TRAITEMENT
Le traitement des décollements épiphysaires ressemble beaucoup à celui des fractures; il doit avoir pour but et pour résultat d'obtenir le rétablissement parfait de la forme et de la fonction de l'extrémité du membre malade.
Les moyens à employer varient selon qu’il existe ou non un déplacement suivant que les parties molles sont indemnes ou que le foyer du traumatisme risque d’être infecté par une plaie extérieure.
Dans les cas de décollements sans déplacement et sans complications de plaies, 1l suffira d’immobiliser le membre par un appareil plâtré que l’on surveillera avec le plus grand soin pour éviter les accidents de compression. On enlèvera l’appareil au bout de deux ou trois semaines et on commencera à faire exécuter des mouvements au malade afin de prévenir ou de combattre la raideur articulaire.
Dans les cas de décollement avec déplacement, la réduction s’obtiendra aisément par l’extension et la contre-extension. La réduction se fera, dans les cas difliciles, sous l’anesthésie générale. Un appareil plà-
tré maintiendra ensuite cetteréduction; on le laissera un mois en place.
Pour le tibia, le déplacement de la diaphyse tibiale en avant est très fréquent ; il faut s’efforcer de réduire la déformation. Mais, si parfois la réduction est facilement obtenue (Obs. X), d’autres fois les tentatives de réduction conduites avec le plus grand soin sont infructueuses (Obs. XVI et XVII), la déformation persiste et, si la consolidation osseuse se fait, la marche devient impossible, l'axe de la jambe se trouvant porté trop en avant. Il faut donc savoir que la réduction, possible parfois, devient difficile ou impossible dans d’autres cas. Il faudra alors recourir à l’ostéoclasie pour détruire cette consolidation vicieuse et réduire la déformation.
Les cas de décollements compliqués, dans lesquels le foyer osseux est en communication avec l'extérieur, étaient autrefois considérés comme une complication très grave, nécessitant souvent l’amputation pour sauver le malade. Aujourd’hui, les soins antiseptiques permettent de ne recourir à cette grave extrémité que très rarement, seulement dans les cas de lésions très étendues des parties molles avec arrachement des vaisseaux ou menace de gangrène, mais alors le décollement épiphysaire n’est qu'un événement peu important du traumatisme. Après une désinfection aussi exacte que possible de la peau et de la plaie, on tentera la réduction de la diaphyse. On ne réséquera la diaphyse que lorsque toutes les tentatives de réduction resteront vaines, même avec des débridements étendus. Avec les progrès de la chirur-
gie aseptique, on n’est plus que très rarement contraint à recourir à cette extrémité; en prolongeant la plaie des parties molles, ou bien en faisant une incision appropriée, on arrivera jusqu'au périoste que l’on débridera pour réduire. C’est, en effet, très souvent la boutonnière périostique qui est un obstacle absolu à la réduction.
Dans les cas où il se produit un arrêt d’accroissement du tibia avec déviation du pied en varus, par suite de la longueur plus grande du péroné qui a continué à croître et qui a été obligé de se courber ou de se luxer, on fera la résection d’un fragment du péroné d’une longueur suflisante pour assurer la correction (OBS XLIV-XEVT, XEVIIT).
Si le sujet n’a pas terminé sa période de croissance, si la déformation n'existe pas depuis longtemps, on peut recourir à l'opération préconisée et exécutée avec succès par Ollier, en 1878, la chondrectomie; on enlèvera le cartilage de conjugaison du péroné, l’accroissement en longueur de cet os sera alors arrêté, sa courbure s’effacera et le pied pourra reprendre sa position normale.