‹ Du délire aiguChapitre 2 sur 8 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

flippocrate semble avoir le premier distingué de la vésanie simple le délire des maladies aiguës. On en trouve l'indication dans ce passage instructif de Galien (1) : a Hippocrate, écrit-il, semble appeler 9pevtTiç un délire (wapa^vYi) dans une fièvre aiguë. Il dit continu, car le délire arrive quelquefois dans la période d'état des fièvres violentes, mais disparaît dans la période de déclin. On dit qu'un homme est pris de manie (fiaiveaôai) quand il a du délire sans fièvre, mais qu'il a la cppevenç quand il a de la fièvre; quand le délire n'arrive que dans la période d'état on se sert d'autres termes. Mais pour qu'on se serve du mot (ppevwiç, il faut deux conditions, la fièvre et la continuité du délire. »

GœliusAurelianus(2),ledernieretleplus complet des psychiatres antiques, donne de la phrénésie une définition d'après laquelle il paraît, lui aussi, avoir entrevu la différence qui sépare le délire aigu des autres formes mentales. « La phrénésie, dit-il, est une altération de l'esprit avec fièvre aiguë, pouls petit et fréquent, carphologie et crodicisme. Voici, du reste, comment se

(1) Comm. ï, inProrrh (voir Œuvres choisies d'Hippocrate, pir Daremberg, p. 462.

(2) Caelius Aurelianus. — Des maladies, livre I, § 30.

trouve expliquée, dans le livre premier des Maladies, l'origine de cette affection si commune dans la Grèce ': « La phrénilis se comporte ainsi :1e sang- dans l'homme apporte la plus grande part de l'intelligence ; quelquesuns même disent qu'il l'apporte tout entière. Quand donc la bile, mise en mouvement, a pénétré dans les veines et dans le sang, elle ôte à ce liquide, en le déplaçant et en le changeant en sérum, son mouvement et sa constitution habituelle, et elle l'échauffé. Echauffé, il échauffe à son tour le corps tout entier; dès lors le patient délire et est hors de lui, vu la force de la fièvre et le changement qu'a subi le sang par sa modification séreuse et dans son mouvement. Les malades atteints, de phrénitis ressemblent surtout aux individus en proie à la folie atrabilaire. En effet, c'est quand le sang est gâté par la bile et le phlegme que les mélancoliques sont pris de leur mal et qu'ils délirent; quelques-uns même ont le transport. Il en est de même dans la phrénitis. Au reste, le transport et le délire sont moindres en proportion que la bile est plus ou moins faible. »

Pitsschaft et Simon jeune, de Hambourg, ont remarqué : Je premier, que la phrénésie pouvait s'associer à divers états fébriles, le second que la plupart des anciens avaient désigné du nom de phrénitis ce que nous appelons encéphalite, avec cette différence qu'ils voyaient souvent dans cette affection une irritation sympathique.

Le délire aigu a été également pressenti par Willis (1)

(1) Willis. 'Opéra medica de delirio et phrenitide, Cap. X, t. I, p. 2-27,

etFodéré : le premier de ces auteurs fait dépendre la phrénésie de l'irritation des nerfs, et ne considère l'injection des méninges que comme une simple coïncidence. Il cite à ce sujet l'observation fort remarquable d'une servante robuste en proie à un délire furieux, et qu'on avait été dans la nécessité d'attacher.

Les saignées, les évacuants, les émulsions, les hypnotiques, les boissons froides ayant été employés pendant huit jours, Willis ordonna qu'on l'enlevât pendant la nuit, qu'on la mît sur une barque et qu'après l'avoir dépouillée de ses vêtements et débarrassée de ses liens elle fût plongée dans la rivière, en prenant la précaution de lui passer un lien autour du corps pour l'empêcher de se noyer. Ce moyen fut inutile, car la jeune fille nageait d'elle-même. Au bout de quinze à vingt minutes elle sortit de l'eau saine d'esprit; on la coucha, elle dormit, transpira abondamment et guérit radicalement sans aucun autre remède.

Fodéré (1) admet deux espèces de phrénésie : la symptomatique et l'exquisite. La première accompagne Un grand nombre de maladies. Frédéric Hoffmann (2) remarque qu'elle est fréquente en Pologne à cause de la plique. La phrénésie exquisite est très rare dans les climats tempérés.

Un peu plus tard Stoll appelait la phrénésie une fièvre aiguë avec délire qui tue au troisième, au quatrième jour sans jamais dépasser le septième.

(1) Fodéré. Traité du délire. Paris, 1817, t. II, p. 406.

(2) Brierrede Boismont. Loc, cit., p. 96.

Georg-et (1) donne une description plus étendue de la maladie. Il reconnaît au délireaig-u trois sortes de causes : 1° les affections graves du cerveau ; 2° les maladies des autres org-anes ; 3° l'action de certaines substances sur l'estomac.

Pour cet auteur « le délire aigu, ou l'affection des fonctions intellectuelles qui le constitue, n'est ordinairement qu'un symptôme d'une maladie plus grave d'un org>ane de l'économie ou du cerveau lui-même, symptôme qui sert plutôt à établir le pronostic qu'à indiquer l'administration du remède. »

Esquirol (2) parle de certains maniaques qui meurent par l'épuisement nerveux résultant de l'excès de leur excitation et de l'exaltation de leur délire. Il est hors de doute qu'il s'ag"it du délire aig'u.

En 1829, un auteur anglais, Abercrombie (3) indiquait plus exactement Ja nature de l'affection, bien qu'il ne lui donnât pas le nom généralement admis aujourd'hui. 11 n'est cependant pas douteux qu'il songeait au délire aig'u dans le chapitre des inflammations de la pie-mère et de l'arachnoïde intitulé : « Une dangereuse variété de maladie où l'on observe seulement un degré plus élevé de vascularité. » Les observations de malades et les symptômes qu'il rapporte nous autorisent à penser que ce clairvoyant auteur entendait parler du délire aig'u dans cette maladie « au plus haut point traîtresse

(1) Georget. De la folie, p. 223. Paris, 1820.

(2) Esquirol. Des maladies mentales. Paris, 1838.

(3) Abercrombie. Des maladies de l'encéphale, 1825, p. 84. Traduct. française par Geudrin.

et dangereuse, qui souvent amène la mort d'une façon rapide et inattendue. » En dehors d'une extrême richesse vasculaire de la pie-mère, Abercombie a trouvé fréquemment, à l'autopsie de ses malades, un léger épanohement entre cette membrane et l'arachnoïde, et, dans le cerveau même, de nombreux points rouges. Dans deux cas, la dissection du cadavre ne fît reconnaître aucune lésion qui pût expliquer les accidents d'une façon satisfaisante.

Le même auteur, dans son traité des « Inflammations du cerveau », constate avec étonnement une sorte de méningite qui, malgré son intensité, ne .lui permet pas de traitement actif, dans laquelle la saignée générale est mal supportée, et souvent même exaspère les symptômes. Ce point particulier n'a rien qui doive nous étonner, et nous verrons plus tard qu'au contraire, dans l'état d'affaiblissement extrême où se trouvent les malades malgré leur excitation, la saignée est absolument contre-indiquée parce qu'elle épuise encore davantage le sujet. « Ceux, dit Abercrombie, qui ont écrit sur les maladies du cerveau, me paraissent ne pas avoir assez fixé leur attention sur une forme insidieuse de la méningite, qui met le malade dans le plus grand danger. Lorsqu'elle revêt cette forme, la méningite est facilement prise pour une manie On ne reconnaît quelquefois cette dangereuse affection que lorsqu'elle est devenue rapidement et inopinément fatale.... Elle commence quelquefois par une dépression des fonctions vitales, laquelle disparaît subitement après une courte durée pour faire place à un état de gaieté extraordinaire

— loque suit bientôt l'excitation maniaque Elle devient

fatale par l'extinction subite de la vie au plus haut degré d'hypersti initiation. »

Maison peut dire que cette affection, donton ne trouvait jusque-là que des indications rudimentaires, a été signa-lée expressément pour la première fois parCalmeil (1), chez les individus prédisposés à l'aliénation mentale par les influences héréditaires. Elle amène la mort raJ pide d'un certain nombre de sujetsdontl'état maladif lui paraît g-énéral et bien difficile à caractériser. « Le malade est en proie à l'agitation la plus vive., ses membres sont continuellement en mouvement; il parleavec volubilité, et sans qu'il existe de suite, de rapports entre les paroles qui lui échappent ; il paraît obsédé par des hall ucm nations ou des fausses sensations de l'ouïe, de la vue, de l'odorat ; sa figure est altérée, ses yeux sont rouges, chassieux, extrêmement vifs ou tout à fait ternes; il s'exhale de tout son corps une odeur repoussante ; le pouls est fréquent, la peau brûlante, la soif vive; expuition continuelle. Aussitôtque cet aliéné porte un liquide à ses lèvres, il le repousse avec une précipitation dont il lui est impossible de se rendre maître; sa lang-ue, ses'" lèvres deviennent arides et fulig-ineuses; enfin il succombe du cinquième au dixième jour, et l'autopsie de* organes ne donne pas l'explication de ces funestes accidents..,. Quelques sujets sont assez heureux pour rentrer dans les conditions ordinaires de la folie, et se réta-

(1) Calmeil. Traité des maladies inflammatoires du "cerveau, t I, p. 142 et suivantes.

blissent plus tard. Il ne faut pas confondre cet état qu'on peut, si on le juge convenable, qualifier de délire aigu avec les symptômes d'une dothiénentérie ou avec ceux d'une phlegmasie locale intense. » — On ne saurait, en aussi peu de lignes, tracer un tableau plus exact du délire aiiru. Aussi Calmeil doit-il être considéré comme le premier auteur qui ait traité avec netteté cette importante question.

Après Calmeil, qui l'avait mise ainsi à l'ordre du jour, Lélut (1) s'en occupait bientôt et traçait, avec sa sagacité habituelle, les traits principaux de cette affection qu'il sépare de l'encéphalite, de la méningite et de la manie

aiguë.

« Dans le tiers des délires aigus , dit ce médecin, je n'ai pas trouvé de lésions; le cerveau et ses membranes n'offraient aucun indice appréciable de phlegmasie. » Dans quelques autres de ses observations l'injection et la rougeur des enveloppes étaient manifestes.

Falretpère, dans le Dictionnaire des études pratiques, la reprenait à son tour et donnait du délire ai^u un tableau où se trouvent réunies sous une même dénomination plusieurs maladies différentes. Les auteurs du Gompendium le rangent dans l'encéphalite.

En 1844 (2), Alquié pulbliait le résultat de plusieurs autopsies; il signalaitégalement,danslescasde ce genre, une injection de la substance cérébrale grise et la consi-

0) i Lélut. Inductions sur la valeur des altérations de l'encéphale dans le délire aigu et la folie, 1836.

(2) Alquié. Journal de Montpellier, juillet 1844.

dérail comme liée à une modification non désorganisatrice de l'écorce, n'impliquant pas nécessairement l'existence d'une méningite.

Brierre de Boismont(l), dans une savante communication àl'Acad. de médecine, présentait le délire aigu comme une affection sui generis, une individualité nosologique ; ce n'était donc ni la méningite ni la manie aiguë. Il n'admettait pour cette affection aucune inflammation particulière du cerveau et de ses membranes, la considérant comme une perturbation de la sphère nerveuse comparable au délire des buveurs. 11 accepte cependant comme possible l'existence de troubles matériels et s'étend très longuement sur les points de contact du délire aigu, de la méningite et de la méningo-encéphalite.

Pour Luther Bell (2), un auteur américain qui s'est occupé incidemmentde cette question, le modededéveloppement du délire aigu n'est pas suffisamment caractéristique pour en faire une forme particulière de délire.

Cette manière devoirest partagée par Jensen (3), médecin de Copenhague. Pourlui, le délire, ayant toujours un cachet individuel, présente dans chaque cas quelque chose de fortuit, sans jamais être assez constant pour qu'on puisse en caractériser l'espèce. « Ce n'est pas sur une empreinte individuelle qu'on peut fonder une clas-

(1) Brierre de Boismont. Du délire aigu observé dans les établisse, ments n'aliénés. Paris, 1845.

(2) Lut lier Bell. Médical Journal of Insanity, 1849.

(3) Jensen. Ueber Delirium acutum mitgetheilt in der AUg. Zeitsch fur Psych., t. XI, p. 617.

situation et établir les bases du diagnostic différentiel.

« Cettedonnée doit s'appliquer à toutes les formes délirantes, et celui-là commettrait certainement une grave erreur qui, du délire ambitieux, par exemple, s'aviserait de conclure au diagnostic de la paralysie générale. »

Jensen invoque le témoignage de quelques écrivains dont les travaux font autorité dans la science.

Andral, dans son traité des maladies de l'encéphale, lui fournit d'autant mieux un argument qu'on peut rattacher au délire aigu celui qui accompagne les affections des membranes du cerveau. Cet auteur fait remarquer qu'à l'exception de deux cas il a trouvé, comme Dance, que la sphère intellectuelle y était surtout atteinte et que le délire était un phénomène caractéristique beaucoup plus constant que les lésions de la sensibilité et de la motihté. Mais, comme la forme de ce délire est loin d'être constante, qu'on y observe également la dépression, l'excitation, l'agitation, la prostration, il est évident qu'aucune de ces formes ne peut servir désigne caractéristique pour le diagnostic essentiel des affections des membranes du cerveau, puisqu'il n'en est aucune qu'on n'observedans les autres lésions cérébrales. En d'autres termes, cela revientàdire que ladifférence des états pathologiques ne peut se déduire des différences dans les formes délirantes, et que celles-ci, indices rationnels d'une excitation cérébrale ne peuvent, par elles-mêmes, nous faire discerner une congestion ou une inflammation.

On voit poindre déjà, sur le délire aigu, les différences d'opinion des auteurs; elles iront s'accentuant de plus

en plus dans la suite. Tandis que les uns ne l'envisagent que comme un terme à opposer au délire chronique, d'autres, comme Parchappe (1), veulent n'y voir qu'une forme fébrile do la manie; il en est enfin qui, à l'exemple de Brierre de Boismont, persistent à le considérer comme entité morbide.

Sous le nom de délire aigu, dit Baillarger, dans une annotation au Traité de pathologie mentale de Griesinger(2) on a décrit des faits de nature très différente. (A l'exemple de Griesinger, Baillarg-er n'en fait pas une maladie spéciale). «Il arrive assez souvent, dit-il, quechez les malades qui offrent depuis quelques jours, une ou deux semaines, les signes d'un accès de manie simpJe, on voit tout à coup survenir des symptômes plus aigus.

« L'insommie devient complète perdant cinq ou six jours.

« L'agitation esl extrême et les cris incessants : bientôt il est impossible de fixer l'attention du malade qui prononce des mots sans suite, restant tout à fait étranger à ce qui se passe autour de lui.

«En même temps, les yeux sont brillants, la langue, les dents et les lèvres sèches; refus des aliments et souvent des boissons; constipation opiniâtre.

« La peau devient chaude, et le pouls acquierten quelques jours une fréquence extrême (1 20 à 130 pulsations).

v A travers les parois du ventre qui sont contractées et comme collées sur la colonne vertébrale, on sent des battements aortiques très forts.

(1) Parchappe. Recherches d'anatomie pathologique.

(2) Griesinger. Traité des maladies mentales, p. 3bl. Note de Baillarger.

« Le plus souvent, sans que l'auscultation fasse rien découvrir dans la poitrine, le malade expectore des crachats épais, grisâtres, non aérés.

« Quandcessymptômes se sont prolongés une semaine ou plus, le malade tombe tout à coup dans une prostration extrême ; il cesse de crier, marmotte des mots sans suite ou reste dans le mutisme. Les traits sont profondément altérés, le pouls extrêmement petit, filiforme, impossible à compter. Soubresauts des tendons ; teinte légèrement cyanosée de la peau. Le malade succombe après avoir offert assez souvent un retour momentané à la raison.

«Dans un certain nombre de cas, il est impossible de sentir le pouls, 2£, 36, et même quelquefois 48 heures /avant la mort.

« A l'autopsie, on trouve une hyperémie plus ou moins considérable des membranes et de la substance même du cerveau.

« Les symptômesqueje viens d'indiquerpeuventse présenter au début de la manie sans que la terminaison soit funeste. On voit alors ces symptômes rétrograder, et la manie reprendre son cours sous une forme moins aiguë. Ce sont les cas de ce genre que Stoll paraît avoir eus en vue, en parlant de la phrénésie qui survient chez les femmes en couches, quand il a dit « qu'elle dégénère parfois en manie qu'on guérit fréquemment ».

« Dans les cas au contraire où les symptômes persistent ou s'aggravent, la mort est certaine. On est quelquefois surpris par sa rapidité, la période de prostration ne se prolongeant alors qu'une journée à peine.

« Le délire aigu peut débuter d'emblée, après les prodromes d'un accès de manie, ou bien il arrive dans la première ou la seconde semaine, lorsque celle-ci a déjà éclaté.

« Ce qui peut le faire redouter, c'est une insomnie opiniâtre, et une agitation continue et sans rémission. Lorsque ces symptômes se présentent chez des femmes au début de la manie et à l'époque des règles, la transformation en délire aigu est particulièrement à craindre. J'ai depuis longtemps insisté sur ce fait que j'ai eu occasion d'observer un assez grand nombre de fois depuis 20 ans, à la Salpêtrière. Habituellement, dans les cas de ce genre, les règles ne font que paraître pendant quelques heures; quelquefois, cependant, la menstruation a pu se prolonger deux ou trois jours sans que la marche des accidents ait été arrêtée. »

« Le délire aigu, dit Marcé(l), peut survenir dès le début de la manie ou de la mélancolie au moment où la maladie fait explosion , mais il apparaîtplus souvent dans le cours d'une manie, d'une mélancolie ou d'une monomanie ayant déjà quelque temps de durée, ou même après un accès de folie à double forme; il peut survenir encore dans la période maniaque de la paralysie générale, et alors il acquiert une gravité nouvelle en raison de l'existence concomitante d'une lésion organique du cerveau. Enfin il éclate quelquefois à la suite de certaines intoxications, et surtout de l'intoxication alcoolique comme nous le verrons pius tard. »

(1) Marcé. Traité pratique des maladies mentales.

En 1865, le docteur Thulié (1), partageant en partie l'opinion de Brierre de Boismont, décrivait, dans sa thèse remarquable, une forme de délire sans lésion anatomique.

Le délire aigu, pour Ach. Foville(2), ne serait qu'une forme de méningo-périencéphalite offrant les plus grandes analogies avec des états morbides très différents les uns des autres.

l es arguments à l'appui de cette opinion sont développés avec le talent qui distingue cet écrivain et cet observateur.

Maudsley (3) distingue très nettement la manie aiguë du délireaigu ; il donne àcetledistinction uneimportance capitale. « Car si, dans la manie aiguë, il peut être opportun et avantageux d'insister sur un grand exercice en p'ein air, en obligeant même au besoin le malade à marcher entre deux servants, une. semblable pratique serait scientifiquement irrationnelle dans l'autre cas, et amènerait les plus désastreuses conséquences. Il est au contraire préférable de procurer au malade un complet isolement afin de viser à lui fournir ce dont il a le plus besoin, le repos, loin d'aggraver sa maladiepar un exercice forcé et des luttes funestes avec les servants. » Le pronostic pour lui est singulièrement influencé suivant que le malade prend de la nourriture ou refuse les aliments.

Pour la plupart des auteurs allemands contemporains,

(i) Thulié. EtU'io sur le délire aigu sans lésions. Paris, 186a. (i) Ach. Foville. Nouv. Dict. de méd. et de chir. pra., t. XL (3) Maudsley. Journal of mental science, 28 trimestre, 1867. Briand. 2

S'hù!e(l)en tète, le delirium acutum est un nom collectif «'appliquant à un groupe, indéterminé en son élen-j due, d'états cérébraux aig-us et suraig-us qui s'accompagnent de fièvre, amènent tous un trouble mental liés profond, et présentent une évolution maniaque avec des! caractères pernicieux.

INous n'en finirions pas si, dans l'historique de cetj important sujet, nous voulions passer en revue toutes les questions de doctrine soulevées. Qu'il nous suffise d'indiquer les trois courants divers qui, à l'heure actuelle, se partag-ent l'opinion. Pour les uns, le délire aigru est une entité morbide nettement définie, avec ou 1 sans lésion, et qui doit ouvrir un chapitre nouveau dans le cadre nosologMque des maladies mentales; pour lesj autres ce n'est qu'un symptôme d'une maladie inflammatoire du cerveau et de ses membranes ; pour d'autres enfin, un épiphénomène ou un incident se surajoutant dans le cours d'une vésanie.

Laissant de côté celte récapitulation de faits connus, nous ferons porler tout l'effort de ce travail sur un exposé clinique. Il nous importait cependant de démontrer la très-grande divergence d'opinion des auteurs sur le délire aig-u, et c'est là le but du court historique qui précède. On retrouve encore dans les travaux de Herlz (2), deSchùle,dePauly(3), le reflet de ces divergences. Tout

(1) Schûle. Ilandbuch der Geisteskrankheiten, t. XVI, des Ziemssens' J Handbuclis der specieilen Pathologie und Thérapie.

(2) Hertz. Mémorial de la Société du B;is-Rhiu, etc. ZurCasuistik des j Delirium acutum. Bonn^ -J 868.

(3) Pauiy. Delirium acutum maniacale. Bônfl, l€68.

récemmr nt enfin, le délire aigu s'est trouvé remis en Question daus quelques courtes études des médecins allemands, notamment celles de Grollfried Jehn (I), <Hdu professeur Fûrstner (2); ils .sont unanimes à rapporter aux auteurs français lu découverte de cette maladie, et ce fait vaut qu'on le signale.

(l)Gottfried Jehn. Arcli. deWcstphal, 1878, t. VIII, p. 594 et suivantes.

(2j Fûrsiner. Ueber Dolirimu acutum. Arcii. de Weslphal, 188), t. XI, p ol7 et suiv.

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