination — Bulletin médical, 1903, p. 265.

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