‹ Du décorChapitre 2 sur 20 · D +. OR. OM TES · texte numérisé non relu

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PL. 2. Construction plastique sur la scène tournante

(page 10). Voir le plan Planche 3.

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« devant le rideau ». L'ouverture de la scène n'étant point indiquée, il joue devant un mur d'architecture faisant partie de la salle.

La scène proprement dite porte des décors plastiques, elle est, par conséquent, munie d’une plaque tournante pour les changements de décor et d’un panorama circulaire qui sert, en outre, de porte-voix. Si l'on considère que dans le cirque actuel nous sommes forcés de jouer devant un seul décor fixe, on saisit facilement l'avantage qu'offre la combinaison d’une scène moderne avec l’amphithéâtre. :

Cependant, le décor de la scène ne peut suffire à l’acteur sur l’avant-scène et dans l'orchestre. C'est donc encore de la lumière que nous allons attendre la création du monde imaginaire où se meut l'acteur. |

Quand l'auditoire se trouve dans l’ombre, si le plan qu'occupe l'acteur est, au contraire, éclairé, la différence entre le monde réel et le monde fictif apparaît immédiatement. Les jeux de la lumière feront ressortir le mouvement de l'acteur, opposeront un acteur, un groupe à d’autres acteurs, à d’autres groupes, les changements de clarté, d'obscurité et de couleur exprimeront l'atmosphère psychologique du drame.

En somme, abstraction faite du décor de la scène proprement dite, l’amphithéâtre ne dispose que de deux moyens d'expression. : rythmique des plans et variations d'éclairage. Certes, le metteur en scène tirera parti des groupements, du jeu des masses. Maïs cela ne suffit pas : l’amphithéâtre doit encore développer un autre facteur scénique. |

Jusqu'ici l'acteur apparaissait toujours au théâtre de la même façon : il avait beau se tourner, se montrer de profil, de dos — tous les spectateurs le voyaient dans le cadre de la scène d’un seul côté. Avec le jeu de l’amphithéâtre, l'acteur se trouve au milieu de nous, visible de tous les côtés à la fois, et sa création doit devenir entie-

rement plastique. L'acteur dans l'amphithéâtre est exposé comme un monument sur une place publique; qu’il participe donc à l'irréalité monumentale par un nouveau style du geste et du corps. Il n'a plus l’ambiance de la scène ; il lui faut, par conséquent, recréer par ses propres moyens autour de lui l’espace imaginaire. La vraie mise en scène dans l’amphithéâtre, c’est la création, par l'acteur, d’un rythme physique, d’un rythme de jeu ; c'est un nouveau style d'art dramatique.

Pour avoir entrepris de jouer dans l'amphithéâtre avant que l'acteur n’eût trouvé le style nouveau de son art, le régisseur a exposé le théâtre à des risques qu'il était pourtant facile de prévoir : La parole de l'acteur, son jeu n'étant pas adaptés encore à l’espace, se perdait facilement : restait, cependant, le mouvement des chœurs et des masses, le spectacle. D'où cette alternative : ou bien représenter des pièces où ce sont les masses qui deviennent les protagonistes — tel le « Danton » où Reinhardt a mis sur la scène le Paris de la Révolution — ou bien se réduire à la pièce à spectacle.

Précisément, déjà Reinhardt avait joué au « Deutsches Theater »

une pantomime « Sumurun » (qu’on a pu voir au Vaudeville en

1912). Ce fut un succes ; il demanda donc aux poètes des pantomimes pour l’amphithéâtre. Le mouvement théâtral, parti du théâtre naturaliste avec ses décors d’intérieurs pauvres, nous conduit ainsi, à travers la mise en scène du drame classique et moderne, à la pantomime du cirque.

Ce n'est qu'avec la création d’un nouveau style d’art dramatique que l’amphithéâtre peut révéler tous ses avantages. Mais un style dramatique ne se crée pas indépendamment de la vie. La vie elle-

même, ses nouvelles conditions sociales inspireront peut-être un

art nouveau et, par suite, un grand art du théâtre. Certes, le jeu

dans l’amphithéâtre répond déjà à certaines tendances sociales de

notre temps. Ne nous y trompons pas, cependant : chaque fois que

MAX REINHARDT ta

le théâtre fut une communion entre la foule et la scène — ce que veut être l’'amphithéâtre — un culte, un même ensemble d'idées unissait l'auditoire au théâtre. L’auditoire du théâtre antique est la réunion de tout un peuple qui dans le même sentiment religieux prie avec les prières du chœur, siège comme aréopagite, participe à l'action. De même l'auditoire des Mystères. Mais nous ne sommes pas des Grecs de l'Antiquité, ni des croyants du Moyen-Age. Et nous avons beau ressusciter la tragédie antique ou les mystères chrétiens, le Théâtre des milliers ne sera possible que lorsqu'un nou- vel ordre social nous aura donné un culte commun, un même ensemble d'idées. À ce moment pourront apparaître la nouvelle tragédie et le nouvel art dramatique de l’amphithéâtre. Tout ce que nous tenterons jusque-là ne saurait être qu’un travail préparatoire,

une œuvre de précursion.

L'œuvre de Reinhardt nous montre tout ce qu'il est permis de réaliser au théâtre par le moyen de la mise en scène ; l'œuvre des réformateurs dogmatiques nous apprend ce que les différentes théories #mposent à la scène : c’est une restriction, et dont les suites sont intéressantes ; mais avec de telles manifestations de principe le monde scénique se rétrécit, et en effet, les chercheurs d’un nouveau style scénique ne peuvent faire entrer leurs réformes dans une conception suffisamment générale.

L'idée dont s'inspire la plus grande partie des réformes est celle-ci : La scène, en son entier, ne doit pas être une création picturale, mais spatiale; il importe donc d’établir dans l'organisme ‘ théâtral des éléments architecturaux qui soient fixes sur la scène. C’est la position de ces éléments architecturaux, ou leur combinaïison avec d’autres éléments, rideaux ou peintures, qui donnera la vie à la scène. Le caractère froisdimensionel de la scène sera sauvegardé

par la présence des éléments architectoniques:

Nous trouvons l'application la plus rigide du système dans 1la

« Scène Shakespearienne » qui prétend renouer par un retour au théâtre du temps d’Élisabeth d'Angleterre la tradition théâtrale interrompue par la scène en perspective du théâtre italien. A la vérité, elle se présente comme une reconstitution archéologique, et assez mal adaptée aux besoins modernes. La « Scène Shakespea-

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