‹ Du délire chez les dégénérésChapitre 18 sur 22 · COTÉ PATERNEL. COTÉ MATERNEL · texte numérisé non relu

COTÉ PATERNEL. COTÉ MATERNEL

1 Grand oncle. Grand père. 1 Grand'mère. Gr. père. Gr. mère.

Imbécile. Alcoolique.

I ? Père 1

Maladie grave, délire très actif avec tentative de suicide. Mort à 40 ans (méning.

tub. ?)

| Cousine . | [ Frère . Frère, malade.

Névropathe, affection nerveuse mal déterminée sur la fin de ses jours.

f Mère. ^

Débile, signes de dégénérés. physiq., scarlatine avec délire, convulsionsdans l’enfance.

Sœur. Frère. Frère. |

Vésanique. Convulsions, Mort-né. 6 ans. Mortà5ans Céphalal-

deforrnations Chétive, de ménin- gies fré-

rachitiqUes. gite avec q Ue ntes.

hémiplégie.

Antécédents personnels. — C... est un venu à terme après une grossesse normale et un accouchement dans de bonnes conditions. Il a subi un léger retard dans son évolution physique : sa l re dent

n est sortie qu à 10 mois, et il n’a commencé à marcher que vers 1 an. Pas de convulsions. Débilité mentale. Il a appris assez facilement à lire, mais n’a jamais bien écrit. Son instruction est restée assez rudimentaire. D’un caractère très doux et très docile, il eut cependant dans sa première enfance des accès violents de colère. Peu vicieux, il n’a jamais présenté ces mauvais instincts si fréquents chez les jeunes dégénérés ; il ne s’est livré que rarement à l’onanisme.

Extérieurement, il présente peu de signes physiques de dégénérescence ; la tète est cependant d’un volume un peu exagéré ; les oreilles sont grandes et assez fortement détachées de la tète.

Vers l’âge de 8 ou 10 ans, son intelligence parut se développer d’une façon exubérante ; il apportait du goût dans les différents travaux manuels auxquels il s’occupait ; ses sentiments affectifs étaient très développés, il était d’une douceur et d’une gentillesse extrêmes vis-à-vis de sa mère ; il travaillait régulièrement; son attitude sérieuse, ses habitudes réservées et le développement de ses facultés étaient peu en rapport avec son âge. Son esprit donnait toujours de l’avant ; constamment préoccupé de l’avenir, il songeait déjà à mettre de côté de l’argent en vue du service militaire. D’ailleurs, très soigneux, ordonné à l’excès, méticuleux autant que son père qu’il rappelait entièrement au physique comme au moral. Aimant la solitude, il n’a jamais été joueur. A 12 ans, nous le retrouvons seul à Paris, travaillant d’arrache pied, se tirant d’affaire tout seul, envoyant ses économies à sa mère pour la soutenir. « Il aurait conduit une maison », dit sa patronne.

Pas de tendances vers les idées de persécution, pas d’idées mystiques, pas de frayeurs la nuit, pas de craintes superstitieuses des sorciers, du diable, etc., pas d’impulsions au suicide.

11 n’a fait qu’une maladie grave, à 11 ans, pour laquelle, il aurait failli mourir. Ee médecin aurait parlé d’une méningite.

Histoire de la maladie. — Tout à coup, vers le commencement de 1885, la scène change. C... n’a plus les mêmes allures. IL parait bizarre, étrange et, dans ses lettres à sa mère, il affiche de 1 orgueil, de la fierté, et il exprime des idées ambitieuses. Il parle laconiquement, et même il devient impoli. Vers le mois de mars, il commence à devenir inattentif à son travail. Il quitte brusquement le client qu’il sert, se met en contemplation devant le ciel et rit aux éclats. Si on lui demande ce qui le fait rire, il répond : « Je ne sais, j’ai quelque chose là qui me force à rire, » et il désigne du doigt le creux de l’estomac. Un mot de la patronne le ramenait au

travail ; une fois seulement il répondit une grossièreté à cette dernière qui lui donnait doucement quelques conseils, sans que rien parût motiver une semblable.réponse. 11 mangeait 'machinalement, sans y penser, quand les heures de repas arrivaient ; il avait sl’air d’être complètement étranger à ce qui l’entourait ; il ne se rappelait pas à l’instant ce qu’il venait de faire tout à l’heure.

Le reste du temps, il regardait en l’air, dans l’attitude de la contemplation ; son visage semblait parfois rayonnant. 11 apprenait à ‘tirer les cartes et à dire la bonne aventure.; ; il s’ingéniait à inventer toutes espèces de constructions singulières en fil de fer, en carton, etc., qù’il fabriquait avec un certain art. Il m’adressait tpi us la "parole'-à personne et-s’enfermait pour travailler. Ses travaux étaient nombreux et variés, mais tous étaient empreints d’un cachet d’absurdité et d’incohérence. C’étaient des dessins, des signes, des croix, accompagnés de formules, comme on en trouve dans ;les livres des alchimistes ; il y est parlé de L’or, du plomb, de l’argent, alliés de différentes façons pour produire les. résultats les plus bizarres. Ces formules étaient inscrites et recueillies dans des cahiers de papier à cigarettes. Il avait acheté un livre;de médecine qu’il disait en cachette. Pendant la nuit son sommeil était entrecoupé de rêvasseries, il se levait fréquemment.-se mettait à sa fenêtre, contemplait -las astres et riait aux éclats.

Trois semaines, avant son entrée ,à l’asile, nous avons vu C... à la consultation gratuite de Sainte-Anne ; il répondait à cette époque par monosyllabes aux questions que nous lui posions ; son. aspect était celui du typhique (fièvre, abattement profond, langue sèche céphalalgie),

A la suite de cette consultation, il s’excite:; les nuits se passent sans sommeil, et le malade parait de plus en plus préoccupé. Il vit une fois, pendant la nuit, des bêtes sur la pendule et il insista pour que sa mère jetât un voile sur elles. XJne autre . fois, il garda pendant toute une nuit le portrait de -son père sous -ses yeux; accompagnant sa contemplation de marmottements et de mouvements cabalistiques.'C’est dans cet état qu’il fut admis à Sainte- An n e de 26 avr i 1 1886.

Mai 1886. iPendant la plus grande partie du mois de mai, G... a présenté les mêmes symptômes : mêmes rires irrésistibles, mêmes contemplations muettes ; dans la.journée, il reste indifférent à ce qui l’entoure, ne joue pas avec ses petits camarades;; il songe à ses inventions. Il trace sur une ardoise son ballon dirigeable, et quelques autres dessins sans aucune valeur. Les nuits sont redevenues tranquilles. :Peu à peu, l’état d’excitation cérébrale a disparu, et

vers la fin du unois de mai, l’activité a fait place à de la dépression. De temps en temps encore, le malade sourit béatement, mais il retombe dans un état de demi-stupeur dont on a peine à le faire sortir. Il semble ne plus penser à rien. Autrefois, il se rendait encore utile ; aujourd’hui il vit comme dans un rêve. Immobile sur ses deux pieds au milieu de la salle, il a besoin de violentes excitations :pour agir. Si on lui dit tout à coup : « C..., prenez cette chaise, » il se retourne effaré-, ne sait tout d’abord ce qu’on vent lui dire, puis cherche partout une chaise qu’il a devant lui.

L’état général n’est pas mauvais, bien que le malade ait un peu pâli et un peu maigri ; il mange avec gloutonnerie.

Juin. Amélioration assez sensible au point de vue mental. L’état de demi-stupeur a disparu; C... joue un peu, il rit moins souvent^ et il recommence à causer raisonnablement. Quand il sortira, dit-il, il ira dans un bureau de placement, pour trouver un emploi de garçon épicier. Moins obtus, il parle pourtant encore de ses inventions comme d’une réalité. A mesure qu’il a inventé, dit-il, on a reproduit ses inventions, surtout celle qui fera marcher dans les

Juillet. Dans la première quinzaine, l’amélioration s’accentue. Le malade est tranquille, s’occupe plus régulièrement. Il semble marcher définitivement vers la guérison et .est envoyé à Vaucluse le 15 juillet.

U alcoolisme, considéré dans ses rapports avec la dégénérescence mentale, est une question des plus intéressantes, particulièrement à notre époque, où l’alcool fait des ravages croissant tous les jours, dans toutes les classes de la population. Elle intéresse ajuste titre île clinicien et le législateur, mais surtout ce dernier', qui devra s’efforcer de restreindre* par des;lois, les progrès de l'intoxication alcoolique. S’il est en effet deux propositions qu’on ait le droit de formuler aujourd’hui, ce sont les deux suivantes : L'infériorité cérébrale , cause directe des excès de boissons , trouve son origine le plus souvent dans l'hérédité; en d'autres termes , les buveurs sont des dégénérés; — et cette autre: L'alcoolisme est une des causes les plus puissantes de la dégénérescence mentale, vu d’autres termes, les fils d'alcooliques sont dégénérés. Les rapports qui

existent entre l’alcoolisme et la dégénérescence mentale se résument donc dans ce terrible cercle vicieux, qui trouve sa confirmation aujourd’hui dans une infinité d’observations médicales des plus éloquentes.

Il est impossible de nier l’infériorité cérébrale des buveurs : ivrognes, alcooliques ou dipsomanes ; l’immense majorité comprend des débiles ou des individus mal équilibrés et il est possible, croyons-nous, de retrouver dans leurs antécédents la raison de cette propension à commettre des excès inutiles. Nous avons toujours recherché l’hérédité morbide dans les antécédents d’un bon nombre d’alcooliques que nous avons observés à Sainte-Anne, et rarement elle nous a échappé. Il est d’ailleurs peu d’observations de dégénérés dans lesquelles on ne retrouve notés quelque part les excès de boissons. Inversement, il est notoire, au moins en ce qui concerne les alcooliques renforcés que leur descendance compte des idiots, des imbéciles, des débiles et des névropathes, dont les plus communs sont les épileptiques. La vérité de nos deux propositions nous paraît donc suffisamment établie. Les observations que nous donnerons plus loin viendront en compléter la démonstration, faite d’ailleurs de main de maître depuis fort longtemps par M. Magnan dans son livre sur l’alcoolisme.

Nous ne serons donc plus étonnés maintenant quand nous signalerons la- fréquence des excès de boissons comme cause déterminante, non plus d’un délire toxique, mais d’un délire d’un autre ordre, chez les dégénérés. Ces excès occupent même le premier rang dans la liste des causes. Chez les sujets peu prédisposés, dont l'équilibre intellectuel est encore assez stable, des excès de boissons entraîneront une ivresse passagère, ou bien, s’ils sont longtemps répétés, ils provoqueront tous les symptômes do l’intoxication. Mais, que la prédisposition soit plus marquée, on voit alors survenir, quelquefois longtemps avant le délire toxique, un tout autre délire : délire ambitieux, de persécution, etc. Dans d’autres cas, on voit simultanément

évoluer un délire alcoolique avec un autre délire ; c’est alors un exemple de coexistence de plusieurs troubles délirants d origine différente chez le même malade. Ce genre de coexistence compte parmi les plus fréquents. Enfin, dans un dernier «as, on voit les excès de boissons créer d’abord un délire toxique qui s’amende ; puis, l’intelligence se trouvant singulièrement déprimée, la prédisposition héréditaire agit alors avec toute son intensité, et engendre un autre délire. Toutes les causes prédisposantes de délires étant réunies chez le dégénéré, l’alcool vient alors jouer le rôle d’un appoint ; c’est le dernier poids qui achève de déséquilibrer la balance ; le délire s’installe.

Nous trouvons un bel exemple d’appoint alcoolique dans l’observation suivante. Il s’agit d’un débile qui a mené jus qu’à 59 ans une existence des plus régulières et qui, entraîné tout à coup à boire, ne tarde pas à présenter un délire ambitieux bien constitué avec une excitation qui trouve sa cause dans les excès alcooliques.

Observation LVIII.

Débilité mentale. Excès de boissons devenant la cause occasionnelle d’un délire ambitieux chez un malade ordinairement sobre.

R... âgé de 59 ans, entre à Sainte-Anne le 9 octobre 1885. C’est un faible d’esprit habituellement très intéressé. Il n’a jamais commis d’excès de boissons, et menait une existence très régulière, lorsqu’il y a un mois il s'est mis à boire par entraînement. Ces excès inaccoutumés ne tardent pas à déterminer une excitation cérébrale intense. Abusant de la faiblesse de son intelligence, des individus tiennent autour de lui des propos qui l’exaltent davantage : on lui raconte qu’il est élu député dans deux départements, et qu’il gagnerait 150,000 francs à l’Opéra, s’il voulait s’y présenter. R... ne tarde pas à croire à sa bonne étoile et un délire ambitieux absolument incohérent s’installe : il se croit un grand homme, il a une

belle voix; il est ténor àd’Opéra et gagne 50,000 francs par mois ; il est élu député par 199.000 voix ; il va remplacer J. Grévy ; etc.

Le 13 octobre, il est dirigé sur Ville-Evrard, un,peu plus calme.

Voici deux, [observations dans lesquelles les excès alcooliques viennent', se joindre nettement às lieu prédisposition héréditaire pour faire naître- des troubles intellectuels variés^ Dans la première observation (MX) nous voyons un dégénéré entrer à douze- reprises' différentes à l’asile, à-, la suite d ! excès de boissons, qui.déterminent cliaque fois des troubles dév lirants qui ne tiennent; pas^ exclusivement; à bintox-ication alcoolique. L’observation suivante (LX) nous montre un délire mélancolique et mystique, survenant chez un. débile jeune {jui.boit. depuis une. année..

Observation LIX.

Débilité mentale. Ivrognerie invétérée. Douze entrées consécutives dans lès asiles pour des troubles intellectuels reconnaissant le plus souvent comme cause les abus de boissons.

G... est un type de dégénéré débile, les signes de dégénérescence qu’il présente sont les suivants : strabisme, blésité, convulsions dans l’ènfânce et parésie droite consécutive : perversions instinctives nombreuses, arrêt de développement des facultés intellectuelles, impulsions. De 17 à 25 ans il entre 12 fois dans les asiles. Voici en quelques, mots l’histoire de cette série d’internements.

10 entrée, 12:.mai 1377» Perversions morales ; il cherche à détruire, tout ce qu’il trouve; il. vient de subir un. mois, de détention à la Petite Roquette.

2 e entrée, 9 juin 1881. Fugues fréquentes. Actes impulsifs. Menaces envers son père. Eareès de boissons et excitation consécutive;

3 e ’ entrée, 17 juillet 1882. Excitation maniaque: à la suite dlexcès.de boissons. Prévention de vol. Envoyé à Bicêtre..

Centrée, 17 octobre-1882. S'est remis à boire aussitôt après sa sortie ; délire alcoolique ; deux attaques épileptiformes ; excitation intellectuelle ; fugues ^

5 ÿ entrée, 7 mars 1883; Excès de boissons. Excitation, Impulsions. Inculpation de vagabondage. Mise en liberté peu de temps après.

6 e entrée, 10 juin 1683. Excès de boissons. Excitation consécutive.

7° entrée, 12 janvier 1884. Crises d’excitation sous l'influence de l’alcool. Il s’acharne à. déchirer ses vêtements, et à deux reprises s’est mis dans un état complet de nudité.

8 e entrée, 15 mars 1884- Réintégré après évasion de Ville-Evrard.

9 e entrée, 24 décembre 1885. Excès de boissons avec excitation consécutive. Transféré à Vaucluse dioù il s’évade.

10 Q entrée, 19 mai 1883- Excèsde boissons. Violences. Transféré à Bicètre, d’où, il s’évade.

IIP entrée, 13 juillet 1885. Scènes d’exaltation maniaque. Envoyé A la sûreté de Bicètre,,il s’évade encore.

12 e entrée, 21.octobre. 1885- Réintégration après, évasion*. Envoyé à Bicètre le.3 novembre.

Observation LX,

Débilité mentale; .Accès de; délire mélancolique avee idées? mystiques et idées de.persécution,,a la. suite d’excès de. boissons,,survenant.chez un jeune sujet.

J.., 21 ans, entre pour la première fois à Sainte-A:nne le 27“décembre 1883. Il présente l’état mental des débiles ; stigmates physiques de dégénérescence.; asymétrie faciale très accentuée ; gros nez pendant, dévié à droite; lèvres difformes; implantation vicieuse des dents; pendant le rire, la commissure droite est attirée en haut. Fièvre typhoïde à 12 ans.

Hérédité. — Grand-mère paternelle morte à 25 ans après une courte, maladie:,, à~symptômes cérébraux, prédominants ; Grand’père maternel, mort-subitement à 58 ans. Père, : vif,.emporté,mœurs légères,; originalités ; aime à.soutenir le.paradoxe et. même l’absurde ; il soutiendra avec entêtement. q.u’un objet, vert est jaune. Une cou* sine germaine (côté pat.) : délire mélancolique, soignée comme aliénée à- domicile; débilité- mentale Un cousin germain est débile, apathiqpe,, incapable de se diriger. Frère, 18 ans, est turbulent, irascible; présente aipeu-près le caractère du père.

Histoire du mauade. — l re entrée. A la suite de quelques excès de boissons, dépression mélancolique avec découragement, craintes imaginaires, alternatives diexcitation et de. dépression. Envoyé à Ville-Evrard, il y reste jusqu’à la fin de janvier 1885-

2° entrée , 6 avril 1885. Employé dans une maison de vins en gros, il s’est laissé aller à boire (vermouth, malaga, bagnols). Il y a quinze jours, nouvelle dépression mélancolique dont la monotonie est rompue paifois par des moments d’excitation. Refus d’aliments, craintes d’empoisonnement. Idées mystiques; du matin au soir, il a des livres de prières à la main ; il passe une partie de son temps à la synagogue, où il se livre à mille contorsions bizarres, imitant le rabin qui prêche, etc. Terreurs, idées de persécutions; la voisine veut le faire sauter et mettre le feu à la maison avec du pétrole. Il y a une sorcière dans la maison Parfois, mutisme absolu pendant une journée; d’autres fois, discours sur la religion ; il reste en prière jusqu’à une heure avancée de la nuit, fixant le ciel, le visage tantôt triste, tantôt souriant, prenant des airs inspirés. Il demande aussi fréquemment à voir des femmes. On est jaloux de lui, on le dérange dans son travail, rixe avec les employés de son patron. Voies de fait envers sa mère, menaces de mort.

Les quatre observations suivantes font ressortir nettement la prédisposition héréditaire chez des malades qui se livrent à la boisson. Le premier malade, âgé à peine de 30 ans, boit l’absinthe avec excès depuis déjà dix années; il est arrivé progressivement à un état d’abrutissement complet. Dans les antécédents du second, outre l’hérédité vésanique, nous notons les excès alcooliques jusque chez les grands parents.

Observation LXI (Résumé).

Dans cette observation, il s’agit d’un héréditaire dégénéré, âgé de 30 ans à peine, qui depuis des années fait des excès énormes d’absinthe, et qui est arrivé à l’abrutissement le plus complet après avoir présenté des vertiges et des crises convulsives d’origine toxique. Ses antécédents sont les suivants :

La mère a eu des convulsions dans l’enfance ; elle est débile et loquace. Le père, âgé aujourd’hui de 70 ans, avait 50 ans, au moment de la naissance du malade. (Il y a 14 ans de différence entre le père et la mère). Il est peu intelligent et manque de toute initiative. Un grand-oncle, du côté maternel était d’une avarice sordide ; très riche, il allait néanmoins en guenilles, il cachait son argent sous les meubles, dans ses bas ; il se croyait toujours volé. Il a été soigné et est

mort dans une maison de santé privée. Le fils du précédent (cousin de la mère) est également soigné dans une maison de santé ; il est aussi déséquilibré et aussi avare que son père.

Trois frères et sœurs sont morts en tas-âge avec des convulsions.

Observation LXII (Résumé).

Ici, le malade présente un double délire : l’un, dépendant entièrement de l’intoxication alcoolique; l’autre est un délire où se mélangent les idées de persécution et les idées de grandeur. Ce dernierdélire éclate à propos des excès de boissons, et coexiste avec le délire alcoolique. Les idées de persécution remontent à une année : le malade croit qu’on lui en veut, qu’on veut l’empoisonner. Six mois plus tard éclate une bouffée d’idées ambitieuses : il est le fils du chevalier d’Assas et le neveu de l’empereur Guillaume. Il s’est battu à Plewna, à Gravelotte ; on l’a décoré trois fois. Mac-Mahon est son oncle; sa mère est la reine d’Angleterre. Voici ses antécédents héréditaires, où l’on constate, en outre de l’hérédité vésanique, les excès de boissons jusque chez les grands-parents.

Grands-parents, très buveurs. — Père, débile, alcoolique. Buvait près d’un litre d’eau-de-vie de marc à son déjeuner. Mal équilibré, violent, brutal envers sa femme. —Mère chétive,souffreteuse, morte jeune d’une affection cardiaque. - Frère alcoolique avec délirium trémens. Un accès de délire ambitieux. Débilité mentale. — Sœur, faux trait de la vue, déséquilibrée, jalouse, a eu un accès de mélancolie avec stupeur qui a duré trois mois : hébétude, gâtisme. Elle a eu deux enfants, turbulents, batailleurs.

Le malade a eu deux enfants dont l’un a eu des convulsions dans l’enfance, et dont l’autre est rachitique.

Observation LXIIf (Résumé).

Il s’agit d’un malade atteint à 36 ans de délire alcoolique et dont les antécédents héréditaires sont les suivants :

La grand'mêre maternelle est morte à l’asile de Clermont où elle était internée depuis deux ans pour un délire de persécution. — La mère est morte apoplectique. — Une tante maternelle a eu des accès de mélancolie.

Legrain. ^

Observation LXIV (Résumé).

Cette observation a trait à un débile, âgé de 28 ans, entré à Sainte- Anne pour un délire alcoolique, et qui faisait des excès énormes de boissons depuis longtemps.

Antécédents héréditaires. — Grand-père maternel. Alcoolique, attaques épileptiformes, suivant chaque excès d’alcool, à partir d’une certaine époque de sa vie — Mère , peu intelligente, dévotion exagérée, tempérament nerveux, irritable. — Père, 58 ans, hémiplégique. — Sœur , morte tuberculeuse à 16 ans. — Frère, 20 ans, faible ■d’esprit, n’a pu apprendre ni à lire ni à écrire. — Trois autres frères •et sœurs sont dans le même cas.

Ainsi donc, à la base de tonies les formes de l’alcoolisme, nous trouvons la dégénérescence mentale. L’état mental de l’ivrogne, qui s'expose sans pudeur aux risées de tous, et qui ne s’amende pas, est nécessairement inférieur. Quant au malade qqi, sciemment, s’intoxique lentement, sans restreindre jamais ses excès, sa faiblesse -de volonté et sa perversion morale le rangent dans la catégorie des déséquilibrés. Enfin dans la première partie de notre travail, nous avons fait de la -dipsomanie une impulsion caractéristique de la dégénérescence mentale.

L’alcoolisme, une fois .constitué, réagit à son tour sur le -cerveau dégénéré, en provoquant des troubles intellectuels variés, venant parfois se surajouter au délire spécial, conséquence de l’intoxication elle-même.

Les phénomènes physiologiques et pathologiques si variés dont les organes génitaux de la femme sont le siège ont toujours été et sont encore accusés de produire par action reflexe des troubles intellectuels. Cette conception a donné naissance à une série de maladies nouvelles, considérées toutes comme autant d’entités, tels que les folies menstruelles, les folies

puerpérales, les folies de la ménopause, toutes rangées dans un grand groupe de vésanies, dites sympathiques. Si l’on s’en tient à l’analyse clinique et physiologique de la maladie, l’idée de folie sympathique parait très juste et très féconde. On observe en effet des troubles intellectuels 'coïncidant assez souvent.avec des modifications de l’appareil génital, à l’époque des règles, pendant la grossesse, pendant l’allaisement, etc. Dans la plupart de ces cas même, on peut noter assez exactement l’enchaînement des phénomènes, et les troubles intellectuels apparaissent comme un rêflexedont la voie centripète s’étend depuis la sphère génitale jusqu’aux centres encéphaliques. Mais, constater d’une part une relation physiologique entre fous les symptômes observés ne permet pas, d’autre part, de conclure qu’il y a rapport de cause à effet, entre les phénomènes relatifs à la sphère génitale et les troubles intellectuels.

Si l’on analyse cliniquement en effet, les folies dites sympathiques, on remarquera qu’il n’en est aucune que l’on puisse considérer comme typique. 11 n’y a pas une forme clinique invariable, sur laquelle on puisse mettre sans hésiter l’étiquette de folie sympathique. Les différents sujets réagissent de différentes façons sous l’influence d’une cause unique, dépendant, par exemple, des modifications organiques du système génital. Tantôt la folie dite menstruelle sera une mélancolie, tantôt une manie, tantôt une série d’obsessions, ou d'impulsions, etc. De même pour les folies puerpérales et les autres psychoses sympathiques.

Un fait capital est encore à noter dans tous ces cas, c’est le degré de débilitation plus ou moins considérable accompagnant les manifestations de la névrose. La folle puerpérale a eu une grossesse pénible, un accouchement laborieux; elle est dans la misère et dans l’incapacité absolue de supporter un allaitement ; la folle menstruelle est chloro-anémique, ou bien elle aura souffert d’une maladie grave de longue durée, etc. En un mot, presque toujours à côté de l’influence génitale

Ton trouvera le terrain préparé par un état antérieur de débilitation, dû à.une affection intercurrente ou relevant directement des phénomènes accomplis dans la sphère génitale. Le sujet est en état dopportunité morbide. Ces considérations suffiraient déjà, croyons-nous, à amoindrir la valeur des folies sympathiques comme entités cliniques. Il en est d’autres en- Qore ; si ces psychoses relèvent uniquement de phénomènes physiologiques ou pathologiques accompagnant l’évolution génitale, on nous permettra de demander pourquoi les folies puerpérales et menstruelles sont aussi peu communes ? pourquoi une femme, qui a déliré une première fois à son premier accouchement, ne délire pas aux grossesses suivantes? Certainement l’influence génitale est énorme, mais on ne doit lui accorder qu’une action accessoire, déterminante, qui n’agit, comme les causes déjà énumérées, qu’en vertu d’une prédisposition spéciale, due en entier à l’hérédité. Les psychoses menstruelles, les folies puerpérales n’existent pas comme entités morbides, et nous avons vu qu’elles n’existaient pas comme entité clinique. Elles sont dominées par une cause première, sans laquelle elles ne sauraient exister, la tare nerveuse héréditaire. Les modifications importantes qui s’opèrent à certaines époques dans le système génital de la femme jouent le rôle d’un appoint, comme plus haut l’alcool devenait la cause occasionnelle de délire chez les prédisposés.

Si maintenant, l’esprit dégagé de toute idée préconçue, on analyse ces folies sympathiques dans leur début, dans leur marche, dans leur terminaison, dans leurs variétés, on remarquera que leur description rappelle trait pour trait celle du délire des dégénérés. Les folies menstruelles, utérines, puerpérales, etc., ne peuvent être séparées, cliniquement de ce dernier. La cause occasionnelle seule varie, mais la cause première, 1’hérédité morbide, est invariable. Parmi les causes déterminantes du délire des dégénérés, nous inscrirons donc, en tête de la liste, en face de l’alcoolisme, les nombreuses modifications organiques du système génital de la femme (mens-

truation, grossesses, etc.), surtout lorsqu’elles entraînent en même temps une débilitation de l’économie tout entière.

Pour terminer ce chapitre d’étiologie, il nous reste à dire quelques mots de l’éducation et de l’instruction, pour établir encore plus nettement l’importance capitale de la prédisposition héréditaire dans la genèse des troubles intellectuels. On accorde généralement une trop grande valeur à l’influence modificatrice de l’éducation, de l’instruction, du milieu social, sur les différentes facultés mentales des sujets. Ces facteurs ne peuvent rien sans la prédisposition, et ils ne peuvent qu’en raison directe de cette dernière. De deux individus, plongés dans le même milieu social, recevant la même instruction, la même éducation, l’un subira une modification qui se traduira . par une évolution intellectuelle x’apide, l’autre restera à peu près stationnaire. Pour expliquer ces différences d’aptitudes, il faut nécessairement faire intervenir une prédisposition native. Le second est visiblement un dégénéré relativement au premier; il est porteur, en venant au monde, de lésions qui, par leur siège, leur étendue, entraînent la disparition de tels ou tels centres, et, par suite, de telles ou telles aptitudes.

Les aptitudes à délirer sont également en raison du degré de dégénérescence. Nous avons vu que nombre de dégénéiés délirants puisaient dans le milieu social, dans leur éducation, dans leur instruction, les matériaux nécessaires à l’édification de leur délire. Grâce à la prédisposition héréditaire, ils sont très incomplets et incapables de réagir contre certaines influences d’une éducation ou d’une instruction défectueuses,

. ou de modifier par eux-mêmes ces dernières.. Dans la genèse .des troubles délirants, on n’accordera donc à ces derniers facteurs qu’une valeur relative au pouvoir réactionnel du sujet, pouvoir qui est précisément en raison inverse de son degré de déchéance intellectuelle.

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