‹ Du décorChapitre 4 sur 20 · SPA · texte numérisé non relu

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rendre la crainte d’un personnage bien mieux qu'un recul dans le même plan. Donc, avec Georges Fuchs, réduction des mouvements scéniques, appauvrissement de l'expression.

Cependant, ‘si nous faisons abstraction du parti-pris, nous trouvons dans les réalisations du « Künstlertheater » des éléments de simplification fort remarquables. :

La scène du « Küntlertheater », scène très courte, porte une

architecture en trois plans : Une espèce de portail encadre l’avant-

scène, De même, sur la scène moyenne, deux pans de mur sont réunis par un soffite qui fait comme un pont droit de pierre. Ce manteau de murs est mobile : c’est-à-dire que non seulement le soffite peut être baissé ou levé, mais encore les deux murs avancent ou reculent — toujours sur le même plan — et, en se rejoignant, formentun mur pour fermer entièrement la scène. En s’ouvrant, ils rentrent directement, comme un wagon sur rail, dans le magasin des décors qui a la même largeur que la scène. C'est, en somme, une application du vieux système des « costières » avec leurs mâts portant des fermes. Les murs, peints d’un ton neutre, sont garnis d’une porte et d’une fenêtre, et peuvent, selon les besoins, figurer une rue, un intérieur, ou bien un encadrement neutre pour Le fond. Cette double destination des murs mobiles, soit comme décor, soit comme cadre d’un autre décor, est incontestablement avantageuse; aussi l'emploi de pareils éléments architectoniques s'est-il généralisé sur beaucoup de scènes qui, pour le reste, ne suivent nullement les théories de Fuêhs, 02 |

L’arrière-scène du « Künstlertheater » est fermée par les toiles de fond qui, elles aussi, rentrent directement dans le magasin des décors. Le plancher de l’arriére-scène, enfin, peut être abaissé quand on représente un paysage — on ne voit pas alors la toile de fond toucher le sol. :

On conçoit facilement qu’une telle disposition impose certaines

solutions au problème scénique et exclut toutes les autres. Selon Georges Fuchs, le système force le metteur en scène à n'indiquer que les points importants, à donner l'essentiel d’une scène ; il force a voir grand, Nous reconnaissons volontiers les possibilités qu'il nous offre, cependant nous ne pouvons pas ignorer qu'il nous restreint outre mesure.

La vue continuelle des mêmes murs sur le même plan produit fatalement l'ennui. Si le spectateur s’est intéressé à la représentation simplifiée de la maison de Shylock par un pan de mur, un petit escalier et un mur bas devant le ciel, il est vite fatigué de voir , revenir le même mur à l'état de rue dans Faust ou à l’état de rempart dans Judith. En outre, le décor fixe sur un plan ne permet pas de changer les proportions de la scène. Nous pouvons modifier la hauteur en baissant le manteau, mais pas la profondeur. Or, la proportion est un des moyens les plus expressifs de la scène. Comment remédier à cette immobilité voulue? C’est encore par la lumière.

Et, en effet, l'installation de l'éclairage au « Künstlertheater » est étudiée avec le plus grand soin. L’avant-scène et la scène moyenne s’éclairent d’en haut, tandis que l’arrière-scene a ses sources de lumière spéciales, venant d’en haut comme d’en bas, l'installation d'éclairage d’en bas étant cachée dans une fosse. L'innovation plus intéressante encore est l'augmentation des couleurs. Georges Fuchs les a portées à cinq. Outre le blanc, le jaune, le rouge et le bleu, le « Künstlertheater » dispose donc de lampes vertes. Fuchs obtient ainsi une grande richesse des tons et des gradations de la lumiere.

C’est une des théories de Fuchs — et cette fois-ci, une théorie justifiée par la pratique — que le plan du fond peut être entièrement dematerialisé par la lumiere. On a pu voir, en effet, au « Künstlertheater » — avec la toile de fond à quelques metres de distance

du spectateur — le lointain atmosphérique rendu avec une inten-

sité stupéfiante. La nuit d'hiver sur la terrasse d’Elseneur, dans une

atmosphère brumeuse et froide, où la neige semblait suspendue

- dans l’air, donnait, rien que par l'effet de la lumière, une impres-

sion saisissante. Le « Künstlertheater » a obtenu de la sorte de belles solutions de mise en scène avec le minimum des moyens picturaux, tel, dans le Marchand de Venise, le décor de la place où une seule colonne élevée sur deux marches devant un ciel clair évoquait puissamment tout Venise. | : Fait des plus instructifs à noter : la scene-relief ne peut pas se passer de l'illusion de la profondeur. Ce que le réformateur dogmatique enlève d’une main avec la construction de la scène, l’artiste est forcé de le restituer avec le jeu de la lumière. Ce n’est que dans les spectacles ou le metteur en scène réussissait à « dématérialiser » le fond que l'impression était parfaite. Mais reconnaissons qu'il s’agissait alors de remplacer la profondeur réelle par l'illusion de la profondeur. Le procédé est absolument justifiable du point de vue scénique sans porter atteinte au principe de la « scène-relief ». Malheureusement la scène-relief recourt encore à un moyen plus risqué : la peinture. Le « Künstlertheater » admet la peinture sous des conditions spéciales. Selon Fuchs, la peinture, avouée comme telle, est un matériau théâtral aussi « véritable » que la plastique. Elle est véritable du moment qu’elle donne des plans et non pas la troisième dimension, c’est-à-dire quand elle s’avoue comme peinture décorative sans recherche de perspective. Je ne sais s'il faut reconnaître la l'influence des peintres munichois sur l'esprit de Georges Fuchs; toujours est-il que, d’après lui, cette peinture de toiles de fond décoratives, encadrée par une architecture plastique, donne de l’espace et de la profondeur. Nous voyons donc la scène se séparer en deux parties distinctes : une partie plastique, architecturée, où se meut l'acteur, et une partie peinte devant laquelle

il passe en relief vivant. Et de la sorte l’unité scénique est détruite.

Elle ne sera maintenue que dans fe cas s où ù Je Foha présente le ciel.

vide, un fond noir qui figure la profondeur absolue, ou bien un. eu

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de la loi fondamentale de r art théâtral : la simplification par. des LR moyens DÉSHORESS | | | | |

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