‹ Du délire aiguChapitre 3 sur 8 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

De toutes les perturbations qui peuvent assaillir une intelligence égarée, la plus intense, quoique l'une des plus courtes el la plus grave, est le délire aigu. Ce n'est plus un écart, une fausse route, c'est une chute vertigineuse dans les abîmes de la folie, chute pleine d'angoisse pour celui qui tombe, chute navrante pour celui qui assiste, spectateur souvent impuissant, à ce bouleversement tragique de la raison humaine.

On décrit plusieurs espèces de délires. Sans nous arrêter à la division de Falret, qui les sépare d'abord en deux grandes catégories selon l'absence ou la présence de fièvre, nous ne parlerons que des délires fébriles. Parmi eux, on compte ceux qui se manifestent dans le cours delà méningite et de l'encéphalite (qu'on nomme idiopalhiques) et les délires sympiomatiques des pyrexiesgraves,desphlegmasies locales. On peut aussi faire rentrer dans cette classification les délires toxiques lorsqu'ils s'accompagnent d'une grande élévation de température. En général, dans toute cette classe de délires aigus les souffrances du corps sont manifestes, le pouls est fréquent, la peau chaude; il y a de la soif, de l'anxiété, de l'insomnie, de l'excitation ou de la prostration. Quant aux manifestations délirantes, elles varient nota-

blement suivant que le délire fébrile est idiopathique, Sympathique ou symptomatique; le premier est corn.' munémenttrès agité, parfois furieux; le second est accompagné de moins d'agitation et de violence; le troisième, particulier aux fièvres graves ou typhoïdes, est assez souvent tranquille ou bien dénote des alternatives l'excitation, de stupeur et de coma. Dans ces trois espèces de délire fébrile, les soubresauts des tendons, les tremblements des membres, les mouvements particuliers qu'on désigne sous les noms de jactitation, de carphologie, sont des symptômes fort ordinaires et toujours graves.

Chacun de ces délires offre un développement plus ou moins rapide suivant la nature et la marche des affections auxquelles il se lie. Mais le plus souvent on l'observe après quelques jours, d'autres fois au bout de quelques heures de l'invasion de la fièvre. Ce délire subit les variations des maladies dont il dépend : il s'exaspère, s'affaiblît ou cesse avec elles.

A coté de cela, il existe une affection singulière, accompagnée d'un grand désordre mental, à marche rapide et le plus souvent mortelle qui présente absolument les mêmes symptômes, mais qui ne s'accompagne d'aucune affection organique connue, et suffisante pour expliquer l'intensité des désordres qui la caractérisent. C'est cette maladie que les auteurs ont désignée du nom de manie suraiguë, délire aigu, délire fébrile. Ces différents noms ne nous paraissent pas d'un heureux choix parce que le délire n'est pas toujours le symptôme le plus saillant; et si, au début, on observe toujours des mo-

dificàtions clans le caractère et des troubles de l'intelligence, ils ne manquent jamais d'être accompagnés de! symptômes physiques d'une intensité telle que souvent ils occasionnent de grossières erreurs de diagnostic. Combien en effet n'avons-nous pas vu de ces malades soignés pour un simple embarras gastrique, pour une fièvre typhoïde, ou même considérés comme au début d'une fièvre éruptive. Le délire ne fait certainement ja mais défaut, mais il est entouré d'un appareil symplomatologique si couplet qu'il peut paraître étonnant, au premier abord, qu'on ait choisi ce sy nptô.ne pour base de dénomination. Le délire ne doit être considéré que comme le symptôme d'une maladie dont l'essence propre échappe encore à notre investigation et non comme la maladie elle-même. Le même reproche doit s'adressera la dénomination de manie aiguë sous laquelle il est décrit par quelques auteurs, d'abord parce que la manie, dans ce cas, n'est aussi qu'un symptôme, et surtout, parce que bien des forme:; se rapprochent plutôt de la mélancolie.

Certains auteurs et Scdiiile en particulier décrivent deux formes de délire aigu, l'une qu'ils appellent maniaque, l'autre mélancolique. Elles s'expliquent suffisamment par leur dénomination pour qu'il soit inutile de rappeler leurs descriptions. Nous nous sommes demandé en face de chacun des malades que nous avons observes, dans quelle forme nous les rangerions si nous avions à les catégoriser, et notre opinion variait nonseulement avec le jour ou nous la formulions, mais quelquefois même encore avec l'heure de la journée où

nous voyions nos malades: c'est dire que le même sujpt se rapproche tantôt davantage de la manie, tantôt de la mélancolie. Il n'y a donc pas lieu, selon rions, de décrire deux formes au délire aigu (1), car même dans Je lype le plus maniaque il y a toujours un fond mélancolique.

(I) Cn voit quelquefois des maniaques ou des mélancoliques pris de fièvre, et continuant alors h se montrer franchement soit maniaques, soit mélancoliques; mais cela ne constitue pas le délre aigu auquel ils n'empruntent qu'un seul élément, la fièvre, sans en revôlir les autres symptômes.

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