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DES TENDANCES AU DÉLIRE

Lorsqu’un malade sc présente à l’observation avec oin délire-très net, surtout un délire à marche .lente, à évolution chronique, et qu’on interroge ses antécédents personnels, il arrive qu’on constate à chaque époque de sa vie intellectuelle un état mental avoisinant le. délire. Il a été en quelque sorte subdélirant, pendant toute sa vie, depuis sa première enfance, jusqu’au jour où une cause déterminante, suffisamment puissante, intervenant, le délire éclate, mais sans brusquerie, lentement, insidieusement, sans itransition appréciable, comme une aggravation progressive de l'état mental normal. Ces délires ont alors une longue préparation, une ilongue période prodromique, en quelque sorte. Cet état mental.que l’on rencontre si fréquemment est celui que nous désignons ici, celui dans lequel nous trouvons une véritable ‘tendance au délire.

Le terrain dégénéré préexiste naturellement à cet*.état mental ; il n’est guère admissible en effet, même à ne considérer la question qu’à un point de vue théorique, qu’un cerveau bien équilibré, normalement construit par conséquent, crée de tout temps un état mental si voisin du délire que .la limite de séparation en sera franchie à la première occasion. Mais la clinique démontre que toujours ce. cerveau est mal pondéré et que l’intelligence est le plus souvent débile.

Quoi qu’il en soit, .c’est souvent dès d’enfance que les tendances au délire se manifestent ; tendances multiples, soit vers les idées de persécution, soit vers les .idées ambitieuses,

soit vers les idées mélancoliques ou hypochondriaques, tendances enfin dont l’exagération pourra constituer un délire. Un enfant aimera à se poser en victime, à jalouser ses frères ou ses sœurs, il aura de la tendance à se croire moins aimé, il comparera sa situation avec celle de ses camarades, trouvera toujours la sienne inférieure. A l’école, il interprétera faussement ses insuccès, dus le plus souvent à la faiblesse de ses facultés intellectuelles. Plus tard, continuant à avoir le dessous, il commencera à se plaindre de son sort, il deviendra méchant, hargneux. Si l’éducation ou l’instruction ne viennent pas modifier ses manières de voir, on comprend que peu à peu il arrivera à se croire persécuté : un échec, un revers, achèveront de le déséquilibrer, et de cet ensemble de circonstances naîtra le délire des persécutions. Un accès de délire à forme mélancolique peut en être également la conséquence, mais les idées de persécution dominent toujours la situation.

Les tendances mélancoliques s’observent aussi fréquemment. L’enfant a toujours manifesté une grande tristesse ; il recherche la solitude, et jamais il n’a voulu prendre part aux jeux de son âge ; il préfère la lecture, les conversations, et il est rare que les aptitudes soient appréciées à leur juste valeur par les parents qui considèrent leurs enfants comme sérieux et précoces, mais sans y voir une anomalie qui n’est souvent que le signe prodromique d’un accès futur de délire mélancolique.

Il en est de même des tendances hypochondriaques, et le délire mélancolique à forme hypochondriaque que l’on observe quelquefois chez des sujets jeunes a été souvent précédé de tendances qui se sont manifestées dans le jeune âge. Rappelons l’histoire de ce débile (Obs. II) qui, dès l’âge de 13 ans, fut tourmenté par un léger degré de phimosis dont il tirait des conséquences terribles, et cet autre malade (Obs. III) qui, toujours préoccupé à l’excès de l’état de sa santé, d’ailleurs excellente, analysait dès l’enfance ses moindres sen-

salions , plus tard collectionnait les produits pharmaceutiques pour son usage personnel, et qui, vers 30 ans, eut enfin du délire mélancolique à forme hypochondriaque, auquel se trouvaient mélangées des idées de persécution.

Les tendances au délire ambitieux sont moins fréquentes, et le délire des grandeurs survient le plus souvent d’emblée chez les dégénérés. Mais, chez certains malades, la tendance est quelquefois très nette. Ils se sont toujours fait remarquer par des idées ambitieuses, des projets gigantesques qu’ils caressent de^ longue date, et qui sont le plus souvent peu en rapport avec leurs moyens, ils sont orgueilleux, prétentieux. Nous reconnaissons là nos déséquilibrés. On conçoit sans peine que, si l’équilibre déjà si peu stable se rompt complètement, un délire ambitieux s’établira, et prendra Fune des formes que nous signalerons plus tard.

Notons enfin les tendances mystiques exagérées, qui sont si fréquemment chez les débiles la source du délire mystique. Ces tendances, absolument naturelles chez certains malades, sont d’ailleurs souvent entretenues par une éducation religieuse ; les convictions religieuses les plus absurdes se greffent facilement dans les esprits faibles, et insensiblement on voit s’établir des hallucinations multiples de la vue ou de l’ouïe.

Chacune de ces tendances revêt un aspect extérieur qui est, soit la tristesse, soit l’exaltation cérébrale habituelles. Aux tendances vers les idées de persécution, se rattache la dépression mélancolique, tandis que l’exaltation cérébrale accompagne plus volontiers les tendances ambitieuses. Idées de persécution et aspect mélancolique d’une part, tendances ambitieuses et aspect exalté d’autre part, sont des syndromes qui marchent ordinairement de pair. Telle est l’apparence sous laquelle se présentent dans leur passé un certain nombre de dégénérés délirants.

Toutes ces tendances délirantes subissent des influences nombreuses, dues au milieu social, à l’éducation, à l’instruc- Legrain. 8

lion, et la couleur du délire dépend autant de ces influences que de la nature des prédispositions héréditaires. L’influehce de l’éducation religieuse est bien caractérisque â cet égard, et les débiles puisent amplement dans les superstitions de toutes les religions, les matériaux qui leur serviront plus tard à fabriquer un délire. A un point de vué pratique, on voit quel parti l’on peut tirer d’une éducation bien entendue pour retarder autant que possible l’apparition des manifestations délirantes chez les sujets prédisposés.

Il convient d’ajouter que bon nombre de dégénérés en restent à l’état de tendance pendant toute leur vie, et qu’ils ne franchissent jamais la frontière qui les sépare du véritable délire. Les causes occasionnelles susceptibles de faire éclater ce dernier auront été soigneusement évitées ou bien- elles n’auront jamais eu une intensité suffisante pour achever de rompre l’équilibre intellectuel. Enfin, après avoir déliré pendant un certain temps, ordinairement assez long, d’autres malades reprennent le cours de leur existence antérieure et conservent pendant tout le reste de leur vie, les mêmes tendances au délire, plusieurs accès de délire peuvent encore venir rompre cette monotonie. D’autres malades ne guérissent pas de leur délire ; concurremment, on voit leur intelligence s’amoindrir progressivement, et la démence arrive très:vite; Cette désorganisation des facultés s’opère d'autant plus rapidement que les prédispositions sont plus influentes.

Les observations suivantes montreront deux exemples de ces tendances au délire, aboutissant toutes deux â la création d’un délire. Dans le premier cas, le malade a eu depuis l’enfance des tendances â se croire persécuté ; vers 18 ans, éclate le délire des persécutions ; actuellement, il marche rapidement vers la démence ; le second cas est relatif â un jeune débile, ayant toujours été triste et qui, à 15 ans, a fait un délire mélancolique..

Observation XI.

Dégénérescence mentale. Tendance au délire de persécution pendant le jeune âge aboutissant à un délire constitué.

B..., 20 ans, entre le 10 avril 1885 à l'Admission de Sainte- Aünc.

Hérédité. —- Côté patërnél. Père. —- Mort â 48 ans de tuberculose pulmonaire. Quelques excès de boissons.

Côté maternel. Grand'mère. — Morte âgée, débilité mentale.

Mère. — - Faible d’esprit, déséquilibrée, excitation intellectuelle accoutumée, loquacité fatigante pour son entourage ; principes religieux exagérés. Très nerveuse. Instruction très rudimentaire.

Frère. — Chétif, mort à 13 ans d’üne péritonite probablement tuberculeuse. Onanisme.

Histoire dü Malade, — Venu à terme; grossesse normale, accouchement naturel. État scrofuleux dans l’enfance, dont il lui reste des traces au cou.

État meniat. — Instruction développée ; est resté pendant onze ans au lycée Saint-Louis où il a fait de très bonnes études, se faisant remarquer par son travail acharné et par son intelligence audessus de la moyenne. Mais, il a toujours été triste, recherchant la colitüde autant pour sé livrer aü travail, que pour fuir des persécutions imaginaires. C’est un de ces esprits sans boussole, toujours désorientés, incapables dé réaction ; il a été réellement ÜD peu le souffre douleur de ses camarades pendant ses années de'Collège ; n’ayant pas la volonté de résister, il s’est laissé ainsi déprimer, prédisposé qu’il était déjà par sa nature mélancolique qui le laissait sans défense Contre tout événement. Cét état mental n’a jamais changé, la tendance mélancolique n’a fait que s’accroître avec l’àge ; et peu à peu, mais très lentement, survient le délire qui se trouve ici être l’exagération simple d’un état normalement maladif. Le passage de l’un à l’autre s’est fait ici sans transition brusque, à tel point qu’on peut se demander si l’on doit distinguer deux états successifs différents au lieu de les confondre, et dira que B... a toujours déliré.

Au collège, B., se trouvait dédaigné, méprisé, on l’obligeait, dit-il, à s’isoler dans les cours. Mais il y a quatre ans surtout que le délire s’est accentué. Ce ne sont plus les condisciples seulement dont il se croit la risée ; mais les professeurs et le proviseur lui-même, tous se sont acharnés contre lui; c’est toujours à lui qu’échoient les sujets les plus difficiles à traiter. Ses camarades ont écrit une lettre

injurieuse au proviseur, on lui a fait mettre l’adresse et c’est lui qui a été puni. Ce fait, en partie véridique, prouverait simplement le peu d’énergie de réaction dont notre malade était capable. Il s’est entendu appeler lépreux par ses condisciples, et publiquement par son professeur; ils faisaient sans doute allusion à ses écrouelles ; sa sœur l’a appelé véroleux. On s’écartait de lui, et il a dû passer toute une année dans les latrines aux heures de récréation pour éviter d’ètre la victime de ses camarades ; il ne pouvait plus frayer avec eux. On craignait qu’il ne transmît une maladie contagieuse. On lui disait qu’il faisait l’esprit fort, parce qu’il n’avait pas été se confesser On était jaloux de lui parce qu’il avait eu neuf premiers prix. Malgré cette existence de persécuté. B... travaillait avec ardeur ; dans les derniers temps, il a dû donner une somme de travail extraordinaire en vue du concours de l’École polytechnique. Il a commencé à s’exciter, et des idées ambitieuses sont venues compléter la scène délirante. Il s’est imaginé tout à coup que ses camarades opéraient un revirement en sa faveur; tous l’aimaient et lui tendaient la main ; ils lui disaient : « Tu es le premier, tu es un esprit supérieur, nous allons t’imiter. » Et lui, répétait à sa mère : a Tu vois, mon nom s’impose maintenant.» Vers l’âge de 8 ans, il avait eu déjà une légère période d’excitation avec bouffée ambitieuse : il voulait servir le pays, et reprendre l’AIsace-Lorraine. Dans les derniers jours, son esprit s’exaltait de plus en plus ; déjà grâce à ses idées de persécution, il avait abandonné les concours, et il a été arrêté sur le boulevard au moment où, monté sur un banc, il haranguait scs condisciples.

Depuis une année qu’il séjourne à l’asile, on a pu voir ses facultés intellectuelles décliner graduellement, et actuellement, il parait marcher vers une démence précoce. Les idées de persécution tiennent toujours la scène.

Observation XII.

Dégénérescence mentale. Tendance mélancolique dès le jeune âge,

. aboutissant au délire mélancolique à 15 ans.

Y..., 15 ans, entre à l’Admission de Sainte-Anne le 28 avril 1885. Hérédité. — Côté paternel. — Père. Microcéphale. Intelligence faible. Blésité, quelques excès de boissons. Instruction rudimentaire.

Côté maternel. — Grand'mère maternelle. Alcoolique, traitée pen-

dant plusieurs mois dans un asile au Mans. Tentative de suicide avec un rasoir à la suite d’excès de boissons. Grand père : Débilité mentale. Mère : cerveau faible ; excès alcooliques, esprit versatile, sans conviction, incapable de vouloir le bien. Vie de débauche. Séparée depuis douze ans de son mari. (Séparation judiciaire prononcée en faveur du mari). Oncle mort à ü ans d’excès alcooliques. Très vicieux.

Un frère est mort en naissant; il n’était probablement pas à terme, la tête était très molle. Le doigt déprimait partout les parois crâniennes, comme en l’absence de toute ossification.

Histoire du malade. —Venu à terme après une bonne grossesse. Accouchement normal. Il s’est développé tardivement, il a toujours été pâle et chétif.

État mental. — Ne parait pas avoir été vicieux dans l’enfance; pas de fugues, pas d'impulsions, pas d’obsessions. D’un tempérament apathique, il a toujours été triste, mais son humeur est toujours restée égale, il n’y a pas eu de périodes de mélancolie bien tranchées.

Aimant la solitude, il ne se confiait à personne. Timide, craintif, peu joueur, il n’avait pas de camarades. L’intelligence est faible. Mis pendant plusieurs années à l’école, il a pu apprendre à lire et à écrire ; encore le fait-il très mal. Il blèse encore à présent. Il a appris très convenablement son métier de peintre, où il se montre assez capable. Parfois sur ce fond débile et nonchalant germent quelques idées ambitieuses. Mais elles ne sont pas de nature délirante ; elles n’ont qu’un caractère d'exagération considérable, si on les compare surtout avec la faiblesse des aptitudes. Il se plaignait souvent des niches qu’on lui faisait à l’atelier ; dans les derniers temps, ayant eu maille à partir avec son patron, il fut vivement impressionné.

Délire mélancolique et hypochondriaque avec idées de persécution .— 11 y a quinze jours environ qu’il ne mange plus convenablement et que sa tristesse s’exagère. Il ne travaille plus avec goût, avec entrain et ses allures dénotent un esprit préoccupé. Il se renferme dans un mutisme volontaire. Il y a huit jours, les troubles s’accentuent. Il ne quitte plus sa chambre, il pleure, se lamente, il est inquiet sans savoir pourquoi, il ne peut plus fixer son esprit sur quoique ce soit. « Je n’ai rien fait à personne, qu’est-ce que l’on me veut ? — C’est ma fin, je vais mourir. » Il disait à son père : « J’aime mieux mourir ici qu’ailleurs, nous mourrons tous les trois ensemble avec ma mère et toi, tu prendras un revolver et tu nous tueras, je suis perdu, je souffre trop. » Il accompagnait ses lamentations de gestes, de grimaces, comme s’il éprouvait à l’intérieur du corps une cruelle souf-

france. Il croit qu’on lui en veut, que son patron cherche à lui faire des misères; il le voit dans ses rêves. En même temps, il se croit empoisonné, il sent et goûte les aliments avant de manger. C’est dans cet état qu’il est amené à Sainte-Anne.

État à l’entrée. — Il est plongé dans une demi-stupeur; on lui arrache difficilement une réponse. Sa physionomie peint la tristesse et le découragement le plus grand. Il est anxieux, s’effraye pour un rien. Il exprime ses craintes, il parle vaguement de persécutions.

30 avril. — Même état. État catarrhal des voies digestives. Demimutisme. Apathie complète. Rallentissement général des actes nutritifs. Rétention d’urine, cathétérisme.

5 mai. — Même état cérébral. L’état général est meilleur ; mais le malade reste volontairement couché, dans un état demi-stupide,

10 mai. — Amélioration. Il s’est levé, mais ne s'occupe pas encore. Toutefois, il est moins anxieux. Il ne cherche pas à se faire du ‘mal.

Le 16 mai, il est envoyé à Vaucluse, sensiblement amélioré.

Observation XIII.

Débilité intellectuelle. Tendances vers les idées de persécution dès l'enfance. Délire vers 02 ans.

M,., (Eugène), 28 ans, entre à l’Admission de Sainte-Anne, le 15 avril 1885, Les troubles intellectuels qu’il présente à ce moment sont les suivants : il se croit persécuté par un médecin inconnu, mais domicilié au Brésil, Ce médecin lui suggère des idées à distance. Il a le désir d’être hypnotisé. Il a conscience de son état et éprouve le besoin d’être rassuré.

Son état mental est d’ailleurs celui d’un débile. Son degré d’instruction est des plus restreints. L’histoire des antécédents du malade que nous avons recueillie auprès du père, montre bien le degré de dégénérescence auquel nous avons affaire,

A-Ntécédents héréditaires. — M... est né d’une mère espagnole et d’un père brésilien, fils de Français,

Côté paternel. — Père. Atteint depuis l’enfance de strabisme externe. Jusqu’à l’âge de 13 ans il a uriné au lit. Il a toujours été sujet aux étourdissements.

Côté maternel .— Beaucoup plus chargé. Grand-père, d’origine italienne, était épileptique et a présenté pendant toute sa vie les gran-

des attaques du mal comitial. Mère, morte du diabète, était hystérique (grandes attaques et état mental particulier), Deux frères sont morts de convulsions. Un autre frère est mort en venant au monde.

Il avait une tête mal conformée et dont le volume considérable a nécessité une opération obstétricale. Une sœur âgée de 24 ans, a un tempérament nerveux. Elle est en proie à des idées mystiques exagérées et veut entrer en religion.

Histoire du malade, — M... est venu à terme après une grossesse normale ; nourri au sein par sa mère, il n’a pas subi de retard dans son évolution physiologique. Son éducation intellectuelle primaire a été facile à faire. 11 n’aurait pas eu de mauvais instincts dans l’enfance, C’est vers l’âge de 12 ans que la déséquilibration intellectuelle a commencé à se manifester. Placé dans un collège de prêtres à Rio, il ne tarde pas à s’évader et déclare qu’à aucun prix, il n’y veut retourner ; il prétend qu’il n’est pas heureux, qu’on le persécute. Il est placé ensuite pendant deux ans dans un collège portugais. Là, il reste toujours en arrière et ne montre aucune aptitude au travail. Les choses ne marchent pas encore à son gré ; il est constamment en mouvement, inquiet, il interprète en mal les meilleures intentions ; rien ne lui réussit. La nature de ces tendances procure au jeune débile une existence misérable. Finalement, il écrit à son père qu’il ne veut pas travailler et qu’on dépense inutilement de l’argent pour lui. Rentré chez son père, on essaie de l’occuper à la maison, mais la mobilité de ses idées, son manque d’esprit de suite, lui interdisent tout travail ; il se dispute avec les employés dont il est jaloux, et, à la suite de ses incartades, est envoyé en France. Ici encore, il est instable et change constamment de maison et d’occupation (1874). Il reste dans cet état pendant six ans à la charge de sa mère, puis retourne au Brésil en 1880. Son père lui avait confié de l’argent pour faire des achats en France ; il écrit à ce dernier qu’il a perdu 4 000 francs. Il quitte Paris et voyage avec cet argent, abandonnant sa mère et sa sœur. C’est après plusieurs mois d’une vie aventureuse qu’il arrive au Brésil. A cette époque apparait le délire des persécutions. Un certain docteur brésilien lui en veut, le magnétise et lui impose sa volonté. C’est son père qui paie ce docteur. Les fils magnétiques aboutissent dans sa chambre pour l’impressionner et l’agacer. C’est un habitant d’une des maisons d’en face qui fait passur les fils sous le boulevard. Il entend toute espèce de bruit et éprouve toute espèce de sensations désagréables. Par l’intermédiaire du magnétisme, le docteur l’hj'pnotise.

Poursuivi par ces hallucinations, il se place dans différentes maisons où il rencontre de nouveaux ennemis et il est constamment remer-

cié, de ce fait. Il se détermine alors à passer au Paraguay où son magnétiseur le poursuit encore et il revient en France en 1884. Ces divers changements de résidence n’ont pas amené la tranquillité d’esprit qu’il recherchait. C’est surtout la nuit qu’il est tourmenté ; on lui parle à travers le mur et on lui dit des injures en Portugais. Le médecin du Brésil a toujours conservé son influence sur lui et malgré la distance qui les sépare, il ressent encore l’action de ses maléfices. Malgré l’intensité de ces persécutions, M... n’y croit qu’à moitié. Au moment où il est amené à Sainte-Anne, il a une demiconscience de son état.

Il ne parait pas présenter l’un des syndromes fréquents chez les héréditaires et bien que bavant avec plaisir les boissons alcooliques, il ne paraît pas en avoir fait excès.

En raison de la marche des idées délirantes, on peut considérer la maladie comme chronique. Après quelques jours d’observation, M... est envoyé à Vaucluse.

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