‹ Du degré d'utilité de l'anatomie comparée dans l'étude de l'anatomie humaineChapitre 4 sur 11 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Développement.

L’étude du développement du foetus humain et de ses annexes est une partie de l’anatomie générale aussi

(i) Nous avons ajouté à dessein Anatomie des animaux, nous lavons fait dans cette seule considération que beaucoup de personnes confondent cette anatomie avec l’anatomie comparée. Or, 1 examen de l’utilité que l’anatomie des animaux peut apporter à I étude de quelques parties de l’anatomie humaine mettra plus facilement en relief, nous l’espérons du moins , l’avantage de l’application qu on peut faire de celle-ci à l’anatomie humaine, et en même temps I inutilité de l'anatomie comparée.

importante que curieuse. A peine étudiée jusqu’au commencement de notre siècle, cette branche a pris, par suite de travaux plus modernes, un développement tellement étendu, qu’elle constitue aujourd’hui une branche nouvelle de l'anatomie générale , et qu elle fournit à la physiologie le sujet d’un de ses plus curieux chapitres.

La connaissance des parties élémentaires de l'œuf humain et des modifications que lui fait subir le contact de la matière prolifique, doit une grande partie de ce qu elle sait de plus certain et de plus positif à l'étude des mêmes organes chez les animaux , et on comprendra aisément qu’il devait en être ainsi : en effet, des recherches aussi fines, aussi délicates, exigent, pour être faites avec fruit, des spécimens parfaitement conservés, parfaitement sains, et surtout dans un état de fraîcheur irréprochable. Il faut encore que des choses aussi délicates soient vues souvent, et à des époques parfaitement déterminées. Il a donc été, disons-nous, indispensable aux observateurs d’avoir recours à l’étude de l’ovologie dans les espèces animales. Mais , suivant trop servilement , pendant de longues années, les errements de Malpighi et d’yiquapendente, ils se sont bornés à poursuivre les recherches de ces deux grands hommes dans la classe des oiseaux. Or, comme, dans tous les cas, l’objet de ces recherches était un animal trop éloigné de l’espèce humaine, nu esprit positif et sévère pouvait, non sans quelque raison, récuser des résultats qui lui offraient eu apparence aussi peu de garantie; et c est à cela que souvent les opinions et les théories d’embryologistes, cependant consciencieux.et habiles , ont dû de n’étre peut-être pas estimées à leur juste valeur.

Mais, depuis les travaux de Purkinje, Coste, Warthon Jones, Valentin; depuis que l’identité de composition a été démontrée entre les mêmes parties de l’œuf chez les mammifères et chez l’oiseau, il a été possible d’admettre sans restriction l’emploi des analogies comme application à l’étude de l’embryologie humaine; et, dans Cette circonstance, l'étude de l’anatomie des animaux et un peu l’étude de l’anatomie comparative, a été d’un précieux secours, pour ne pas dire nécessaire, aux embryologistes. En effet, avant i83o, époque à laquelle Purkinje ( i) publia la découverte de la vésicule qui porte aujourd’hui son nom , la science n’avait pas un élément convenable au moyen duquel elle pût donner la démonstration de cette identité. Mais, dès que Purkinje eut reconnu que l’œuf des oiseaux contenait dans son vitellus une vésicule, la vésicule germinative , de laquelle doit plus tard se développer l’embryon . alors les embryologistes se trouvèrent en mesure de donner à la question une solution satisfaisante et depuis longtemps attendue. Or, l’identité de l’œuf des oiseaux et des mammifères ne pouvait passer pour démontrée qu’ autant qu’on trouverait dans l’œuf des mammifères la vésicule en question; et les résultats des recherches faites sur l’embryologie des oiseaux ne pouvaient devenir applicables à l’étude de l’embryologie humaine, qu’après qu’on aurait démontré l’existence delà vésicule de Purkinje dans l’œuf des [mammifères et dans l’œuf humain. L’honneur de cette découverte appartient tout entier à M. Coste, et après lui, à Warthon Jones. Hâtons-nous d’ajouter que

(1) Purkinje, Symbolœ ad ovi avium liistoriam ante incubationem. (Lips. 1830.)

Bernardt et Valentin ont confirmé en Allemagne la découverte de l’embryologiste français.

L’anatomie des animaux a donc été d’une immense utilité pour la recherche de la vésicule de Purkinje dans l’espèce humaine , pour la démonstration de l’identité de l’œuf humain avec celui des mammifères, des oiseaux; et enfin, depuis, pour la démonstration de l’identité complète et générale de composition de l’oeuf dans tous les vertébrés , les insectes et jusque dans la classe reculée des mollusques. Cette découverte a été tout aussitôt mise à profit, et à bon droit', par l’anatomie comparée pour confirmer . à l’aide de ce nouvel argument, l’enchaînement successif des diverses parties de la série animale.

L’identité de l’œuf humain avec celui des animaux étant établie par l’anatomie des animaux , les conclusions obtenues de l’étude d’une classe quelconque pouvaient être utiles à l’embryologie humaine , et il devenait possible de demander à l’étude du développement d’un mammifère quelconque des données sures, précises, applicables à l’étude du développement de l’espèce humaine. C’est ainsi que, se fondant et s’appuyant sur l’anatomie des animaux, on a été conduit à admettre dans l’ovule fécondé de l’espèce humaine les mêmes changements qu’on observe dans l’ovule fécondé des mammifères et des oiseaux ; changements qu’on peut résumer en citant la fragmentation du vitellus et Ja formation du blastoderme.

C est encore à 1 aide de l’anatomie des animaux qu’on a pu assigner une étiologie précise à la vésicule ombilicale, et donner une théorie exacte de la formation de l’amnios et de l’allantoïde. Alors seulement il a été pos-

sible de détruire les opinions erronées qui avaient cours dans la science relativement à la formation de l’amnios, opinions qui reposaient sur une observation incomplète de fœtus humain ; et il ne pouvait en être autrement. Beaucoup d’observateurs ont été, en effet, trompés par l’étude et l’examen de quelques œufs humains incomplets ou malades, et , par suite de cette erreur, ils ont été conduits à avancer que l’amnios, dans l’espèce humaine, se formait par une vésicule préexistante, vésicule dans laquelle s’enfoncait l’embryon , en s’en enveloppant comme d’un double bonnet. Cette assertion, avancée d’abord, puis abandonnée, par Pockels, a été soutenue en France par M. le professeur Serres. Comme l’anatomiste de Brunswick , le professeur du Muséum fut sans doute trompé par l’examen de fœtus malades ou mal conformés, et peu s’en fallut que l’autorité de son nom ne fût le sceau d’une erreur. Il est aujourd’hui démontré que dans les oiseaux, dans les mammifères, et par conséquent dans l’espèce humaine, l’amnios est une dépendance du blastoderme, qu’il se forme par un pincement de cette membrane , que ce pincement constitue un repli qui s’accroît peu à peu autour de l’embryon et l’enveloppe à la manière d’une corolle florale enveloppant l’ovaire qu’elle est appelée à protéger. Ajoutons que, plus tard, ce repli protecteur se soude dans un point déterminé. Bien de plus facile du reste que de suivre et devérifier Information de cette enveloppe. Nous avons toute raison de croire que le professeur du Muséum, fidèle à ses habitudes scientifiques, s’est rendu à la démonstration. Nous en trouverions du reste, au besoin, un indice, sinon une preuve, dans des recherches faites sous sa direction , et dont les

résultats , identiques avec ceux auxquels on était arrivé jusqu'alors, ont été rendus publics par une thèse soutenue devant la Faculté de Paris par M. le docteur Jacquard (i). La science , dans cette occasion , se trouvait en face d’une erreur qui menaçait de recevoir la consécration qui n’est due qu’à la seule vérité , et c’est encore l’anatomie des animaux et un peu l’anatomie comparée qu’il faut remercier d’en avoir fait justice.

Il est un autre point du développement de l’embryon humain dont l’anatomie des animaux a aussi éclairé l’étude: c’est la vésicule allantoïde. Cette vésicule, dont il est si facile de constater l’existence chez les oiseaux et chez les mammifères, a été longtemps considérée comme une partie propre et exclusive à l’œuf de ces animaux, et regardée en même temps comme étrangère à l’espèce humaine. On savait et on constatait que, dans l’œuf des mammifères et des oiseaux, à une époque donnée de la vie embryonnaire, il se formait à la partie inférieure de l’emUtyon une vésicule dépendant d’un prolongement de la partie rectale du canal intestinal. Cette vésicule , dont l’accroissement prend des proportions très grandes dans les embryons déjà formés, constitue un organe d’une importance majeure. Or, pour résoudre la question en litige, savoir, si le même organe, l’allantoïde, se rencontre dans les embryons humains, il était nécessaire de s’y préparer et de s’y exercer par des études préparatoires convenables de l’embryologie des animaux. On pouvait, à la vérité, admettre à priori la possibilité de son existence , vu l’identité reconnue des éléments constitutifs de l’œuf des oiseaux , des mammifères et de

(t) Thèses de Paris, 1845.

l’espèce humaine ; mais une démonstration à priori ne satisfait pas tous les esprits. Il devenait donc nécessaire, pour achever de convaincre, d’achever de démontrer, et l’on ne pouvait pour ainsi dire plus se dispenser de prouver que les organes qui se développent du blastoderme des oiseaux et des mammifères se développent également du blastoderme de l’espèce humaine. Il fallait, en un mot, une démonstration, chose difficile, vu le peu d’occasions offertes aux embryologistes d'examiner des embryons humains à un âge peu avancé et dans un état de conservation convenable. Tout observateur soigneux dut alors se préparer à cette étude, à cette démonstration, par un minutieux examen des différentes phases de développement de l’allantoïde dans les mammifères et dans les oiseaux. Il dut assister avec soin aux premières évolutions de cet organe, et s’attacher autant que possible à saisir les moindres phases, les moindres complications de son développement. Alors , mais alors seulement, préparé autant qu’on peut l’être à l’intelligence des phénomènes, à l’interprétation des faits , il fut suffisamment fondé à déterminer la signification des différentes parties qu’il observerait dans l’embryon humain.

Examinons donc , afin de faire parfaitement sentir et apprécier la justesse de ces faits et de leur interprétation ; examinons, disons-nous, ce que c’est que cette vésicule allantoïde, et quelles sont les conditions de sa formation et de son existence. Au moment oùlavésicule ombilicale se dessine nettement, alors que le feuillet externe du blastoderme se continue avec l’embryon et l’amnios, on voit, du côté de l’extrémité caudale de l’intestin. se produire un autre phénomène important, étu-

dié depuis assez longtemps chez les oiseaux et les mammifères, et depuis quelques années seulement dans l’espèce humaine : en avant du rectum et aux dépens même de la face abdominale de l’extrémité de cet intestin, se forme un cul-de-sac qui, se développant peu à peu, finit par constituer une vésicule qui, s’en séparant et s’en distinguant de mieux en mieux, a reçu le nom d’allantoïde. Cet organe , ayant pris un accroissement assez considérable, se vascularisé, et, par suite de son accroissement successif, enveloppe bientôt complètement l'œuf. A ce moment, il est aisé de constater que la surface est sillonnée par un riche réseau sanguin, constituant les nombreuses villosités qu’on observe à la surface de l’œuf, villosités dont le développement constituera bientôt le placenta. La vésicule allantoïdienne est, dans l’origine, une dépendance de la cavité intestinale; la partie inférieure de son pédicule va se développer et constituer la vessie urinaire, tandis que la partie supérieure se prolongera pour former une partie du cordon ombilical et le placenta.

Les ternies de la question étant ainsi bien connus et bien déterminés, l’interprétation des faits dans l’embryologie humaine devenait chose facile, et il n’était plus permis de méconnaître la nature et la position de ces différents organes, au point de confondre la vésicule ombilicale avec l'allantoïde, vcomme il estarrivé à certains observateurs peu préparés à ce genre d’études. L’honneur de la démonstration de la présence de l’allautoïde dans l’espèce humaine revient encore, et pleinement, à M. le professeur Coste. Cet embryologiste distingué reconnut, il y a dix ans, dans un embryon humain de quinze à dix-huit jours , et offrant une longueur de trois

millimètres, la présence des deux vésicules» L’iraevTallantoïde, se présentait à l’extrémité caudaiede l’embryon sous l'aspect d’une vésicule pyriforme, dont le pédicule creux communiquait avec la cavité rectale. Depuis M. Coste, deuxautres observateurs, Allen Thompson (i) et Wagner, ont aussi constaté dans les fœtus humains la présence des deux vésicules dont nous parlons : la vésicule allantoïde et la vésicule ombilicale.

On comprendra facilement qu’il eût été difficile, sinon impossible , de donner l’interprétation d’un fait de ce genre, si, par avance, l’anatomie des animaux n’avait pas fourni les éléments de lai démonstration».

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