OBSERVATION XLVI
Poland.
Déformation et arrêt d’accroissement du tibia consécutif à décollement épiphysaire.
Jean M.., âgé de 13 ans, entra.en mars 1891 au Miller’s Hospital, dans le service de M. Poland.
Cinq ans auparavant, en sautant sur des barreaux de fer, son pied avait été saisi au haut de deux barreaux et il était tombé du côté opposé, restant suspendu par son pied. Une dame qui passaitle délivra et le remit parterre. On lui mit sa jambe entre des attelles pendant plusieus semaines, mais il put s'appuyer sur sa jambe après quatre ou cinq semaines.
Ce jeune garçon à son entrée au Miller's Hospital marchait en boîtant fortement, en plaçant le bord externe de son pied gauche sur le sol, le pied étant en varus. La jambe entière était fortement amaigrie, le mollet gauche étant plus petit que le droit de deux pouces et demi. Le tibia gauche était beaucoup plus petit que le droit, et me-
ai Surait exactement de la tubérosité interne à la malléole interne un pouce de moins de longueur que le droit.
Le péroné était fortement hypertrophié, uniformément élargi, particulièrement sur le côté externe et très proéminent, mais sans aucun signe de fracture. Il y avait une très faible arête et une concavité au-dessus de la ligne épihysaire du tibia, mais pas de déplacement.
Le malade se plaignait d'une très grande faiblesse de son membre, mais sans aucune douleur particulière, les mouvements de l'articulation tibio-tarsienne étaient normaux. En avril, M. Poland enleva sous le chloroforme un morceau du péroné d’un demi pouce au-dessus de la ligne épiphysaire et s’efforça de replacer le pied dans son attitude normale.
- Cette position rectifiée ne se maintint pas; quinze jours après, le tibia fut divisé avec une scie juste au-dessus de l'articulation épiphysaire. La déformation du pied fut corrigée en le plaçant dans l’état valgus et en produisant une dépression au siège de l'opération sur le péroné. Le membre fut placé dans un appareil plâtré.
Quand on le vit quelques mois après l'opération, la position du pied s'était beaucoup améliorée et la plante du pied s’appuyait sur le sol. Le malade s’habitua à avoir une semelle épaisse à son soulier, et un tuteur d'acier sur le côté interne de sa jambe et de son pied.
Quatre ans après, en août 1895, on vit que la position varus du pied s'était fortement corrigée, mais s'était toutefois accrue lentement depuis l'opération. Des mensurations soigneusement faites montrèrent que le péroné avait augmenté en plus forte proportion que le tibia. Malgré l’àge du malade, âgé maintenant de 13 ans, on proposa d’enlever le cartilage. C’est pourquoi, le fer août 1895, M. Poland opéra sur l'extrémité inférieure du péroné, et trouva seulement les restes du cartilage articulaire, à 30 centimètres au-dessus de la malléole externe. Ces restes étaient réduits à un très petit nodule Cartilagineux, à
l'extrémité antérieure de la ligne épiphysaire. Le reste de la ligne épiphysaire pouvait être considéré comme un sillon épaissi dans le tissu osseux. L'’os était très dur et sclérosé. Une ouverture gauche dans l'extrémité inférieure de l'os permis de tourner graduellement en-dehors la malléole externe.
L. D' H.-E. Maberley, qui avait vu le malade immédiatement après l'accident, envoya l'observation suivante : « Le patient fut apporté chez moi, le 29 novembre 1886, tout de suite après l'accident. À première vue, je pensais que c'était un cas de fracture ordinaire de l'extrémité inférieure du péroné avec un grand déplacement du pied en dehors ; mais à l'examen, j'ai trouvé que ce déplacement était seulement apparent et non réel; l'apparence était due à un très gros épanchement localisé sur l’extrémité inférieure du tibia. Il n’y avait pas de crépitation d'aucune sorte. La jambe fut placée dans des attelles latérales bien rembourées, et quand celles-ci furent enlevées, le 21 décembre, il n'y avait aucun indice qui permit de supposer qu'un accident s'était produit. Le jeune garçon continua à courir comme par le passé. C'est seulement l'année dernière que j'ai vu que sa cheville s’accroissait. »