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III. A. Délire multiple se développant \Délire ambitieux

d’emblée sans tendance à l’évo- j — religieux, lution systématique. ) — de la persécution,etc.

B. Manie raisonnante. Folie morale.

Syndromes épisodiques des héréditaires.

1° Folie du doute.

2° Aichmophobie (atxpwi pointe).

3° Agoraphobie, claustrophobie, topophobie.

4° a. Dipsomanie (£rrc<jx, soif).

b. Sitiomanie otn», aliments).

5° Pyromanie, pyrophobie.

6° a. Kleptomanie, kleptophobie.

b. Oniomanie (wvta, achat).

7° Manie du jeu.

8° Impulsions homicides et suicides.

9° Onomatomanie.

10° Arithmomanie.

11° Echolalie, coprolalie avec incoordination motrice.

12° Amour exagéré des animaux. Folie des antivivisectionnistes 13° Anomalies, perversions, aberrations sexuelles.

14° Aboulie.

Il est facile de constater, d’après ce tableau, que la série des syndromes est loin d’être close. L’esprit du dégénéré est d’une fécondité illimitée. Toute obsession, toute impulsion dont les caractères répondent à ceux que nous avons décrits, mérite d’être rangée dans ce tableau, et il est facile de prévoir pour l’avenir l’isolement d’un nombre plus ou moins considérable de nouvelles modalités syndromiques que la clinique n’a pas encore su reconnaître.

Folie du doute. — Sous cette dénomination, on a coutume

de décrire une variété de folie avec conscience, caractérisée par une série d’interrogations mentales produites par le doute. Mais les auteurs décrivent ordinairement à côté de la folie du doute une autre modalité délirante : le délire du toucher , tellement que pour eux, folie du doute et délire du toucher constituent une véritable entité clinique, dont les deux termes sont inséparables, le second étant fatalement la conséquence du premier. La maladie commencerait par le doute, et la crainte du contact des objets extérieurs constituerait la seconde période de la maladie. Rappelons en deux mots le tableau clinique de ces deux syndromes : les malades sont constamment obsédés par une foule de questions qui se pressent dans leur esprit, questions auxquelles ils ne peuvent pas répondre ; et conséquemment à cette impuissance intervient une souffrance morale inexprimable. Le doute embrasse toute espèce de sujets métaphysique, théologie, etc. Cette sorte de « rumination psychologique », suivant l’expression de M. Legrand du Saulle, est toute la maladie. Elle s’impose d’une façon tyrannique à l’esprit des malades ; ceux-ci se troublent, s’égarent, s’impatientent et sont finalement envahis par le plus profond désespoir.

Quant au délire du toucher, il est caractérisé par la'crainte et l’impossibilité dans laquelle se trouvent • les’malades de toucher certains objets. C’est l’histoire de ce suisse de ca* thédrale qui pendant vingt-cinq ans a souffert cruellement chaque fois qu’il était obligé, pour son service, de toucher sa hallebarde; il luttait longtemps contre sa terreur qu’il trouvait ridicule , avant de pouvoir se déterminer à toucher l’objet. C’est encore l’histoire de ce conseiller de Cour d’appel qui ne peut toucher un bouton de porte, s’il n’a préalablement enveloppé sa main avec le pan de son habit (Morel, Délire émotif). XJn autre exemple cité par M. Magnan dans ses cliniques est relatif à cet enfant qui est pris d’anxiété à la vue d’un fruit velouté, comme la pêche, et qui ne peut toucher ou manger ce fruit s’il n’a été pelé tout d’abord.

Il est facile de voir que ces deux délires répondent au pre» mier chef à là description générale que nous avons donnée des syndromes épisodiques dont ils sont deux types parfaits. Mais ils ne sont pas forcément associés ensemble. Il n’y a même pas, selon M. Magnan, rapport de cause à effet entre l’un et l’autre délire. L’observation démontre* en effet, que tantôt la folie du doute évolue seule, sans que jamais le délire du toucher vienne s’y adjoindre, et que tantôt c'est ce dernier qui précède la folie du doute dans l’ordre d’évolution, tantôt il arrive le second, tantôt enfin il occupe seul la scène pathologique, sans que jamais le doute apparaisse. Que conclure de ces faits ? C’est que êl la folie du doute et ie délire du toucher sont souvent associés ensemble, ce n’est pas fatal; bien qu’ayant une grande affinité l’un pour l’autre, ces deux délires ne sont liés par aucun rapport de cause à effet; enfin, il est bon d'en séparer la description clinique pour ne pas faire croire à une entité pathologique à deux périodes.

Aichmophobie ou peur des pointes. **=» Ce n’est qu’une variété de délire du toucher, La vue d’un objet pointu, épingle, plume, etc., jette le malade dans une anxiété incroyable; on le voit déployer une imagination extraordinaire pour ne pas se servir de ces objets. Constamment obsédé par cêtte crainte, il a l’esprit continuellement à la torture. Cette crainte est naturellement inexpliquée, en dépit des raisons qu’il essaie d’invoquer. C’est une crainte obsédante, purement et simplement ; aucune idée délirante n’y est attachée.

Agoraphobie. Claustrophobie . Topophobie. —L’ agoraphobie, bien connue depuis longtemps, est relative à cet état d’angoisse inexprimable qui s’empare du malade dès qu’il se trouve en présence d’un espace vide, une placé publique, une rue un peu large, etc. Cette crainte angoissante se produit à chaque occasion, et le malade reste fixé au sol, tant qu’un bras secourable n'est pas venu lui prêter un appui. Le Soutien d’un simple bâton réussit quelquefois à le calmer. Rappelons pour mémoire le fait de ce savant allemand qui, obligé de traverser

un espace vide un peu large pour rentrer chez lui, s’était déterminé, chaque jour, en arrivant à l’endroit en question, à se faire accompagner par une fille publique qu’il interpellait et qu’il abandonnait une fois le danger passé. Un autre sera saisi d’angoisse au moment de passer un pont ; un autre, dès qu’il sera obligé de regarder par une fenêtre un peu élevée. Une femme, que nous avons connue, n’a jamais pu se déterminer, pour un motif semblable, à monter sur les impériales de tramways» Ges faits sont trop connus pour que nous y insistions ; remarquons simplement que les caractères généraux des syndromes se rencontrent dans l’agoraphobie.

La claustrophobie qu’il est logique de rapprocher dé l’agoraphobie est relative à l’angoisse caractéristique qui accompagne chez certains dégénérés la vue d’un espace resserré» Elle se reproduit encore, dans certaines circonstances, en présence de certains lieux déterminés ( Topophobie ), Dans les trois cas, l’angoisse est la même, et ces trois syndromes sont cliniquement calqués l’un sur l’autre.

Dipsomanie. — La dipsomanie, déjà notée par nombre d!auteurs, a souvent, été, il faut le dire, mal analysée, en ce sens que le caractère impulsif qui seul peut la faire isoler de l'alcoolisme, n’a pas toujours été reconnu. Il en résulte que l’on possède aujourd’hui des observations de prétendue dipsomanie qui ne sont autres que des faits à mettre sur le compté de l’alcoolisme.

Dans ses cliniques de 1884, M. Magnan en a repris l’étude, établissant, cette fois, ses véritables caractères sur de nombreuses observations et la rattachant à la folie des dégénérés/

La dipsomanie est Vimpulsion irrésistible à boire.

Elle procède par accès, ét la marche en est absolument typique. Ges accès, d’une durée variable, sont séparés par dés intervalles de repos, où le malade, en pleine possession de sa volonté, professe le plus profond dégoût pour les boissons alcooliques. La dipsomanie est le type du syndrome épiso

dique : périodicité de Y obsession et de V impulsion irrésistibles , bien différente de ce qu’on observe dans l’alcoolisme ; souffrance morale du malade qui a conscience de son état et qui supplie au besoin qu’on l’enferme pour lui éviter la honte de succomber; soulagement consécutif à l’acte accompli, joint au regret, mais n’empêchant pas l’obsession de revenir tant que l’accès n’est pas terminé,.

Tout, autre est l’alcoolique : il boit par occasion, se laisse facilement entraîner par son entourage, mais il n’est pas poussé malgré lui à boire ; il ne boirait pas qu’il n’éprouverait pas cette angoisse particulière au dipsomane. Lorsqu’il provoque l’occasion, c’est bien plutôt par paresse que par besoin irrésistible de boire. Il s’empoisonne lentement, successivement et non par accès. Les excès ne sont pas suivis de ces regrets amers qui suivent l’accès du dipsomane qui, lui, n’a jamais voulu boire, et qui s’est intoxiqué malgré lui. Bref, lorsque le délire alcoolique éclate au cours d’un accès dipsomaniaque, le clinicien est en présence d’une vraie coexistence, ce qui suppose, à priori, deux maladies distinctes, ayant une évolution séparée. Jamais, enfin, l’on ne verra l’alcoolique mêler des matières fécales à sa boisson pour s’en dégoûter et s’empêcher de boire et succomber néanmoins à l’impulsion.

Sitiomanie. — L’appétit irrésistible pour les boissons fortes trouve son complément dans ce nouveau syndrome, beaucoup mains fréquent que la dipsomanie. La description en appartient à M. Magnan, qui a présenté un cas type à la Société médico-psychologique (mai 1885). Il s’agit ici de l'ingestion immodérée et irrésistible d’aliments. A ce détail près, dipsomane et sitiomane sont deux êtres identiques. La malade de M. Magnan était une héréditaire qui, à plusieurs reprises, avait présenté déjà des troubles délirants lorsque, vers 36 ans, elle fut prise tout'à coup du besoin insatiable de manger. Tous les aliments lui étaient bons ; elle mangeait avec gloutonnerie, nuit et jour, sans pouvoir se rassasier, sans pouvoir mettre

un terme à ses excès, èn dépit des reproches qu’elle s’adressait. A la longue, elle finit par demander son internement, sentant bien elle-même le Caractère maladif de son impulsion. A l’asile, dès qu’elle voyait^n morceau de pain, elle était anxieuse et ne manquait pas de dire : « Voilà la cause de mon malheur! »

Pyromanie. — État mental que possèdent momentanément certains dégénérés qui sont obsède's par l’idée de mettre le feu, en dépit de leurs efforts pour se délivrer de cette obsession qui se transforme souvent en une impulsions caractère également irrésistible. Ce syndrome est peu fréquent. Il est bien différent de l’état mental d’une autre catégorie de dégénérés qui mettent le feu en vertu de la perversion de leur sens moral : l’impulsion n’existe pas chez ces derniers qui se laissent volontiers entraîner par leurs mauvais instincts.Ces dégénérés sont au véritablepyromane ce qu’est l’alcooliquè au dipsomane.

Pyrophobie. — C’est l’état du malade obsédé . constamment par la crainte du feu. Cette crainte est un tourment perpétuel. Il est préoccupé chez lui de faire disparaître tous les objets susceptibles de provoquer l’incendie. Il ne connaît plus de repos. il se relève dix fois dans la nuit, cherche sous son lit, sur le tapis, les morceaux d’allumettes, et fait vingt fois le tour de son appartement. Il est incapable de s’acquitter de ses occupations journalières tant l 'obsession est puissante : à chaque instant il est distrait par la même pensée dont il ne peut se défaire : « Si je brûlais ! si le feu allait prendre ! » Obsession, irrésistibilité , angoisse , voilà trois caractères que nous reconnaissons encore.

Kleptomanie. — Certains malades sont poyssès à voler malgré eux et volent irrésistiblement chaque fois que l’occasion s’en présente. La chronique judiciaire est pleine de faits de ce genre, ayant toujours nécessité d’ailleurs l’intervention de l'aliéniste, conjointement à celle du juge.

Rappelons l’histoire de ce médecin qui était préoccupé, pendant ses visites chez ses malades de l’idée d’accaparer leur

montre, et qui en faisait ainsi une véritable collection. Nous avons connu deux malades dont l’un s’appropriait tous les couteaux et l’autre ne pouvait dîner quelque part sans soustraire et emporter son couve^

Tous ces malades ont parfaitement conscience de leur état et ils en souffrent , mais ils ne peuvent s’empêcher de dérober, à tel point que lorsque l’impulsion se fait sentir ils prennent les objets devant les yeux de tous, songeant très bien qu’on les voit et qu’on va les arrêter, mais sans pouvoir se retenir.

Nous dirons dé {ces kleptomanes ce que nous avons dit des pyromanes, qu’ils sont bien différents des dégénérés voleurs qui volent en vertu de leurs penchants et de leurs instincts pervertis.

Kleptophobie. — Syndrome précisément inverse du précédent et s’accompagnant toujours des mêmes phénomènes psychiques : obsession, impulsion, angoisse.

Les kleptophobes sont obsédés par la crainte d’avoir volé, de s’être approprié, sans le savoir, un objet appartenant à autrui. D’où cet état de terreur dans lequel ils se trouvent bien malgré eux, puisqu’ils le trouvent absurde, mais qui les pousse à retourner incessamment leurs poches pour y trouver l’objet en question, à fouiller tous les coins de la maison, à remuer de fond en comble tous les meubles. La kleptophobie, assez rare, est encore un type de syndrome épisodique.

Oniomanie. *— C’est l’impulsion à acheter un nombre considérable d’objets en dehors de toute nécessité, irrésistiblement, quand meme, jusqu’à ce que la bourse soit vide ; certains malades vont jusqu’à voler pour satisfaire leur impulsion.

Ce syndrome est rare. Nous rapportons ici l’observation d un oniomane que M. Magnan a présenté à l’une de ses cliniques de 1885.

Observation Vil (Communiquée par M. Magnan).

Dégénérescence mentale. Oniomanie. Héréditaire, Hérédité morbide considérable.

O... Constantin, 28 ans, employé de commerce, entre à Sainte- Anne le 9 juin 1885 dans le service de M, Magnan. Le certificat qui l’accompagne est ainsi conçu :

« Excitation maniaque, impulsions étranges. Actes commis sans discernement. Hérédité pathologique. Faux en écritures. Condamnation à deux ans de prison. »

Le malade était à la Roquette où il subissait sa peine depuis six mois.Dans les derniers temps, il s’était excité et avait présenté quelques idées délirantes, des illusions et probablement des hallucinations qui rendirent son internement nécessaire. Son attitude est celle d’un faible d’esprit. Il a peu conscience de son état et n’attribue pas aux actes dont il est inculpé leur véritable valeur. Ses antécédents héréditaires ont une importance considérable. Ils établissent d’abord très nettement le terrain dégénéré et montrent, en outre, le syndrome oniomanie héréditairement transmis, fait absolument exceptionnel.

Antécédents héréditaires. — Côté maternel. Grand-père, original, débonnaire, d’une philanthropie exagérée. Il étale sous les yeux des papiers officiels où sont consignés les comptes rendus de ses belles actions. Il raconte qu’il est arrivé à légitimer plus de 200 mariages clandestins. Il a tant dépensé d’argent à eet effet qu’il est obligé, aujourd’hui, de travailler. Grand'mère, morte tuberculeuse. Mère. Type de déséquilibrée. Dès l’àgede 14 ans, elle voulait quitter la maison paternelle pour s’amuser. Son père donnait des leçons d’écritures àdes adultes, elle-même préparait les modèles; or, un jour, elle se servit de ce procédé pour proposer un rendez-vous à un étudiant qui suivait les leçons. Plus tard, elle s'est mariée par un coup de tète, afin d’avoir, disait-elle, la liberté de se débaucher. Elle aimait vivre dans les plaisirs î voulant s’amuser de la rivalité de deux de ses prétendants, elle les fit battre en duel.

Dans son ménage, elle rendit son mari malheureux par ses exigences et ses excentricités; elle ne travaillait pas, et dépensait tout le gain de son mari. Il fallait bien qu’il la supportât, sinon elle l’eut,

disait-elle, défiguré. Pendant le séjour de son mari dans une maison de santé, elle scandalise la ville par sa débauche, se prostituant à des soldats en compagnie desquels elle buvait dans son propre domicile, laissant ses enfants passer la nuit dehors. Le jour de la première communion de son fils, elle invite 80 personnes à diner, et, le même jour, on la voit se promener en robe blanche, au bras d’un de ses amants. S’apercevant que son fils courait les filles, elle attire un jour cbez elle la fille d’un ouvrier, et la lui livre en disant : « Pendant qu’il aura celle-là, il n’en aura pas d’autres. » Deux enfants sont issus de cet accouplement, et, en dépit des supplications de son fils, Mme O... refuse énergiquement son consentement au mariage. Elle a consenti au mariage die son autre fils à la condition qu’il lui céderait une part de l’héritage qui lui venait de sa grand’mère. Enfin, elle a poussé O... à faire les faux en écriture qui l’ont conduit à la prison.

Côté paternel. Grand’mère, soignée pendant plusieurs années à l’asile de Bonneval. Elle était oniomane. Elle achetait constamment et considérablement, au point qu’on fut obligé de régler ses dépenses. Elle achetait et jetait ce qu’elle achetait. Les ouvriers avaient observé l’heure où chaque jour elle se débarrassait de ses achats, et recueillaient ses rebuts : poulets, poissons entiers, etc. S’apercevant un jour qu’on ramassait ce qu’elle jetait, elle s’en débarrassa désormais en le jetant dans les fosses d’aisance. Père, également déséquilibré et oniomane. 11 avait toujours été prodigue, mais sa manie d’acheter s’est révélée surtout après so‘n mariage. Pendent dix-sept ans, il fut victime de ce syndrome jusqu’an jour où, devenu paralytique général, il fut enfermé à Sainte-Anne.

Pendant la période syndromique de sa vie, il achetait sans cesse toute espèce d’objets qu’il collectionnait ou revendait aussitôt, ou qu’il donnait (meubles, aliments, bijoux...). Son accès d’oniomanie se présentait toujours de la même façon. Voyait-il un objet qui lui fît envie? il fallait qu’il l’eût à n’importe quel prix. Aussitôt, le branle était donné, tout ce qu’il avait sur lui passait dans l’achat d’une multitude d’autres objets dont il n’avait que faire.

11 avait des collections de njeubles, de vêtements, de chapeaux .dont il n’usait pas. Dans les premières années de son mariage, il fut débauché, joueur, buveur d'absinthe. Plus tard, bien que toujours oniomane, il fut d’une conduite exemplaire, restant cependant faible -de caractère, incapable de volonté. Devenu paralytique général, il achetait encore ; mais ses actes étaient cette fois empreints de ce

cachet d’absurdité ordinaire dans la paralysie générale ; l’impulsion n’y entrait pour rien.

Un frère du malade est dépensier, mais n’a pas les impulsions de l’qnio.mane; très emporté, il a des colères brusques et irréfléchies.

Histoire du malade. — D'une intelligence très débile, il a une certaine instruction, mais un jugement très faible. Très coléreux, il est néanmoins débonnaire. Dès l’enfance, ses dispositions à l’oniomanie se révélèrent par une prodigalité peu commune, il abandon nait tout ce qu’il avait aux camarades; son plaisir était de faire des distributions d’objets de toute sorte, achetés avec son argent de poche. De vingt à vingt-deux ans, le syndrome apparaît. Il achetait sans raison plusieurs pièces de toile, des bijoux, des meubles, épuisant ainsi son capital, mais ne s’arrêtant pas. Il engageait les objets achetés au Mont-de-Piété, les dégageait ensuite, et les réengagea i plusieurs fois. Il dépense ainsi 3,000 fr. en six mois Un jour, pour se rendre à la fête de Saint-Cloud, il achète un cheval et une voiture qu'il revend le même jour à un maraîcher. « C’était irrésistible, dit-il, je ne pouvais me raisonner, je me désolais, mais j’étais le moins fort. »

Au marché, après avoir fait les acquisitions nécessaires, il lui était impossible de s’arrêter. C’étaient alors des multitudes de volailles, des sacs de légumes, etc.; il en achetait de quoi remplir une voiture; toujours il était obligé de se faire aider pour transporter des provisions qui n’étaient destinées qu’à deux personnes. Pour les écouler, il lançait alors de nombreuses invitations. D’autres fois, il rentrait chargé de meubles. Pour peu qu’il s’arrêtât devant une boutique, il était victime de l’impulsion. « Je n’y pensais pas, dit-il, en le faisant. »

Son état de déséquilibration s’est encore manifesté de différentes façons. C’est ainsi qu’il fut amené à fàire de fausses signatures, presque inconsciemment, sur le simple conseil de sa mère en présence de laquelle il se trouvait toujours désarmé. Sa mauvaise action lui avait paru toute naturelle : il avait dépensétout son avoir à force d’acheter à tort et à travers, il lui fallait absolument de nouvelles sommes d’argent pour satisfaire son impulsion. Hanté par cette idée, il ne pouvait s’empêcher d’aller au bureau de tabac pour acheter les billets qu’il voulait lancer dans la circulation. Il se servait du nom d’un négociant qui le connaissait, ne cherchant même pas à contrefaire le paraphe de la signature, tant sa préoccupation d'avoir de l’argent était grande. Toute cette série d’inconséquences montre bien l’absen ze de pondération du malade et l’irrésistibilité de ses actes. Son intelligence, en effet, n’était pas assez Legrain. 6

débile pour qu’il ne pût se rendre compte de la naïveté de ses opérations ; son peu d’adresse n’esl que l’indice des préoccupations obsédantes qui le poussaient à agir vite Pendant tout ce temps, il était d’ailleurs très bon mari, très bon père, plein de sentiments affectifs. Aujourd’hui, il déplore sincèrement la situation qui lui a été faite par sa mère, et qui l’empèche de légitimer son union.

Nous pourrions citer à son acquit beaucoup d’actes bizarres, mais cette observation n’a pour but que de décrire l’oniomanie. Terminons par quelques renseignements complémentaires Srir la descendance de notre malade. De ses deux enfants, l’un est mort à cinq mois d’une méningite, l’autre, une fille de quatre ans, est très nerveuse, d’une activité exagérée ; elle jouit d’une intelligence un peu ■au-dessus de la moyenne, et promet déjà d’être une déséquilibrée.

Manie du jeu. Ce syndrome ne désigne pas précisément ces malheureux dégénérés peuplant les champs de courses, les •cercles de jeu, où, de gaieté de cœur ils épuisent jusqu’à leurs dernières ressources. Nous retrouverons ces malades quand nous parlerons de la folie morale. Les dégénérés atteints de manie du jeu ont une allure bien particulière, ils jouent en vertu d’une impulsion qu’ils sont incapables de réfréner — ils .sont angoissés lorsqu’ils se voient jeter des sommes considérables sur le tapis vert; ils le regrettent, se lamentent, sans pouvoir néanmoins se retenir.

Ces impulsifs sont aux dégénérés joueurs, ce qu’est le dissomane à l’alcoolique, ce qu’est le kleptomane au voleur vulgaire.

Voici l’observation d’un dégénéré supérieur que nous connaissons déjà. (Voir page 45.) Nous rapportons avec détails, l’histoire de son syndrome que nous considérons comme un type parfait d’impulsion au jeu.

OBSERVATION VIII Dégénérescence mentale. Manie du jeu.

D... a toujours été déséquilibré, mais surtout depuis 1882 (v. obs. V). A la suite d’une série d’extravagances, il est tout à coup pris

du besoin impérieux de jouer, au milieu du jour, en sortant de la Banque, ayant une trentaine de mille francs en poche. Introduit dans un cercle de jeu, il en devient aussitôt l’hôte assidu. Pendant une année, pas un jour ne s’est passé qu’il ne séjournât plusieurs heures en cet endroit. Plusieurs faits démontrent bien la nature syndromique de ses actes.

Ce besoin de jouer lui faisait tout abandonner; tous les jours, uniquement préoccupé de trouver les moyens de fuir au cercle, il inventait toute espèce de prétextes, et trompait la surveillance dont sa femme et son père avaient dû l’entourer: il feignait de travailler, épiant les moments où il était seul. Parfois on l’enfermait, il réussait à s’esquiver, et plusieurs jours se passaient sans qu’il reparût. Une fois au cercle, rien ne l’en pouvait arracher ; ses chevaux restèrent une fois à l’attendre pendant vingt-six heures consécutives. Il se proposait à chaque instant de partir, mais il était littéralement cloué sur sa chaise. « Je n’avais, dit-il aucun besoin d’entraînement de la part des autres joueurs, j’étais entraîné malgré ma volonté qui me poussait à m’en aller; »

Un jour, son père vient l’arracher au jeu, en lui donnant comme prétexte que son enfant est très malade. L’amour paternel l’emporte tout d’abord, mais en route, il apprend qu’il ne s’agit que d’une indisposition; il se laisse entraîner néanmoins, et à peine rentré, sans même prendre le temps d’aller voir son enfant, il s’esquive par une porte détournée, et retourne au cercle.

Une autre fois, il annonce par télégramme, à ses correspondants, qu’il arrive à Lille, et leur fixe un rendez-vous. Le train s’arrête en route à Creil où se trouvait un autre train en partance pour Paris. Repris par son impulsion, il ne pense plus au but de son voyage, change de train, et retourne au cercle par le plus court chemin.

Une autre fois, après avoir préparé sa tournée annuelle dans le midi, il fait charger ses bagages et donne l’ordre du départ pour la gare. Mais en route l’impulsion est plus forte que sa volonté, il s’arrête au cercle. Trois jours après, il y était encore, et n’avait pas songé à prendre Un seul instant de repos.

Lorsque, à une heure avancée de la nuit, il lui arrivait de rester seul au cercle, il donnait de l'argent aux gens delà maison pour continuer la partie : il lui fallait à tout prix un partenaire.. Il lui fallait brasser les cartes. On le voit, à l’inverse des autres joueurs, ce n’est pas l’intérêt qui le guide, il faut qu’il joue, il ne peut s’en empêcher.

Mais, où le syndrome se révèle avec tous ses caractères, c’est lorsque Ton voit D..., tout en succombantâ son impulsion, le regretter, s’adresser les plus amers reproches, supplier son entourage de

l’attacher pour l’empêcher de fuir au cercle. Il livrait lui-même à sa femme la clef de sa caisse en la priant de la cacher : une heure après, il courait chez l’un de ses fournisseurs, lui empruntait une certaine somme d’argent et se rendait au cercle. Une autre fois, dans les mêmes circonstances, il emprunta 1.000 francs à un Juif auquel il en rendit 1.500 le lendemain. Lorsqu’il revenait du cercle après avoir succombé à son impulsion, il avait une crise de larmes de désespoir, et, fait à remarquer, ce désespoir ne coïncidait nullement avec des pertes d’argent, mais bien avec la conscience qu’il avait, une fois l’accès passé, d'avoir été le moins fort dans la lutte. Et pourtant, il voulait bien ne pas jouer !

Il avait un caissier, qui, pendant ses absences quotidiennes, s’occupait de soutenir la maison qui périclitait de jour en jour, et de ce chef, il tenait beaucoup à ses services. Il lui dit un jour : « Jurezmoi que, si je joue encore, vous quitterez la maison. » Il croyait être fort de ce serment, mais le soir même, il succombait encore, et le lendemain son caissier le quittait.

Lorsqu'il sortait pour affaires urgentes, de peur de se laisser entraîner par son impulsion, il se faisait accompagner par une personne ayant de l’influence sur lui. Il craignait le cercle dont il ne pouvait se passer. La crainte de succomber était pour lui une torture continuelle et tous les jours, sans exception, il succombait. Au cercle même, il déposait en arrivant tout son argent entre les mains du croupier, en l’adjurant de ne lui rendre que quand il partirait : quelques minutes après, il empruntait cent louis au premier venu.

Au bout d’un an de cette pénible existence, brusquement, du jour au lendemain, le syndrome disparait. On ne revoit plus D... au cercle, et pas une fois il n’a été, depuis, la victime de son impulsion. Au contraire, tout jeu l’agace, la vue d’un tapis vert le fait fuir, non pas qu’il ait peur de succomber encore, car il se sent ferme et est sùr de lui, mais parce que cette vue lui rappelle les instants les plus douloureux de son existence.

Il est inutile d’insister pour montrer que tout autre est l’attitude du joueur de profession. Nous prions le lecteur de se reporter au tableau synoptique des antécédents héréditaires que nous avons dressé page 46. Il se convaincra finalement du degré de dégénérescence de notre malade.

Impulsion à l'homicide . Certains dégénérés sont obsédés pendant longtemps, par des idées d’homicide, qui se présentent à l’observation avec des caractères bien spéciaux.

Au milieu du calme intellectuel le plus absolu, Vidée-obié dante Surgit, et torture le malade qui lutte contre elle, et veut la repousser. Cette lutte le jette dans une angoisse terrible. Dans ces circonstances, plusieurs cas peuvent se présenter : l’idée obsédante disparait rapidement comme elle est venue, sans jamais plus reparaître, ou bien le malade, à bout de forces, mais doué d’une énergie considérable, avoue à son entourage ses terribles préoccupations et réclame impérieusement son internement ; dans un troisième cas, il succombe,- et peut même, alors', se'livrer à des actes d’une véritable férocité dépassant de beaucoup ceux des criminels vulgaires.

Il accomplit son crime, froidement, sans passion, le regret dans l’âme, mais il obéit à une impulsion irrésistible. Fait à noter, jamais dans ces cas, les malades ne sont capables d’invoquer le plus minime prétexte pour expliquer leur action.

Impulsion au suicide. Cette impulsion présente exactement les mêmes variétés que la précédente et se rencontre dans les mêmes circonstances. Jamais le suicide ne se trouve escorté de cette dépression mélancolique, de ces troubles de la sensibilité générale, de ces hallucinations qui accompagnent les autres formes de suicide. La tristesse des malades trouve une explication suffisante dans leur état moral : poussés constamment à se donner la mort, alors qu’ils ont peur de mourir, ils luttent en désespérés.

Onomatomanie. Sous ce nom, MM. Charcot et Magnan ont commencé dans les archives de Neurologie (septembre 1855^ l’étude d’un syndrome à formes multiples, comprenant jusqu’à présent cinq variétés ou aspects cliniques, constitués essentiellement par l’obsession de certains noms ou de certains mots.

Nous trouvons dans ce syndrome une nouvelle vérification clinique des caractères généraux que nous avons exposés.

1 er Cas. — Recherche angoissante du nom. — Les malades sont obsédés par l’idée de trouver ou de retrouver un nom ou un mot qu’ils ont entendu, et cet état d’obsession dont ils recon-

naissent plus souvent l’absurdité, provoque une angoisse qui n’a de comparable que celle qui accompagne l’appétit irrésistible des liqueurs fortes. Rappelons l’histoire de ce malade absolument hanté par l’idée de connaître le nom de toutes les personnes qu’il rencontre et qui en arrive à se promener journellement avec un Bottin sous le bras.

2* Cas. — Obsession du-mot et impulsion irrésistible aie répéter. — Un mot surgit à la pensée, et le malade, en dépit de tous ses efforts, est obligé de le projeter. Cet état d’impuissance le désespère — on le voit parfois, interrompant brusquement une conversation, se rendre dans un coin, et pendant quelques instants, prononcer la série des mots qui l’obsèdent, jusqu’à ce que ses centres corticaux soient en quelque sorte déchargés. D’autres malades sèment irrésistiblement dans les discours les plus sérieux des propos obscènes qu’ils prononcent en rougissant, et avec une angoisse qui témoigne de l’intégrité de leur état de conscience. Le mot une fois prononcé, dans tous les cas, le bien être et la tranquillité renaissent jusqu’à la prochaine obsession.

3° Cas. — Signification particulièrement funeste de certains mots prononcés dans la conversation. — Ici, le syndrome revêt la forme d’une obsession simple.

La pensée qu’il va entendre prononcer ou qu'il va lire tel ou tel nom néfaste, torture le malade; et Ton conçoit l’existence misérable qu’il mène tant que son esprit est hanté par cette crainte : crainte qui redouble dès que le mot a été entendu à la seule pensée des malheurs imaginaires qui doivent en être la fatale conséquence.

4° Cas. — Influence préservatrice de certains mots. —~ Un autre malade attribuera à certains mots des propriétés bienfaisantes. Obsédé par cette pensée, il verra le mot préservateur surgir dans son esprit à tout propos, et être projeté au dehors de temps en temps tout d’abord, puis à chaque instant, sans rime ni raison, d’une manière irrésistible.

5 e Cas. — Mot devenu pour le malade un véritable corps

étranger , pesant sur l'estomac, et pouvant être rejeté par des efforts d'eæpuition et de crachement, — Ici, l’obsession est la même que dans le deuxième cas, mais l’angoisse morale s’accompagne d'une douleur physique, qui se calme comme la douleur morale dès que l’impulsion a été satisfaite.

Coprolalie. Echolalie avec Incoordination motrice. — Tel est le titre d’un travail très intéressant que nous devons à M. Gilles de la Tourette (Archives de Neurologie 1885. N 08 25 et 26). L’auteur considère ces trois aspects cliniques, comme faisant partie d’un même groupe morbide, d’une seule et même maladie. Notons dès à présent, qu’il attribue à cette dernière, comme à toutes les maladies nerveuses, une cause héréditaire. Les malades sont pris à une certaine époque de leur existence d’une incoordination motrice très intense, de tics généralisés. Puis, d’autres fois, des symptômes cérébraux compliquent la scène ; les malades prononcent malgré eux, des mots le plus souvent orduriers (coprolalie, aoirpov, excrément.) D’autres fois, les mots qu’ils prononcent sont la répétition irrésistible, comme l’écho de mots qui viennent d’être prononcés devant eux (Echolalie).

Il est facile de reconnaître à cette description très sommaire, le syndrome de la folie des dégénérés. Nous ne pouvons donc suivre l’auteur, lorsque après une descriptiou clinique irréprochable des trois syndromes, il en fait une maladie nouvelle. L’analyse scrupuleuse de la coprolalie démontre que ce symptôme consiste essentiellement dans l'obsession de mots orduriers suivie d’une impulsion irrésistible à les répéter : notons de plus, que dans la plupart des observations on relève l’état d 'angoisse caractéristique. Qui ne reconnaît en outre dans la coprolalie la deuxième variété d’onomatomanie que nous venons de décrire? Nous en pouvons dire autant de l’écholalie. Le malade est obsédé par les mots qu’il vient d’entendre, mais il est surtout incapable de les garder, il doit, malgré lui , les redire aussitôt. Là encore, nous reconnaissons l’onomatomanie. Quand àrincoordinationjnotrice, elle répond

exactement à la description des mouvements irrésistibles si fréquents chez lés dégénérés. Nous en avons rapporté une observation empruntée à M. Magnan (page 3) et plus loin nous en faisons une courte étude spéciale (page 93).

Ces trois syndromes, en somme, reflètent, comme tous les autres syndromes, la déséquilibration cérébro-spinale que nous considérons comme signe caractéristique’de la dégénérescence.

M. Gilles de la Tourette a recueilli des cas de coexistences des trois syndromes, mais surtout des cas où ils se succèdent.

Ces coexistences et ces successions sont fréquentes, nous les avons notées page 67 ; d’autre part il existe beaucoup d’observations de coprôlalie ou d’écholalie isolée ; de même, nous avons vu l’incoordination motrice se présenter sans être escortée des deux autres syndromes. Tous ces phénomènes sont d’ailleurs, le plus souvent, passagers, comme il est de règle chez les dégénérés.

Arithmomanie. — L’obsession des noms ou des mots trouve son complément dans cet autre syndrome, où elle est constituée par un nombre quelconque. Cette obsession se présente dans les mêmes circonstances et provoque les mêmes phénomènes. Nous avons observé chezM. Magnan un malade obsédé par le nombre 13. Son lit portait par hasard ce numéro. Pendant plusieurs nuits, nous l’avons vu absolument privé de sommeil, inquiet, angoissé, véritablement malade, jusqu’au moment où, nous ayant confessé la cause de son mal, nous l’avons placé au lit n° 14 exactement situé comme le précédent. Instantanément la tranquillité lui revint. Le même malade était obsédé par le chiffre 3 auquel il attribuait des vertus qu’il n’a pas voulu nous dire. Toujours est-il que, s’il cueillait des pommes, il en mettait trois de coté, s’il mangeait des fraises, il en mettait trois de côté. Les exemples de ce genre abondent.

Folie des antivivisectionnistes. —Ce syndrome est tout entier de la création de M. Magnan (comptes-rendus de la société de

Biologie) ; née de toutes pièces dans des cerveaux mal équilibrés, à propos des expériences physiologiques que l’on pratique journellement sur les animaux, elle englobe avec elle l'amour exagère des animaux qui en est la véritable cause.

Les préoccupations des antivivisectionnistes, respectables en principe, deviennent absolument maladives dans certains cas, et s’accompagnent de troubles nerveux caractérisant bien nettement la souffrance physique et morale de ces malades. Constamment inquiets sur le sort des animaux, ces derniers occupent toute leur existence; de là, mille extravagances, dont seuls les antivivisectionnistes n’ont pas conscience. Nuit et jour obsédés par l’idée de faire le bonheur des animaux, ils délaissent souvent leurs occupations journalières, passant leur temps à écarter de la route les pierres susceptibles dé faire tomber un cheval, attelant au besoin le cheval d’un voisin brutal, etc. Les exemples sont nombreux, et leur caractère syndromique ne fait pas de doute. Tous les malades cités par M. Magnan étaient des héréditaires dégénérés.

Anomalies , Perversions , Aberrations sexuelles. — Les faits relatifs aux bizarreries de la sexualité sont fort nombreux et remplissent la littérature médicale. Tous les auteurs les ont enregistrés avec une vive curiosité, et les ont classés dans des catégories très nombreuses sans en avoir vu, le plus souvent, le véritable caractère : Vimpulsion réflexe irrésistible trouvant son point de départ dans tous les départements de l’axe cérébrospinal, indistinctement.

De nombreux livres ont été écrits sur les modalités diverses de la sexualité pervertie. L’onanisme, la pédérastie, la bestialité ont trouvé leurs commentateurs dans toutes les langues. Les uns mettent les perversions du sens génital sur le compte de l’hystérie, d’autres en font une difformité naturelle, éventuelle, d’autres les considèrent comme ayant toujours leur point de départ dans une lésion anatomique des organes externes de la sexualité; d’autres enfin les mettent sur le compte de la folie moraie. Tout a été dit sur ce chapitre, et il

est facile de se convaincre que c’est l’anarchie complète dans l’opinion.

En se livrant à une étude approfondie des troubles sexuels, on est amené, avec M„ Magnan, à les classer tous, sans exception, parmi les syndromes de la folie des dégénérés.

Le doute, qui n’est guère possible, lorsqu’il s’agit de sujets visiblement dégénérés, comme les idiots, les imbéciles et certaines catégories de débiles, peut se concevoir pour les dégénérés sv périeurs. Si l’on analyse au point de vue clinique et au point de vue physiologique les différentes anomalies sexuelles, on voit qu’elles sont toutes réductibles aux caractères généraux du syndrome ; obsession, impulsion, toutes deux avec leur caractère inséparable d 'irrésistibilité. Cette constatation suffirait, à priori, pour les inscrire au bilan de la folie des dégénérés, mais l’examen des antécédents des pervertis sexuels vient encore confirmer cette opinion. Tous les pervertis sexuels sont des dégénérés, tous sont syndromiques . Le syndrome s’accompagne également chez les dégénérés les plus supérieurs, c’est-à dire chez des êtres susceptibles de jugement, de Vangoisse caractéristique que nous avons notée pour la dipsomanie, la sitiomanie, etc.

Au point de vue physiologique, l’axe cérébro-spinal peut se diviser en trois segments : la moelle, le cerveau postérieur, le cerveau antérieur ; la moelle, réservée aux actions réflexes simples, dont le point de départ réside dans les centres gris, le cerveau postérieur présidant aux appétits, le cerveau antérieur restant le siège du jugement et du fonctionnement supérieur de l’intelligence. Chez l’homme normal, un équilibre parfait règne entre le fonctionnement de ces trois grandes régions, la moelle et le cerveau postérieur n’agissant pas sans la haute intervention du cerveau antérieur. Mais, chez le dégénéré, qui, héréditairement est déséquilibré, l’harmonie est rompue, les centres peuvent fonctionner isolément et l’on voit prédominer chez les uns l’action de la moelle, chez les autres l’action du cerveau postérieur, etc.

Chez l’homme normal, au point de vue sexuel, l’instinct existe (cerveau postérieur), mais, il est contrôlé, réglementé par le cerveau antérieur, et finalement la moelle agit, mais elle obéit à ce dernier.

Rompez cet équilibre, et vous avez le perverti sexuel : il est facile maintenant de considérer, avec M. Magnan, les quatre grandes formes suivantes de perversions sexuelles :

Forme spinale;

Forme spinale cérébrale postérieure ;

Forme spinale cérébrale antérieure ;

Forme cérébrale antérieure.

Dans la forme spinale , la moelle seule agit : le réflexe part du centre génito-spinal de Budge ; les centres cérébraux ne prennent aucune part à l’acte. Dans cette forme rentre l’onanisme de l’idiot, onanisme essentiellement machinal. Il est facile de concevoir que plus on s’élèvera dans l’échelle des dégénérés, moins la forme spinale pure aura de chance d’être rencontrée ; au fur et à mesure que les centres cérébraux s’élèvent en organisation, ils tendent naturellement à faire sentir leur influence sur les centres secondaires. Chez les dégénérés supérieurs* cette forme comprend, entre autres, ces cas de priapisme, plongeant le malade dans un complet désespoir, et ces cas inverses, de frigidité absolue et intempestive, alors que toutes les conditions normales et régulières de cohabitation sont réunies.

Dans la forme spinale cérébrale postérieure, le malade est en proie à des appétits, à des instincts que l’intelligence est incapable de réfréner. G’est le coït brutal dont le besoin irrésistible est provoqué par la simpleyue d’une image. Que le sujet soit jeune ou vieux, beau ou laid, peu importe, l’acte sera accompli, l’appétit satisfait; nul choix, nul discernement, la vue seule d’une personne de sexe contraire met le malade dans une angoisse extrême.

La forme spinale cérébrale antérieure renferme des types d’un autre genre : le point de départ du reflexe se trouve, comme

normalement, dans les centres corticaux antérieurs, mais ici l’idée et le penchant sont maladifs, et l’on voit alors le malade faire choix, pour satisfaire l’appétit commandé par le cerveau postérieur, d’un enfant de deux ans, d’un individu du même sexè (inversion du sens génital), d’un jeune garçon sur lequel il se livrera à des actes de pédérastie, d’un animal qu'il sodomisera. Dans ces cas, il y a choix, sélection; le jugement intervient, mais il est faussé.

La forme cérébrale'antérieure simple comprend ces névropathes, complètement détachés du côté charnel de la sexualité; c’est le platonisme pur. La moelle ne parle pas, le cerveau postériéur ne fait pas sentir son influence. Leur amour ne provoque aucun besoin physique. Rentrent dans cette catégorie les érotomanes, les extatiques.

On pourrait peut-être ajouter à cette classification une cinquième catégorie d’individus, rares à la vérité, chez lesquels la sexualité est réduite à néant. Ces cas do frigidité absolue, dont nous avons rapporté un cas, page 32, sont exceptionnels. Chez les malades de ce genre, la moelle n’est jamais intervenue pour les inciter à la masturbation, le cerveau postérieur n’a pas révélé l’instinct de la reproduction, l’amour même platonique est inconnu.

Aboulie. —C’est un syndrome peu commun, consistant dans un phénomène d’arrêt dont souffrent cruellement les malades, et qui les empêche d'exécuter leur volonté, alors que celle-ci est toute puissante, alors qu’aucun obstacle ne s’oppose à l’accomplissement de l’acte.

L’aboulie n’est nullement cet état de faiblesse de la volonté si fréquent chez les mal équilibrés; il y a quelque chose de spécial : l’aboulique veut réellement, mais une force irrésistible, dont la nature lui est inconnue, et qu’il ne peut déterminer, l’empêche d’agir. Il résiste à son impuissance; cette lutte s’accompagne d’une anxiété énorme, et finalement reste sans effet. Tel employé, sur le point de saisir sa plume, dont il a besoin sur le champ, se voit empêché de le faire, son

bras reste comme paralysé au-dessus de la plume ; il suffirait d’allonger les doigts pour la saisir; incapacité complète, et pourtant il n’y a pas de paralysie. S’il faut, au même moment, saisir un autre objet, l’objet sera saisi sans hésitation. On conçoit facilement l’état d’esprit de ces malades qui réagissent violemment sans résultat, et qui souffrent toujours.

Telle est, en abrégé, l’histoire des syndromes delà folie des dégénérés. Ceux-ci ne sont, en somme, au point de vue physiologique, que le fonctionnement isolé des différents centres gris contenus dans l’axe cérébro-spinal. On peut donc induire de ce fait que l’affranchissement d’un ou de plusieurs centres et, leur automatisme constitueront autant de syndromes différents.

C’est ici, croyons-nous, le lieu d’indiquer ces mille mouvements irrésistibles , ces tics qui sont autant de symboles de la déséquilibration cérébro-spinale, pour compléter l’histoire des syndromes précédents qui s’adressent surtout aux anomalies de fonctionnement des centres cérébraux.

Ces mouvements irrésistibles, parfois simples, d’autres fois associés, dominent souvent la scène morbide, et c’est à des cas de ce genre que M. Gilles de la Tourette a attaché le nom d ''incoordination motrice, qui, jointe à l’écholalie et à la coprolalie, forme pour lui une maladie nouvelle.

Les mouvements irrésistibles présentent les caractères des syndromes. Ils apparaissent comme autant d 'obsessions ou d ’im • pulsions. En aucun cas, les malades qui en ont parfaitement conscience, ne peuvent les empêcher de s’effectuer. Leur production incessante entraîne quelquefois une souffrance morale considérable, consécutive à l’impuissance des malades ; quelquefois, enfin, la production de ces mouvements provoque une satisfaction visible.

Tous les centres médullaires sont susceptibles d’être pris à leur tour. Nous avons cité cette malade de M. Magnan qui ne pouvait s’empêcher d’effectuer, tantôt avec ses pieds, tantôt avec ses mains, des mouvements qui n’avaient aucune raison

d’être; d’autres fois des mouvements différents se combinaient ■entre eux. On voit les malades sauter, courir, se frotter les mains, marcher à quatre pattes, effectuer mille contorsions bizarres ou grotesques, sans que la volonté soit capable de les influencer pour les arrêter. Ces différents mouvements peuvent ne durer que très peu de temps et s’arrêter pour ne plus se produire ; d’autres fois, ils sont remplacés par de nouveaux mouvements qui se produisent pendant un laps de temps indéterminé; d’autres fois, ils se simplifient graduellement ; l’un d’eux finit par persister et mériter, de ce chef, la dénomination de tic : tic de la face, tic de l’orbiculaire des paupières, etc.; d’autres fois, enfin, le tic se manifeste d’emblée.

De même qùe les syndromes, tous ces mouvements irrésistibles n’ont ordinairement qu’une durée limitée à quelques jours, à quelques mois, à quelques années.

Dans cette catégorie rentrent les rires irrésistibles, qui se produisent en l’absence de tout motif, alors même que le sujet a des préoccupations tristes. Il en est de même pour les explosions subites de larmes. Nous avons connu un jeune dégénéré qui était pris fréquemment du besoin de marcher sur les mains. Quand ce besoin se faisait sentir pendant la classe, il demandait à sortir, et le besoin satisfait, il rentrait se mettre au travail. Si la permission de sortir lui était refusée, il souffrait véritablement et, après avoir bien résisté, il satisfaisait son impulsion.

D’autres malades sont poussés à frapper, à mordre les gens qui les entourent. Le diaphragme peut être enfin l’objet de spasmes passagers ; il se produit alors une expiration brusque qui se traduit au dehors par un cri inarticulé.

Il est inutile de multiplier les exemples qui, du reste, sont innombrables.

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