‹ Du degré d'utilité de l'anatomie comparée dans l'étude de l'anatomie humaineChapitre 5 sur 11 · SECTION U · texte numérisé non relu

SECTION U

Structure.

La connaissance de la structure intime des organes de l’homme est sans contredit une des parties les plus utiles et les plus intéressantes de l’anatomie , celle dont on s’occupe le moins, et dont futilité est en général méconnue. Cette branche de la science de l'homme, en raison même des objets de son étude, est celle qui emprunte le plus de faits et le plus fréquemment à l’anatomie des animaux. Chargée, en effet, à chaque instant de donner la solution de problèmes physiologiques , appelée souvent à aider le pathologiste qui veut connaître les

(t) Allen Thompson, Edinb. med. and surgicul Journal, n° 140,

altérations subies par les organes dans un état morbide donné , elle doit s’armer de tous les moyens quelle peut mettre en œuvre pour arriver à pénétrer l’arrangement intime des tissus dont les organes sont composés. Pour arriver à ces fins, l’étude de l’anatomie des animaux lui est souvent nécessaire; en effet, les animaux, outre qu’ils offrent toujours à l’observateur des organes à étudier placés dans des conditions normales, avantage immense dans l’étude de l’anatomie, présentent encore quelquefois une organisation moins compliquée, une texture plus simple , plus facile à pénétrer. Les tissus de* animaux, en effet, n’étant jamais altérés ni décomposés par les maladies ou la mort, il est alors beaucoup plus facile à l’anatomiste de suivre et de connaître parfaitement la richesse, la disposition et la terminaison du système capillaire, de remplir artificiellement les extrémités vasculaires, et de bien voir, par ces moyens , les dispositions si curieuses, si intéressantes des capillaires sanguins. Il peut alors facilement aller chercher au milieu des organes et des membranes absorbantes et exhalantes l’explication des phénomènes inflammatoires dont ces tissus sont le siège. Cette partie de l’anatomie a été étudiée jadis avec beaucoup de succès par Malpighi , Ruysch, Albinus, Bleu'and, et de nos jours par Muller, Berres, Burgræve, Hyrlt, Doeilinger, etc.

Dans toutes leurs recherches, ces anatomistes n’ont jamais négligé d’employer comparativement et en regard l’étude de l’organisme humain et de l’organisme des animaux; et en cela, nous en avons la pleine conviction , ils ont agi judicieusement. Cette étude des animaux a souvent fourni des éléments de première importance , et plus d’une fois les anatomistes lui ont du d’avoir été

mis sur la voie d’observations curieuses. Quelques exemples, nous l’espérons, lèveront tous les doutes à ce sujet.

Système nerveux.

Certaines parties, on le sait, s'altèrent facilement après la mort, et parmi ces parties facilement décomposables, on peut citer les éléments du système nerveux. Eh bien , l'anatomiste qui veut acquérir une notion exacte, infaillible, des éléments composants de ce système, n'y parviendra pas, s’il n’a préalablement recours à l’étude de l'anatomie des animaux. f,a rétine, par exemple, membrane essentiellement nerveuse, transparente, blanchit et s’altère facilement après la mort. Qu’on l’examine, au contraire, en s’aidant, bien entendu, de l’emploi du microscope , chez un animal sain, immédiatement après la mort, et l’on y reconnaîtra indubitablement des particularités curieuses de texture, dont le rôle est encore ignoré. Nous voulons parler de ce qu’on appelle les bâtonnets. Dans ce cas, la surface interne de la rétine présente une disposition curieuse , une véritable apparence papillaire. Au contraire, l’étude de cette membrane chez l’homme ne présente, par suite de l’altération qu’elle a subie , que des éléments incomplets ; et , au lieu de cette surface papillaire, l’anatomiste étonné ne trouve plus à étudier qu’une masse pulpeuse, granuleuse, informe , et n’offrant rien de fixe.

11 en est de même de ce qui regarde les éléments constitutifs des cordons nerveux et des centres nerveux. Ces organes sont composés de tubes, fibres primitives,

dans lesquelles se trouve une substance transparente , axis cylinder de Purkinje et Bosenthal. Cette substance transparente est limitée, entourée d’une couche huileuse, substance blanche de Schwan. Cn examen attentif des parties presque vivantes est indispensable à tout observateur qui veut voir ces organes dans une intégrité parfaite. Or, chez l'homme, cet examen est difficile, et, dans ce cas, comme dans les autres déjà cités, l’anatomiste qui se bornerait à l anatomie de l’homme s’exposerait à commettre de nombreuses erreurs.

On peut en dire autant de l'étude des fibres du système nerveux central. On sait avec quelle rapidité ces parties s’altèrent, se ramollissent, se décomposent à l’état sain; et, dans des circonstances pathologiques , la destruction est encore plus complète. Ainsi nulle espérance de pouvoir les étudier dans l’espèce humaine. Comment, en effet , connaître les corpuscules grisâtres et ramifiés, ces fibres fines, nerveuses, qui s’altèrent sous l’œil même de l’observateur? A quel résultat arrivera-t-il, en pareil cas, si l’anatomie des animaux ne vient lui apporter un utile, un indispensable secours?

Le physiologiste , lorsqu'il veut connaître le mode de terminaison , ou, si l’on veut , d origine , du système nerveux dans les organes des sens, afin d’établir quelques données utiles dans l’étude des fonctions , est nécessairement forcé d’étudier ces extrémités nerveuses dans des organes d’animaux. Comment, en effet , constater dans le limaçon de l’espèce humaine, trente ou trente-six heures après la mort, la présence de cesanses nerveuses du nerf acoustique formées de fibres primitives , et dont la constatation est déjà fort difficile chez les animaux sains et immédiatement après la mort?

L’anatomie des animaux est donc encore dans ce cas d’un puissant concours à l’anatomie humaine ; car, sans elle, l’anatomiste serait condamné à rester éternellement ignorant de l’existence de parties essentiellement utiles et curieuses, et, ce qui est plus fâcheux encore , il s’exposerait à introduire dans la science des erreurs grossières et des opinions des plus eironees. Il est vrai que , dans ce dernier cas, l’anatomie des animaux est beaucoup plus utile à la physiologie qu’à l’anatomie de l’homme proprement dite ; mais séparer ces deux sciences, au moins dans ce qui regarde 1 anatomie générale, serait tomber, selon nous du moins, dans une grossière méprise.

Un dernier exemple, tiré encore du système nerveux, achèvera de démontrer notre assertion. L’anatomiste, s’il veut connaître la distribution des capillaires artériels et veineux dans la substance grise du cerveau et <le la moelle épinière, demandera-t-il à des organes si Facilement et si rapidement décomposables des renseignements qu’ils ne sauraient lui donner, ou, mieux inspiré, aura-t-il recours à l’anatomie des animaux? Qui en douterait, à voir la facilité avec laquelle il injectera ces riches réseaux composés de capillaires fins et serrés, se détachant presque perpendiculairement de la pie-mère à la surface de l’organe dans lequel ils se distribuent? C’est alors seulement que, connaissant leur disposition, leur richesse , leur distribution, il pourra éclairer d’une vive lumière l’étude de certains faits d anatomie pathologique.

Appareil respiratoire.

Ce que je viens de dire sur Futilité de l'anatomie des animaux dans l’étude de l’anatomie du système nerveux se rapporte également à l’étude de l’anatomie des autres organes. L’anatomie des animaux est , il est vrai, utile, en ce qu’elle nous offre des éléments qu’on ne saurait trouver ailleurs, et des organes à étudier dans un état de simplicité toujours plus grande que chez l’homme; mais il faut autant que possible connaître la valeur de ces éléments, et surtout se garder avec soin de les employer jamais sans restriction. Je citerai en faveur de cette assertion l’anatomie du poumon.

Cet organe, si intéressant au point de vue pathologique, a été l’objet de recherches d’anatomistes dont la science conservera longtemps encore les noms illustres, Malpighi, Sœmmerring, Resseisen.Dans ces recherches, l’anatomie du poumon a été puissamment aidée par l’anatomie des animaux; mais hâtons-nous d’ajouter que cet élément auxiliaire, mal entendu et employé aveuglément, a donné lieu à beaucoup d’erreurs. Un des points les plus importants de l’histoire anatomique du poumon est la connaissance du mode de distribution et de terrni naison de l’arbre aérien , connaissance doublement intéressante pour le physiologiste et pour le pathologiste. Quelques anatomistes, ayant examiné le mode de disposition des cellules pulmonaires dans les animaux de la classe des reptiles , ont conclu à une disposition identique des cellules pulmonaires de l’espèce humaine.

Or, rien n’est moins prouvé que cette identité , et, il y a mieux, c’est que l’animal même dont on s’était servi , la grenouille, était un exemple frappant du vice du procédé. En effet , les anatomistes n’ignorent pas que les poumons d’une grenouille, d’un pithon, d’un crocodile, d’une tortue, présentent une disposition de cellules qui n’est pas identiquement la même pour tous ; et si, au lieu de prendre comme sujet d’expérience un reptile amphibien, on s’étaii contenté de choisir pour exemple un animal mammifère beaucoup plus rapproché de 1 homme, on aurait constaté une disposition parfaitement identique avec celle du poumon de l’espèce humaine, c’est-à-dire une division continue des bronches et une terminaisonen cul-de-sac, disposition anatomique bien décrite par Resseisen, dont les travaux modernes ont pleinement confirmé l’opinion. Si l'on voulait, du reste , appuyer cette conclusion par de nouvelles preuves , l’examen du poumon des fœtus des mammifères, fœtus qu’on peut se procurer facilement et à toutes les époques du développement , viendrait encore à l’appui des idées de Resseisen. L’étude des organes respiratoires des animaux est encore utile et même nécessaire à l’anatomiste pour connaître la vascularité de la membrane muqueuse des parties terminales des bronches. Ajoutons que. dans l’espèce humaine, les injections réussissent moins bien que chez les animaux; et d’ailleurs , en se servant de poumons d’animaux , on a le précieux avantage de voir dans l’état sain les bronches et leur terminaison.

L’examen du poumon dans les animaux servira à confirmer quelques points importants et utiles d’anatomie. Ainsi l’existence des fibres élastiques dans les ex-

trémités bronchiques, la capsule fibreuse et élastique par laquelle est entouré le poumon, la continuité de cette capsule avec une partie des plans fibreux du péricarde et avec les centres diaphragmatiques dans l’espèce humaine, sont autant de points dont le physiologiste pourra faire application à la pathologie pour la théorie de la dilatation des bronches, et pour l’explication de la résistance quelles opposent à des efforts violents.

Système glandulaire.

[.'étude de la structure du système glandulaire dans l’espèce humaine doit également à l'étude du même système dans les animaux un grand nombre de faits qui ont puissamment aidé la conception et la connaissance .de l'anatomie de ces organes. Quelques unes des glandes de l’homme sont formées d’un parenchyme solide au milieu duquel se distribuent ou plutôt prennent naissance les canaux excréteurs. Ce parenchyme glandulaire est, dans quelques glandes, presque complètement formé par des capillaires veineux et artériels très nombreux, offrant des dispositions particulières à chacune d’elles. Or, l’anatomie des animaux, en faisant mieux voir ces détails; en conduisant l’anatomiste à travers ces modifications de l’organe glandulaire ; en plaçant sous ses yeux , à côté d’organes très complexes, les mêmes organes réduits à la composition la plus simple ; en faisant passer devant lui tant de détails si curieux d’organisation , l’aide beaucoup dans ses recherches , et lui prodigue les moyens d’arriver à une connaissance complète du système glandulaire. Mais nous ne devons

pas négliger de dire que, dans ce cas, l’anatomie comparée peut aussi lui être utile , en lui donnant une conception générale du type glandulaire, type dont il voit les modifications se réaliser sous ses yeux dans les diverses glandes de l’économie humaine.

Parmi les glandes du corps humain , il en est quelques unes dont les canaux excréteurs , dont les capillaires sanguins, quant à leur nature et à leur nombre , sont parfaitement connus des anatomistes ; mais il en est d’autres dont les anatomistes sont loin de posséder une connaissance aussi intime.

Aux premières se rattachent surtout les glandes salivaires , les glandes cutanées, dans lesquelles nous comprenons les glandes mammaires; les secondes sont le foie , le rein , le testicule. Voyons quelle utilité on peut retirer de l’étude de ces organes dans les animaux pour l’étude des mêmes parties dans l’espèce humaine.

Une glande offre à étudier ses canaux excréteurs, ses vaisseaux , sa capsule et ses nerfs. Pour avoir une connaissance complète de la terminaison des conduits glandulaires , l’anatomiste est obligé d’avoir recours à des moyens artificiels, les injections. Mais, en supposant ce moyen couronne d un plein succès, il îeste encore un obstacle à surmonter : nous voulons parler du volume de la glande. L’injection des canaux glandulaires est difficile; il est même certains de ces canaux quil n’est pas toujours permis à l’injection de remplir complètement : ce sont les canaux excréteurs du foie. Mais l'anatomiste trouvera encore ici un puissant concours dans l’étude de l’anatomie des animaux: le foie des mollusques , des crustacés, des insectes , va lui montrer dans tout son jour la formule du type glandulaire , un

canal présentant un volume defini et se terminant par un cæcum le plus souvent simple , quelquefois ramifié. Disons en passant que l’existence et la permanence de ce type glandulaire a été , pour la première fois , bien établi par Malpighi dans sa Lettre à la Société de Londres (i). Il est bon néanmoins de ne pas tirer une conclusion trop hâtive de cette étude , conclusion qui jetterait indubitablement l’anatomiste dans des erreurs, et, pour éviter cet écueil , il devra tenir compte de la position sériale de l'animal, et surtout avoir égard à la fonction en elle-même ; car il est logique de conclure de la simplicité de l’organe à la simplicité de la fonction, et réciproquement de la complication de la fonction à une complication dans la structure de l’organe. L’observateur trouvera encore, dans l’examen attentif de la fonction, la raison et l’explication des résultats contradictoires auxquels sont arrivés Millier, Weber, Khrononberg, Bowman, Kiernau et Kraüse. Ce dernier considère les canaux comme des extrémités cœcales; pour les autres, au contraire, les extrémités sent constituées par un réseau plexiforme, comme si les canaux devaient s’ouvrir dans un espace cellulaire.

Il nous est donc permis de dire que ce point d’anatomie a encore besoin d’être confirmé par de nouvelles recherches faites dans les animaux , et qu’il est indispensable de tenir compte delà nature de la fonction , comme moyen de mieux comprendre les modifications de ces parties terminales. Le? recherches de Purkinje , faites chez les animaux , sur la structure intime des glandes,

(1) Malpighi, De nlandulnrum conglobatarum similiumque partium. 5 689.

et celles de Goodsir(i)sur le mécanisme des sécrétions, pourront être d’une grande utilité. Du reste, l’objet de ces recherches, la terminaison des canaux glandulaires , n'est pas aussi frivole qu’on le croit quelquefois. Elle a trait à l’explication de quelques faits d’anatomie pathologique : ainsi Bowman (a) a démontré que, dans l’état graisseux du foie, les canaux glandulaires seuls étaient infiltrés de matière graisseuse. Le professeur Van-der- Kolk, d’Utrecht, a également démontréque les hydatides du foie prennent toujours naissance à l’extrémité des canaux, et sont toujours contenues dans leur intérieur.

Ü en est des vaisseaux sanguins comme des canaux sécréteurs. L’anatomiste, en effet, veut-il connaître leur distribution et leur richesse? Il trouvera encore, chez les animaux, des vaisseaux sanguins très faciles à injecter; et, en raison du petit volume du foie, rien dès lors ne lui sera plus facile que de démontrer la structure de cet organe. Les recherches de Bowman nous ont fait connaître que les capillaires du foie formaient un plexus très serré, très riche en vaisseaux, communiquant tous entre eux dans toute l étendue du foie, sans être séparés en lobules, et formant une véritable masse vasculaire. Nous nous plaisons à rendre hommage, en même temps, à l’habileté anatomique de M. Bowman, et à la bienveillante complaisance avec laquelle il accueille les anatomistes empressés de satisfaire leur esprit et de récréer leurs yeux par l’examen de ses belles préparations.

Ce que nous venons de dire du foie peut se dire avec non moins de raison du rein. Cette glande offre, en effet,

(1) Goodsir, Trans. royal Society. Edin. , 1842. Anat. and. pathol. observ. 1845.

(2) Obs. on the minute anatomy of fatty degeneration of the liver.

des dispositions , des particularités de texture importantes au point de vue pathologique. Ces canaux excréteurs se terminent d’une façon toute particulière, et les plexus vasculaires présentent des détails de structure qu’on ne saurait négliger.

Malpighi, étudiant le rein, découvrit dans la substance corticale de l’organe des corpuscules arrondis qu'il considérait comme l’origine des canaux excréteurs. Ces corpuscules, faciles à voir et à examiner , sont formés par une disposition particulière de vaisseaux capillaires provenant de la division multipliée d’une des branches artérielles , et formant comme des plexus isolés au milieu du lacis vasculaire de la substance. Une disposition identique existe dans le tronc veineux , et l’extrémité artérielle, S'anastomosant avec l’extrémité veineuse, constitue une espèce de ganglion vasculaire, dont l’artère forme le vaisseau afférent, et la veine le vaisseau efférent. On pourrait comparer ce petit plexus aux ombellules d’un ombellifère. L’artère vient des artères rénales; la veine, au lieu de se rendre dans la veine émulgente, constitue un système veineux à part décrit par Bowman sous le nom de veine porte rénale(i). II est facile de voir ces détails anatomiques dans les reins injectés du cheval, des reptiles, des oiseaux et de l’espèce humaine. Mais il est indispensable d’obtenir des injections heureuses pour voir ces détails curieux et délicats : or, en raison de l’état toujours sain des pièces anatomiques fournies par les animaux, et aussi en raison de la texture des reins , un peu plus simple chez les animaux que chez l’homme, on trouve chez les mammifères,

(t) Philosophical transactions. 1845.

chez les oiseaux et chez les reptiles, une excellente occasion de voir et de comprendre parfaitement ces détails aussi curieux qu’intéressants.

Les canaux excréteurs des reins offrent aussi une disposition très importante à connaître. Malpighi les faisait naître des corpuscules qu’il a découverts; Muller (i), au contraire , affirme que les canaux excréteurs sont parfaitement indépendants des corpuscules de Malpighi. Or, les belles recherches de M. Bowman semblent donner en partie gain de cause à Malpighi. Nous avons vu, quant à nous, à Londres même, sur les belles préparations de cet anatomiste, l’extrémité du conduit urinifère, réduit à la partie essentielle de la membrane constituante, s’élargir et envelopper la houppe vasculaire à la manière d’un capuchon. Il résulte de cette disposition , de ce contact du canal et des vaisseaux, que le fluide injecté s’épanche facilement dans le conduit. Ceci explique et permet de comprendre comment les congestions de ces parties déterminent et doivent déterminer des modifications dans les sécrétions. Déjà, du reste, les pathologistes ont mis à profit la connaissance de ces faits de structure, et des recherches faites sur des reins malades ont montré que dans la maladie de Bright, les conduits urinifères sont remplis par des globules graisseux (2). Est il besoin d’ajouter que si l’anatomiste veut connaître la distribution terminale des filets nerveux dans le tissu glandulaire, il est obligé de recourir à l’étude des glandes des animaux?

(1) Muller, De structura glandularum.

(2) Johnston , Lnnd. medic. Gazette. Nov. 1845.

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Thymus.

Il est un autre organe dont les usages et la texture sont généralement fort peu connus : c’est le thymus. Des opinions diverses et souvent bizarres ont été avancées sur sa structure et ses fonctions, et il emprunte aussi à l’anatomie des animaux des éléments très propres à éclairer la science. Plusieurs anatomistes l’ont considéré comme un apanage exclusif de la vie intra-utérine ctont avancé des assertions tendant à faire croire qu’il disparaît et s’atrophie immédiatement après la naissance. Cet organe, formé de nombreux lobules, et enveloppé par un tissu cellulaire abondant, reçoit un grand nombre de vaisseaux capillaires ; placé à la partie supérieure du péricarde, il s’étend par des prolongements jusqu’au corps thyroïde, dont il est tout-à-fait indépendant; enfin il est facile de le séparer des organes sur lesquels il repose, sans lui trouver aucune communication avec la trachée-artère. L’anatomie des animaux démontre sa présence chez tous les vertébrés à respiration pulmonaire, et, dans chaque groupe, il offre des variétés sous le rapport du volume et des formes.

Il est composé de deux parties : une inférieure, reposant sur le péricarde; l’autre, comme appendiculaire, se prolongeant sur la partie latérale de la trachée-artère et s’étendant jusqu’au larynx. On observe cette disposition chez les singes, les carnassiers et les rongeurs. Dans cette dernière classe , le thymus affecte des modifications particulières, et, par exemple, chez les marmottes,

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il se présente sous la forme de masses graisseuses considérables. Parmi les ruminants, chez le veau par exemple, il se prolonge jusqu’aux angles des mâchoires; chez les oiseaux et chez les reptiles, on le voit s’étendre sur les parties latérales de la trachée-artère. Or , d’après des recherches faites avec beaucoup de soin dans les animaux, Simon ( i ) a démontré que cet organe se développe par une série de cellules dont la réunion doit former un tube indépendant de la muqueuse respiratoire, opinion contraire à celle avancée par Arnold. Si on l’observe à une époque plus avancée de son développement, on voit que le tube dont nous parlons se renfle sur les côtés pour former des bourgeonnements, des appendices cœcaux. Ces appendices se renflent à leur tour et déterminent ainsi des masses latérales attachées au tube primitif comme à une espèce d’axe. L’organe , ainsi développé et complet, offre une cavité centrale qu’Astley Cooper a parfaitement mise en évidence dans des pièces préparées et déposées par lui au musée huntérien de Londres ; il continue néanmoins encore à se développer pendant quelques mois après la naissance, reste ensuite stationnaire quant au volume, mais non sans des modifications ou même des transformations dans sa texture , jusqu’à l’âge de neuf ou dix ans. Quoi qu il en soit, arrivé au plus haut point de son développement, le thymus est formé de cellules nombreuses communiquant entre elles et avec la cavité centrale, dont une membrane fine tapisse la surface interne. Les aréoles sont réunies entre elles au moyen de tissu cellulaire et de fibres élastiques. La cavité centrale est remplie de cellules quelquefois énucléées. Enfin, l’organe reçoit une grande quan- (1) Physiological cssay 01 1 thymus gland. 1845.

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tité de capillaires veineux et artériels qui se distribuent dans toutes les granulations.

Nous ne devons point nous attacher ici à la recherche des fonctions encore problématiques de cet organe ; il nous suffira d’insister sur le degré d’utilité que peut emprunter l’étude du thymus dans l’espèce humaine à l’étude du même organe dans les animaux. Nous nous hâtons de dire que la présence de la cavité centrale , démontrée par l'anatomie des animaux, est un point important et qu'il ne faut pas négliger, car il est possible , nous le croyons, d’en tirer quelques applications. Cette cavité, en effet, peut augmenter de capacité en même temps que l’organe augmente de volume , et donnerlieu à la formation de kystes, de tumeurs , d’épanchements sanguins, dont le diagnostic peut donner quelque embarras au chirurgien.

Membrane caduque.

On admet généralement aujourd’hui que la caduque utérine de l’espèce humaine, au lieu d’étre le résultat d’une exsudation de l’utérus, une pseudo- membrane , comme on l’a voulu et comme le veulent encore quelques auteurs , est, au contreire, une dépendance de l'utérus , n’est autre chose enfin que la membrane qui tapisse sa surface interne; membrane qui, après avoir subi une sorte d’hypertrophie comme le reste de l organe dont elle fait partie , tend de plus en plus à s’en isoler. Cette opinion , si contraire à tout ce qu’on avait imaginé pour expliquer et comprendre la formation de

la caduque utérine , a pris source , on ue saurait le nier, dans les applications de l'anatomie des animaux. C’est évidemment l’étude préalable de l’utérus des animaux qui, ici comme dans beaucoup d’autres cas, a conduit les anatomistes à démontrer, par des faits d’un authenticité incontestable, que la caduque utérine de f espèce humaine est le résultat de l ex foliation de la muqueuse de t utérus.

Lorsqu’on eut constaté que l’utérus des animaux, du chien par exemple , de la brebis , du lapin, eic. , était tapissé à sa face interne par une membrane de nature muqueuse; que cette membrane, presque exclusivement composée de glanduleset de vaisseaux, subissait une sorte d'hypertrophie pendant la gestation; qu’elle était criblée de periuis étroits conduisant dans des espèces de culs-de-sac où viennent s’ouvrir les glandules; que ces pertuis avaient de la tendance à s’agrandir par le fait du développement, recevaient les villosités choriales et favorisaient les insertions placentaires ; mais , et surtout , lorsque les anatomistes eurent remarqué que cette membrane ainsi organisée, après avoir subi certains phénomènes de développement, s’isolait au moment de la parturition de la couche musculaire sur laquelle elle repose; doit - on s’étonner qu’alors ces mêmes anatomistes se soient demandé d’abord si la matrice de la femme, destinée à remplir les mêmes fonctions que celle des mammifères, non seulement pouvait avoir une organisation différente , mais même si cette membrane particulière qui, dans l’œuf humain , a reçu le nom de caduque utérine, pouvait avoir chez les animaux d’autres analogues, d’autres correspondants que la caduque utérine elle-même.

Voici quels sont les résultats auxquels des recherches soigneusement faites sur des utérus à l’état de vacuité, à l’état de gestation, et après l’accouchement, ont con» duit M. Coste.

A l’état de vacuité , l’utérus de la femme est tapissé à l’intérieur d’une membrane qui a tous les caractères d’une vraie muqueuse. Son épaisseur varie de 2 à 5 millimètres et paraît augmenter à l’époque des règles. Cette membrane, comme dans les mammifères, est presque uniquement composée de glandules placées côte à côte, disposées assez souvent en spirale, ayant leur base du côté de la couche musculaire et leur sommet du côté de la surface interne de l’utérus, glandules parcourues par un canal bien évident , et assez généralement accompagnées d’un vaisseau qui vient s’épanouir à la surface , et y7 former par anastomose un réseau vasculaire très délié; enfin la face libre ou interne de cette membrane présente une infinité de permis qui conduisent à des petits culs-de-sac dans lesquels viennent s’ouvrir et faire saillie les glandules dont il a été question.

A l’état de gestation, toutes ces parties, loin de disparaître, prennent au contraire de l’accroissement, ainsi que cela a lieu chez les mammifères; des sinus se forment dans l’épaisseur de la membrane muqueuse et surtout à la base des glandules qui la constituent en partie; celles-ci deviennent plus longues et acquièrent un diamètre plus grand; mais elles perdent cette disposition régulière que nous venons de leur reconnaître dans l’état de vacuité. Le réseau vasculaire superficiel suit cette sorte de développement, s’exagère; de grands sinus en communication avec d’autres sinus plus pro-

fonds se montrent, et cela principalement dans les pourtours du placenta; enfin, les relations de la portion musculaire avec la couche muqueuse deviennent de moins en moins étroites, et il suffit alors du moindre effort pour isoler l’une de l’autre.

Après l’expulsion du fœtus, à la suite d’un accouchement normal ou d’un avortement , l’utérus n’offre plus aucune trace de membrane muqueuse , et la portion musculaire de cet organe se trouve complètement à nu. On peut, pour ainsi dire, assister à la reconstitution de la membrane muqueuse; on peut voir se former les glandules , les culs-de-sac , le réseau vasculaire superficiel, en examinant des utérus depuis le vingtième jusqu’au quarantième jour après l’expulsion du fœtus.

Tous ces faits , à la recherche desquels on a été en quelque sorte entraîné par l’anatomie des animaux , puisque la connaissance acquise de l’organisation de l’utérus des animaux sollicitait pour l’espèce humaine de nouvelles recherches sur ce point, ont conduit à cette conséquence, que non seulement la matrice de la femme est pourvue d’une muqueuse parfaitement ana logue à la muqueuse que présente l’utérus des femelles des mammifères . mais aussi que cette muqueuse , partie intégrante d’un organe important, s’en détache pour former , sous le nom de cadin/ue utérine, une enveloppe de protection à 1 œuf.

Pour rendre ce fait plus éclatant , il a suffi à l’observation de démontrer que la caduque utérine, telle que tous les anatomistes la connaissent, telle nue les avortements ou l’accouchement naturel nous la présentent , n’a pas une organisation différente de celle de la muqueuse étudiée sur des utérus à l’état de vacuité et dans

les premiers mois de la gestation. On retrouve, en effet, dans !a caduque de l’espèce humaine , les glandes , les sinus , les réseaux vasculaires ; en un mot , toutes les particularités dont il a été question ; seulement on les retrouve avec les modifications que le développement a dû nécessairement leur faire subir.

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