‹ Du délire chez les dégénérésChapitre 10 sur 22 · DE L’ÉTAT DÉLIRANT · texte numérisé non relu

DE L’ÉTAT DÉLIRANT

Nous avons vu le dégénéré se présenter à nous sous deux états bien caractérisés : 1° l’état de déséquilibration qui ne manque jamais, qui est, nous le répétons, à la base de toute dégénérescence ; 2° l’état syndromique qui, lui, n’est pas constant. Un dégénéré peut rester pendant toute sa vie mal pondéré, sans présenter l’une quelconque des modalités syndromiques, l’un des épisodes dont nous venons de parler. Il est \ maintenant un troisième état sous lequel apparaît fréquent- | ment le dégénéré, c’est l’état délirant. La déséquilibration intellectuelle et le syndrome épisodique ne sont pas des délires proprements dits, si, du moins, l'on admet comme nous, qu’à la base de tout délire, il y a disparition de la conscience, participation de tout l’individu à ses idées délirantes, greffées le plus souvent sur des troubles hallucinatoires. Le déséquilibré et le syndromique ne sont pas dans ce cas ; le syndromique surtout, qui raisonne fort bien sa situation et qui la déplore, bien qu’il soit impuissant à l’éviter.

Bien mieux que personne, le dégénéré peut échafauder un délire ; ses prédispositions héréditaires le rendent plus accès-

j sible que tout autre aux idées délirantes ; le terrain est tout préparé. Aussi est-il souvent difficile de dégager des faits la véritable cause déterminante d’un délire, tant cette cause peut être de minime importance. Ainsi donc, le dégénéré peut créer une vésanie comme tout autre aliéné ; il peut fabriquer un délire de persécution, un délire ambitieux, un délire mélancolique. Mais, grâce à la prédisposition native, grâce au terrain sur lequel va se développer le délire, celui-ci va se présenter avec des .allures bien par ticulières. Tel délire ambitieux va présenter un cachet spécial, s’il est greffé sur un terrain dégénéré, et ce cachet sera si spécial, qu’à première vue, le clinicien pourra diagnostiquer la prédisposition héréditaire. Ainsi, les vésanies ordinaires vont être profondément modifiées, dans-leur‘mode d’apparition, dans leur marche, dans leur terminaison, et l’étude approfondie de ces différentes modifications nous permettra de placer facilement une étiquette sur un nombre considérable'de modalités délirantes, nom cla-ssêes jusqu’à ce jour, dès que mous aurons essayé de i démontrer que, -seul, un dégénéré peut, délirèr de cette façon.

Cette étude présente encore un grand intérêt pratique, comme.il ressortira du pronostic,’ et nous croyons que la connaissance exacte du délire des dégénérés doit contribuer à mettre de clinicien fort, à l’aise lorsqu’il doit statuer sur ladestinéecd’un: délire.

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