ÉTAT MENTAL DES DÉGÉNÉRÉS
: Les stigmates physiques de la dégénérescence que nous venons d’examiner sommairement doivent faire songer logiquement au retentissement de l’influence dégénérative sur les organes nobles : le cerveau et la moelle ; n’est-il pas évident que le processus dégénératif a une action absolument générale, et que les centres nerveux n’ont pas plus le droit que les autres organes d’échapper à cette action. Nous avons vu que certaines dégénérescences se révélaiént à nous par des signes èxtérieurs et palpables, d’autres se révéleront au clinicien par une anomalie de fonctionnement : dans cette catégorie rentrent les difformités cérébro-spinales dont l’étude fait l’objet de ce chapitre. Grâce aux travaux que M. Magnan poursuit depuis de nombreuses années avec persévérance, les signes révélateurs de ces difformités, constituant l’histoire proprement dite de la folie des dégénérés, deviennent de plus en plus nets. Morel avait bien conçu une partie du problème, mais M. Magnan devait surtout le résoudre en indiquant, parallèlement aux stigmates physiques, des stigmates psychiques de dégénérescence.
L’état de dégénérescence est constitué de la manière suivante : Vaccumulation, plus ou moins considérable , suivant les cas , dans les antécédents d'un malade , d'affections cérébro-spinales susceptibles d'influencer la descendance. De cette accumulation, de cette convergence, résulte un état morbide spécial, un grand complexus pathologique qui n’est autre que la folie des dégénérés. L’héritier d’un ou de plusieurs vésaniques
n’est pas un simple vésanique, c’est un sujet à allures spéciales, dont l’ensemble constitue les symptômes de la dégénérescence. L’accumulation de tares cérébrales dans les antécédents d’un malade entraîne chez ce dernier, outre une prédisposition à délirer plus facilement que tout autre, la création d’un état mental nouveau, anormal, susceptible d’une description particulière.
Il s’ensuit logiquement que le degré de dégénérescence sera en rapport direct avec la qualité numérique des antécédents héréditaires. C’est en effet ce que l’observation démontre. Plus la tare sera lourdement chargée, plus l’héritier sera affaibli intellectuellement.
Le tableau suivant démontrera nettement l’influence" de l’hérédité morbide. On peut y suivre trois générations. La plus récente est composée de cinq individus, dont l’un a été observé par nous. Il est presque imbécile et sourd-muet. De plus, il a de mauvais instincts, surtout des tendances au vol. Ainsi que l’indique le tableau, il possède dans ses antécédents de nombreuses tares; aussi est-il un type de dégénéré. (Voir tableau I, page 8.)
Il y a donc toute une échelle de dégénérescences dont les échelons sont innombrables ; il y a toute une .série graduellement ascendante dont le terme le plus inférieur est occupé par le dégénéré maximum. Partant de ce terme, on rencontre une suite d’individus de moins en moins déchus. Tous les termes de la série se succèdent sans transition brusque, jusqu’au type occupant le haut de l’échelle, celui dont l’hérédité est réduite à sa plus simple expression.
Les malades nettement déchus au point de vue cérébral ont été classés en trois grandes catégories : les idiots, les imbéciles, les débiles ; mais il est une quatrième catégorie, non moins importante que les précédentes, et dont la création appartient àM. Magnan, c’est celle qui comprend les dégénérés supérieurs. C’est la classe des individus intelligents, possesseurs du plus grand nombre de leurs facultés mentales, mais enta-