CHAPITRE II
PREMIÈRE ÉBAUCHE DE DÉLIRE. — DE L’EXALTATION CÉRɬ BRALE ET DE LA DÉPRESSION MÉLANCOLIQUE SIMPLES.
Les malades, héréditairement prédisposés au délire, peuvent fort bien rester pendant toute leur vie dans des conditions de santé intellectuelle en apparence excellentes, la déséquilibration reste en quelque sorte latente et ne se manifeste que rarement au dehors, dans des circonstances difficiles de la vie, qui viennent alors jouer le rôle de cause déterminante. L’équilibre reste longtemps stable, pour plusieurs raisons, dont la principale est l’insuffisance des prédispositions dans certains cas. Dans les autres, il faut faire intervenir le genre de vie des sujets, qui se maintiennent dans un juste équilibre grâce à des prodiges de précautions : hygiène rigoureuse, abstention complète d’excès de tous genres, etc. Mais que cette hygiène intellectuelle ou corporelle vienne à être négligée, que des événements d’ordres différents surgissent et ébranlent fortement la constitution cérébrale de nos prédisposés, ceux-ci ne peuvent supporter le choc ; on voit survenir la déséquilibration et très rapidement un trouble délirant simple. L’observation montre chaque jour des faits de ce genre : on voit éclater des troubles intellectuels pour des causes qui, chez des sujets non héréditaires, produiraient une fatigue passagère, rapidement réparée (surmenage physique, surmenage intellectuel,comme la préparation d’examens difficiles, l’élaboration d’un travail long et aride, l’insomnie, une perte d’argent, un revers de fortune, etc); il suffit bien souvent même d’émotions plu-
sieurs fois répétées, à de courts intervalles, pour voir se produire les mêmes troubles : décès successifs de personnes chères, etc.
Il n’est aucun des inconvénients que nous venons de signaler qui ne soit facilement supporté par des sujets non prédisposés.
Les événements normaux de la vie, même les plus simples, constituent donc autant de causes occasionnelles de délires, pour la production desquels deux facteurs doivent intervenir :
1° L’intensité de la cause ;
2° Le degré d’émotivité du sujet, le second luttant contre le premier, tous deux étant indépendants l’un de l’autre, le second seul relevant de l’état mental préexistant du malade. Lorsqu’un événement heureux ou malheureux se produit normalement, une impression plus ou moins vive, un choc cérébral en quelque sorte en est la conséquence, choc immédiatement suivi d’une réaction exactement en rapport ;
1° Avec l’intensité du choc ;
2° Surtout avec le degré d’émotivité.
Normalement, la période, de réaction est de courte durée ; les facultés intellectuelles supérieures, un moment obnubilées par le choc, reprennent le dessus, et le cours régulier de la vie intellectuelle se rétablit. Mais, chez les sujets prédisposés, il y a normalement disproportion entre le degré de réaction et l’intensité du choc. La réaction est trop pénible pour le sujet, il succombe dans la lutte qui se prolonge au delà des limites habituelles l’équilibre est rompu pour un temps indéterminé, en rapport également avec la valeur des prédispositions, et le délire s’installe.
On peut établir théoriquement une proportion entre les valeurs réciproques des causes occasionnelles et des prédispositions héréditaires d’une part, et les chances de délire d’autre part. Logiquement, on peut tirer de cette proportion les règles suivantes :
1° Les chances de délirer sont exactement proportionnelles à l’intensité de la prédisposition';
2 ° La cause occasionnelle agit avec d’autant plus de facilité que la prédisposition est plus grande ;
3° Si la prédisposition est minima et la cause occasionnelle maxima, la chance de délirer est minima;
4® Si la prédisposition est maxima et la cause occasionnelle minima, la chance de délirer est maxima.
Ces règles, bien que purement théoriques, ont l’avantage de rendre un compte assez exact de la genèse de certains délires, particulièrement des formes simples, que nous étudions ici, surtout lorsqu’elles succèdent à des causes occasionnelles dont l'importance est si restreinte, qu’il faut bien chercher dans des éléments d’une plus haute valeur la cause vraie de ces troubles délirants. Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’apprécier dans la pratique la valeur réciproque de deux événements que l’on considère comme causes déterminantes d’un délire ; le même critérium manque encore pour (apprécier la valeur d’une tare héréditaire. Ces problèmes seront sans doute résolus un jour et leur solution dépendra certainement d’une analyse scrupuleuse, et longtemps poursuivie, des faits cliniques relatifs à la folie des dégénérés.
Quoi qu’il en- soit, à la suite d’un événement déterminé, on ■voit survenir, dans un grand nombre de cas, deux formes très simples de délire : l’exaltation cérébrale, ou la dépression mélancolique. La raison de la prédominance de l’une ou l’autre ‘de ces formes est encore une inconnue difficile à déterminer; ce qui paraît établi, c’est qu’elles sont généralement en rapport avec la nature des prédispositions, et par conséquent avec le caractère habituel des malades. Dans les antécédents héréditaires d’un malade, par exemple, qui, à propos d’un événement quelconque de peu d'importance, sera déprimé outre mesure, on notera la prédominance des idées mélancoliques qui forment comme le fond du caractère de tous les membres de la famille. Inversement, le malade qui s’exaltera dans les
mêmes circonstances descendra de parents habituellement exaltés, déséquilibrés, et, si quelques-uns d’entre eux ont déliré, ils auront été plutôt actifs que déprimés pendant la période délirante.
L’exaltation cérébrale simple, bien qu’elle rappelle au premier abord la manie raisonnante, en diffère cependant, en ce que, à cet état d’exaltation, se joignent fréquemment des interprétations délirantes et quelques poussées d’idées ambitieuses. Les malades sont actifs, remuants ; le sommeil devient rare, toutes les facultés cérébrales ont une activité débordante. Ainsi surexcitées, elles fonctionnent anormalement. Les malades, absolument désorientés, élaborent mille projets, et dans leur entraînement ils n’en adoptent aucun. Voulant réparer un dommage, un échec, relever une fortune momentanément ébranlée, résultat qui serait souvent obtenu par le calme et la réflexion, on les voit accumuler sottises sur sottises, et aggraver ainsi sans le vouloir leur situation. Ils exagèrent tout, se font un monstre des moindres dangers, ils ne peuvent plus prendre d’empire sur eux-mêmes. Un repos de quelques jours, .loin du souci des affaires, au milieu de distractions, ramène généralement le calme dans ces esprits surexcités. D’autres, plus désespérés, accusent leur mauvaise étoile, et se répandent constamment en monologues confus, prolixes, d’où ils sortent un peu plus fatigués qu’auparavant, et un peu moins rassurés. Aveugles, ils soupçonnent momentanément leur entourage, se promettent de devenir méfiants, et interprètent d’une façon absolument anormale les différentes circonstances qui viennent de se succéder. L’abattement, un certain degré de prostration peut terminer la crise. D’autres, dans leur exaltation, manifestent des idées ambitieuses ; ils ne doutent de rien; du matin au soir, ils dessinent des plans, ils font part à tout venant des projets gigantesques qui doivent les conduire à la fortune ; la moindre contradiction les irrite; ils ne veulent pas entendre raison, et sont incapables de se rendre compte de leurs exagérations. A l’affaiblissement intellectuel près, ces
malades ressemblent beaucoup à certains paralytiques généraux, à la première période de leur maladie. Il est même des cas, où le diagnostic différentiel n’est possible qu’après une observation d’une assez longue durée, l’exaltation cérébrale simple étant essentiellement passagère, tandis que celle du paralytique général est infailliblement suivie de la démence caractéristique. D'autres exaltés encore font une tentative de suicide, fuyant un déshonneur imaginaire, ou croyant éviter une ruine dont leur mort seule sera la cause.
La dépression mélancolique simple, comme l’exaltation cérébrale, affecte tous les degrés. Certaines personnes éminemment impressionnables, deviennent d’une tristesse exagérée à la moindre occasion. Une contrariété de peu d’importance entraîne une dépression de plusieurs jours. A un degré plus élevé, cette dépression durera plus longtemps encore, et s’accompagnera d’un dégoût pour tout ce qui plaisait auparavant, et d’une tendance aux larmes. Les malades fuient volontairement ce qui pourrait les distraire et s’enferment dans une apathie complète. D’autres font entendre des plaintes et parlent de mourir; d’autres enfin, plus profondément atteints, en arrivent d’emblée au suicide, qu’aucune raison apparente ne semble justifier. Bon nombre de suicides pour des motifs futiles ne reconnaissent pas d’autre cause que ces dépressions mélancoliques simples, indices indubitables d’une prédisposition beaucoup plus grave,
La marche de ces formes simples de délire est le plus souvent rapide. Quelques jours ou quelques semaines suffisent ordinairement pour que le retour à la santé se produise intégralement. Mais il est des cas où la durée est beaucoup plus longue, sans que la forme de la maladie se modifie pour cela ; les deux observations d’exaltés simples que nous rapportons plus bas en sont une preuve. Le degré d’exaltation de nos deux malades a nécessi té leur internement momentané et plusieurs mois ont été nécessaires pour ramener le calme dans leur esprit. Les formes mélancoliques simples peuvent avoir
également une assez longue durée. Mais, quelle qu’elle soit, elle aboutit toujours â la guérison, et ce fait est capital.
Parfois, des formes plus complexes de délire semblent être la terminaison de la forme simple. L’exaltation cérébrale devient de l’excitation maniaque, et la dépression mélancolique semble aboutir à un véritable délire mélancolique. Mais ces cas sont d’un autre ordre, nous les retrouverons plus loin. Lorsque la dépression mélancolique et i’exaltation cérébrale' ne sont que les premiers stades, très passagers, très rapides, transitoires, du délire mélancolique et de l’excitation maniaque, ils ne doivent pas être confondus avec les formes éminemment simples dont nous nous occupons ici.
Ajoutons enfin que ces formes sont essentiellement sujettes à récidive, ce qui plaide bien encore en faveur de l’existence du terrain spécial, d’autant plus que, la période délirante une fois passée, les facultés intellectuelles recouvrent leur intégrité pleine et entière. Néanmoins, la réunion de nouvelles circonstances déterminantes semblables aux premières produira facilement une rechute. Pendant toute leur vie, les malades restent émotifs, et comme tels, accessibles à toutes les causes simples de déraillement intellectuel.
Voici maintenant deux observations de malades atteints passagèrement d’une exaltation cérébrale, simple, ayant nécessité leur internement.
Observation XIV.
Exaltation cérébrale simple. Guérison.
X.,. est un homme d'une grande intelligence. D'une origine étrangère, appartenant à une nation politiquement opprimée, il a toujours rêvé le rétablissement de son pays. Dès l’enfance, mêlé aux passions politiques les plus fougueuses au sein d’une famille occupant une haute situation, il manifestait déjà son enthousiasme patriotique et un esprit très entreprenant. Il a fait des études très complètes, et sa culture intellectuelle dépasse la moyenne.
Dés l’âgé de 20 ans, il s’adonné passionnément à la politique et se laisse entralnei? par le tourbillon des affaires, rêvant de se dévouer à la causé nationale. Malheureusement, il est mal équilibré et ne sait pas très bien tirer parti de ses moyens. Allant toujours de l’avant, d’une façon un peu désordonnée, il a besoin d’être retenu, sous peine de compromettre lui-même la cause qu’il défend. D’une sincérité et d’une honnêteté très scrupuleuses, c’est un homme absolument convaincu. Poussé par ses idées de revanche, il a milité pour son pays et est parvenu à jouer un rôle politique assez important. Très intrigant, très remuant, il n’a pas craint les démarches les plus pressantes pour entrer en relations très étroites avec les plus hauts personnages de l’Europe, et même avec les monarques. Il habite la France depuis plusieurs années, où il s’occupe toujours activement de questions diplomatiques, rédigeant un journal, menant une vie de surmenage intellectuel.
Il appartient à une famille qui â été touèbéê au point de ‘Vue cérébral. Deux membres ont été vésaniques. Le lecteur nous permettra de ne pas insister. Quant au malade, il est porteur de quelques stigmates physiques assez significatifs. La face est asymétrique d’une façon frappante; l’acuité visuelle n’es.t pas la même des deux côtés, et du côté asymétrique l'oêit semble plus petit. Au point de vue mental, nous reconnaissons le déséquilibré intelligent, jouissant dés plus grandes capacités.
Vers le milieu de 1885, à la suite de fatigues nombreuses et graduellement croissantes, grâce à une activité démesurée, X... commence à se déséquilibrer complètement. Son esprit s’exalte peu â peu, il devient loquace et accumule les Uûs sur les autres des projets ambitieux, qu’il exposé avec uûé volubilité étonnante. Il s’attribue un rôle politique énorme, prétend qü’il â reçu des confidences d’un très haut personnage, et qu’en les dévoilant il peut changer la face des choses, fait en partie véridique, mais singulièrement exagéré. Il lui vient l’idée de se faire passer pour fou, pour attirer sur lui î'attention du public et faire pièce â ce grand personnage. Il fait en conséquence une esclandre â la Chambre des Députés et l'on profite de son idée de se faire passer pour fou pour abonder dans son sens et pour l’interner dans une maison de santé.
Il reste ainsi exalté pendant quatre ou cinq mois, mûrissant des projets grandioses, écrivant jour et nuit des volumes de correspondances, perdant tout âfait la conscience de ses exagérations. Il est irritable, susceptible, ne souffre pas que l’on contrarie ses désirs.
Peu à peu son esprit se calme et rentre en possession de sâ lucidité. La détente se manifeste vers le milieu de novembre. Il devient
moins loquace, il écrit moins et commence à s’occuper de ses affaires d’une façon plus raisonnable. Il envisage avec sang-froid la situation difficile qu’il s’est créée lui-mème, et cherche les moyens de réparer les pertes que son internement lui a fait subir. Au mois de décembre il entre en pleine convalescence, et il est rendu à la liberté.
Observation XV.
Exaltation cérébrale simple. Interprétations délirantes. Hérédité morbide.
Guérison.
R..., âgé de 40 ans, entre dans le service de M. Magnan, le 7 octobre 1885. Il exerce la profession d’artiste dramatique. D’une intelligence un peu au-dessus de la moyenne, il a toujours été mal équilibré. Original, excentrique, il s’exalte facilement et, à plusieurs reprises, il a eu des bouffées d’idées ambitieuses sans délire proprement dit.
Antécédents héréditaires. — De père est mort d’une affection cardiaque ; il était sobre. La mère, morte diabétique, était peu intelligente ; très nerveuse, elle entrait dans de violentes colères. Dévotion un peu exagérée. Deux oncles maternels sont hémiplégiques. Un frère est soigné depuis quatre ans à l’asile de Charenton. Buveur, noceur, dépensier, toujours exalté, il est devenu paralytique général ; il est actuellement dans la démence. Un autre frère est mal équilibré. Peu intelligent, il passe sa vie au café, et il mange la dot de sa femme. Une sœur, débile, atteinte d’une surdité légère, est diabétique. Mal équilibrée, elle a voulu rester vieille fille ; elle est dévote et dépensière. Une autre sœur est intelligente, mais exaltée, excentrique, autoritaire ; elle est fille-mère.
Histoire du malade. — R. . a toujours été un peu désordonné, fier et ambitieux. D’un caractère assez inégal, tantôt il s’exalte, tantôt il se laisse déprimer. Esprit très actif, très entreprenant, il possède une instruction assez développée. Après de bonnes études, il entre à Saint-Cyr. Mais, déjà très exalté à cette époque, il démissionne et entreprend la carrière dramatique, malgré les conseils de sa famille. Apprenant sa détermination, celle-ci le rappelle sous un prétexte quelconque, trois jours avant le concours du Conservatoire, et le tient enfermé. Il réussit à s’évader et revient à Paris, où il commence à c abotiner. Il parcourt l’Allemagne, la Belgique, l’Amérique du Sud en jouant la comédie. Il commet différentes excentri-
cités dont la principale est d’épouser sa maîtresse, danseuse de profession. Au milieu de ses extravagances émergent quelques bpnnes actions : il relève la fortune de son père avec l’argent qu’il a gagné au Canada. Il ne paraît pas avoir commis d’excès de boissons ; à quelques fredaines près, il affirme avoir toujours mené une conduite régulière. Par un contraste singulier, à son attitude résolue, à son activité intellectuelle correspond une faiblesse de volonté très grande ; il s’est toujours laissé dominer par sa femme.
Très impressionnable, il réagit vivement en toute circonstance. IL a toujours mille beaux projets en tête ; quand il ne réussit pas, il devient taciturne, mélancolique, et accuse même son entourage de son insuccès. Le désespoir n’est pas proportionné à la cause. C’est ainsi qu’en 1883, à la suite de mauvaises affaires, il eut une période de dépression très marquée, qui dura deux mois. Comme tous les déséquilibrés, il dépassait la mesure : il s’accusait d’avoir abusé de la confiance d’un ami, de l’avoir volé ; il avait une terreur exagérée de la police : on allait l'arrêter. Le calme revient très lentement ; en 1884, il avait encore des scrupules exagérés ; il avait même fait acquisition d’un révolver, disant qu’il préférait mourir qà recevoir des reproches de son ami.
C’est vers le milieu de 1885 qu’il est pris d’une activité exagérée et franchement maladive, qui l’amène à l’asile. Au mois de janvier de la même année, il avait eu une nouvelle période de tristesse avec apathie complète, d’où de nouvelles occupations l’avaient fait sortir, jusque vers le mois d’août, époque à laquelle il prend la direction des Folies-B... Il s’imagine qu’il a fait une merveilleuse affaire, qui lui sert de thème à toutes sortes d’extravagances, à mille projets ambitieux. Il veut monter les Folies par actions ; il fait même imprimer ces dernières et entretient tout le monde de son projet avec une emphase et une volubilité dignes d’un paralytique général. En même temps, il poursuit l’idée de construire un Palais de Cristal, où il donnera des représentations à bon marché • les plus grands artistes lui prêteront leur concours. II établit des plans, fixe le prix des places. Ne doutant plus de rien, il est persuadé qu’il va trouver deux millions et demi. Il paye les artistes des Folies-B... avec des .chèques, alors qu’il n’a pas d’argent chez le banquier. Il commande des dîners avec des vins fins, il fume et boit avec exagération ; il veut acheter chevaux, voitures ; il dépense 30 ou 40 francs de voitures tous les jours; une fois, il a consommé dans la journée plus de 14 francs d’huîtres. En six semaines, il mange près de 15,000 fr. et contracte partout des dettes. Exagération des appétits sexuels depuis le début apparent de la maladie.
Legrain. U
Le jour de son entrée, on constate le désordre qui existe dans ses idées, dans ses actes, et sa loquacité. Il tient des propos à peu près incohérents et ambitieux. Pendant tout le mois d’octobre il conserve la meme attitude. Dans ses moments de calme, il était très lucide, racontant avec précision, mais pourtant avec un peu d’exagération, les diverses phases de son existence, récits où se révélait à merveille la déséquilibration de son esprit. Dans ses moments d’excitation, il reprenait ses idées ambitieuses, poursuivant surtout la conception de son palais de cristal. D’une jalousie absurde envers sa femme, il était grossier et inconvenant devant elle, l’accusant d’avoir décidé son internement, de concert avec son amant. D'autres fois, il était expansif, d’une tendresse exubérante. Il exagère tout d’ailleurs. A la suite d’une discussion il provoque un malade en duel. Une autre fois, il accuse un gardien de brutalités envers les malades et invoque dés témoignages qui ne justifient pas l’accusation.
L*e 26 novembre, il . est envoyé à Ville-Évrard, très légèrement amélioré. Après un séjour de deux mois, il est mis en liberté. Actuellement, il est aussi complètement rétabli que possible, c’est-àdire qu’il a repris ses occupations antérieures, mais il est toujours mal équilibré, et il ne faudrait évidemment qu’une cause très légère pour provoquer de nouveaux accidents graves.